AUGUSTA, MARENGO
MARENGO , à part. Encore un ! d’où sortil, celui-là?
AUGUSTA, à part. Il a l’air bon enfant, M. Marengo , et un bel homme... il me fait l’effet de M. Albert dans le dieu Mars. ..
( S’approchant. ) Comme vous paraissez triste ?
marengo. C’est possible , mamzellc....
j’ai là , sur le coeur, un pain de munition qui m'étouffe!
AUGUSTA. Ah ! mon Dieu ! qu’est-ce donc ! Pardon, c’est un secret, peut-être.
MARENGO. Non, manuelle... c’est de l’amour et du fromage.
AUGUSTA, minaudant. De l’amour?... eli bien! il n’y a pas de mal... si vous avez bien choisi.
MARENGO. Oui, manuelle, et vous pourriez m’aider tout de même.
AUGUSTA. Oui ! En ce cas , voyons , qu’est-ce que je puis faire pour vous ?
MARENGO. Vous pouvez parler en mafaiveur, à Frétillon.
AUGUSTA. Camille !... (A part.) Allons , elle n’en manquera pas un !
marengo. Oui, mademoiselle, c’est elle ue j’aime, quej’idole... si bien que jen’cn ors ni jour ni nuit... et la nourriture aussi que je m’eu prive... enfin , faut qu’elle le ache... faut qu’elle corresponde à mon entiment ou je deviendrai fou. . . et si vous voidiez. . .
AUGUSTA. Mais , dam ! vous êtes assez grand pour parler de vous-même, naturellement et en personne.
marengo. Je ne peux pas... Non , parole !... quand je m’adresse à une particulière , l’histoire de rire et de causer, ça vat -encore ; mais quand le cœur est pris, là,
sérieusement, jesuis timide, ainsi que l’enfant qui vient de naître.
AUGUSTA . C’est étonnant , près d’elle , surtout... Oli ! ce n’est pas pour dire du mal de Camille, nous sommes amies intimes... mais , elle est d’une légèreté , d’un laisser-aller. . .
marengo. Le fait est qu’elle est furieusement volatile !...
augusta. Et quand on est aussi aimable que vous, il me semble qu’on pourrait trouver mieux que ça.
marengo. Mieux que Frétillon !... mille z’yeux !... une fille si bonne, si obligeante, qui n’a rien à elle, absolument rien !.. Dès qu’on soufTre... dès qu’on est malheureux, elle est là , prés de vous, et pour obliger lesgens, elle donnerait jusqu'à scs bardes... Oui , mademoiselle , oui , elle les a mises engage une fois, pour un camarade qui était à l’iiùpital... dont .1 a - lé si reconnaissant que ça fendait le cœur,. . pourquoi il en est mort, ainsi !.. et je pourrais trouver mieux que ça... moi, Marfcngo ?.. jamais ! jamais ] ...
AUGUSTA. Ecoute/ donc, monsieur Marengo... ce que je vous en dis est par intérêt , par amitié pour vous... car j’en ai beaucoup.
marengo. Oui. ..Eh bien ! je vas vous demander un service... Dites-moi, là , en conscience, si je peux me déclarer. ..C’està-dire, si je peux espérer...
augusta. Rien du tout.
marengo. Ali ! mon Dieu !... il y eu a donc un autre ?...
augusta. II ne faut plus y penser.
marengo. Vrai !... Alors, si fait, j’y penserai toujours !... mais je ne la verrai plus, ça fait trop de mal... Je m’en irai.
AUGUSTA. Qu’est-ce que vous dites ?
marengo. Qu’on me presse de reprendre du service. II y a même des brocanteurs de çhrétiens qui m'offrent de me payer comme remplaçant... Eh bien! c’est dit !...
augusta. Y pensez-vous, monsicurMarengo! Vous êtes trop sensible...
marengo. Et quel est donc celui qui est là en pied ? Dieu !... si je pouvais rafraîchir mon vieux briquet!... Serait-ce par hasard ce gringalet qui était ici tout-àl’heurc .. II ne me revenait pas.
AUGUSTA. Non , non... c'est un autre .
un Crésus qui est dans les comestibles.
marengo. Celui qui a payé le déjeuner?
Eu ce ca9, je conçois l'avantage, moi qui n’ai rien!... rien du tout ! enfant de troupe !... Il y a bien un vieux général qui me veut du tien. Ou a même prétendu... Le
PflÉTlLLQN.
fait est qu’il avait commencé par être soldat, et que ma mère tenait la cantine otis qu’il allait souvent... Je lui ressemble comme deux gouttes de cassis.
augusta. Il fera peut-être quelque chose pour vous.
marengo. Ma mère me l’a toujours dit.
Bonne et vertueuse femme , va ! En attendant je vas écrire que, moyennant un bon prix*... Y a-t-il de l’encre, du papier, quelquepart?
AUGUSTA. Dans la chambre , là ; mais ne prenez pas ce parti... il y a mieux à faire , et je sais quelqu’un...
marengo. Merci , mademoiselle , merci.
Oh ! mais! patience... il y a quelque chose qui me dit d’espérer.
Ai» : Ah! si mon mari me voyait.
Quand mon n giment partira,
Au Crcsu* «IP sera fidèle* ;
Mois bientôt, préfère par elle , lin autre lui succédera.
Quand mou régiment marchera .
Biche ou pauvre, commis ou maître,
Au train dont Prétillon y to,
Mon tour sera venu, peut-être.
Quand mon régiment reviendra l augusta. C’est possible !
marengo , sortant. Adieu ! je vas écrire.
(Il entre 1 gauche.)