Fricots politiques [microforme]
Introduction : distribution des bâtons.—Ouverture . M. R, Raymond, ex-M. P,. P, St. Hyacinthe.—Discours, M. Gendron.—Discours : M. Perrault.—Disconrs : M. Chicoine.—Scène drolatique.—Salmigondis.—Discours et chanson: M. Pagnuelo.—Navigation : M. le vicomte de Kéroack.—Rigoles, Cours d'eau et Déluga: M. F, A. Girouard.—Pantalonnade.—Ripaille.— Les Dames : M, A. Raymond.—Encore les Dames : M. Adam.—Gargantu®# ‘“ passim ” : Dr. de la Bruère.—Sir Georges E. Cartier : P. de la Bruère, fils.—Causerie.—Les moyens et le but.—Mes jeunes compatriotes, poésie, M. J, À. Chagnon.—Légende.—Finale : M. Gendron.—Coups de poing de la fin.
FRICOT POLITIQUE. No. 1.
Rien ne remplit d’allégresse le cœur d'un vrai patriote comme de voir les vieilles coutumes canadiennes sauvées de l'oubli et remises en honneur par les gens intelligents. Ces bonnes vieil. : les coutumes de nos ancêtres, à l'allure patriarchale comme eux, joyaux d’un passé glorieux, comme elles, étincellent d’un éclat caractéristique sur le fonds plat et terne des choses vulgaires de la vie ordinaire !
Qui de vous, lecteurs, ne regrette le temps où la présentation du fameux bouquet compo-:* d’une caraffe de rhum, galamment bouchée avec une pipe de. . : cuite d’une blancheur éblouissante et le col entouré d’une bonne grosse torquette de tabac roulé, était d'occurence journalière.
Et les partis de tir: ‘onc! Pour ma part j'ai toujours constaté avec un profond chag., 1, qu'oublieux des traditions, nous ne songions gr'’au lucre et aux affaires : ‘“ prosaïque terre-à-terre,” me disais-j. uvent, ‘“ ton heure est arrivée!” Et voyant les jours se SUCCù toujours monotones, mes compatriotes livrés corps et âme à . recherche Cu vil métal sans une minute de répit, je me reportais au bon vieux temps si original avec ses perruques poudrées, ses souliers à boucle, les crèpes, les mardi-gras, les guignolées, les repas, les bouquets et les partis de tire !!
Je déplorais ainsi l’autre jour, en fumant mélancoliquement ma pipe d’après diner, la disparition quasi complète de ces reliques nationales, quand un ami m'invite à assister à un parti de tire !
Grand Dieu ! j'acceptai le cœur gonflé de reconnaissance. Cela coûtait 81.00 ; je payai sans délai, trop heureux de sacrifier cette obole sur l’autel de la patrie. A la brume, je m'acheminai, rapide comme l’amoureux volant au devant de sa Dulcinée, vers le lieu du rendez-vous. .
Je frappe quelque part à St. Hyacinthe ; on ouvre et bientôt me voilà dans une grande salle splendidement éclairée, en face d’une table somptueusement servie, déjà entourée de convives distingués. Après les poignées de mains, les saluts, les embrassades, tout le tremblement ordinaire de coups de poignets usités en pareille circonstance, j'examine : vingt-neuf personnages éminents réunissaient dans cette enceinte toutes les distinctions possibles dans toutes les sphères de la vie sociale ; des hommes d'état blanchis sous le harnais politique. vieillis au service du pays, comme ‘MM. Raymond et Léon Lebrisse Comte de Kéroack, un députe de génie comme M, Gendron ; des écrivains de premier ordre comme MM. de la Bruère, père et fils, Chagnon et Alphonse Raymond ; des industriels de mérite comme MM. Lebrisse vicomte de Kéroack, Pagnuelo et Chalifoux ; des capitalistes et marchands distingués comme MM. Elie Perrault, Boivin et Léonard Beaudry ; des orateurs sans rivaux comme MM. Chicoine, A. Choquette, Barbeau et Adam ; des philantropes pieux et zélés . mme MM. Taché et C. Lussier et enfin plusieurs autres illustrations qu'il serait trop long d’énumérer.
Les procédés préliminaires ne durèrent qu'un instant: en un clin d'œil le plat de tire, flanqué de bouteilles à ventre rebondi, comme la bosse abdoménale de M. le shérif et de petits hors d'œuvres de circonstance, est apporté et posé majestueusement au beau milieu de la table. Le benedicité est récité avec componction par M. le comte de Kéroack, les réponds exécutés avec ensemble par MM. Chagnon et Pagnuelo, un cantique est chanté par M. Camille Lussier. et M. Raymond, père, en sa qualité de président, procède avec une impartialité digne d’éloges à la distribution des bétons, réservant naturellement le plus gros à M. Gendron, l'hôte de la soirée.
Puis chaque convive, armé de son instrument sucré d’une main, est requis par M. Raymond de remplir son verre de l’autre.
Les santés d'usage bues avec enthousiasme, la tire quelque peu croquée, M. le président, de sa voix grave, éloquente et harmonieuse, adresse en ces termes l'auditoire suspendu tout entier à ses lèvres.
‘ Messieurs, j'ai cru devoir à l’occasion du départ de notre ami M. Gendron pour Ottawa, préparer cette petite manifestation de l'estime profonde et de la gratitude sans bornes dont nous sommes
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pénétrés à son égard pour les immenses services qu'il a rendus au pays durant lé premier Parlement de cette province. Le but est tout national, anssi y ai-je adjoint une annexe toute patriotique sous forme de parti de tire afin de démontrer notre patriotisme.
‘“ Comme j'ai perdu quelque peu l'habitude a: parler en public (cris de non! non!\ je porterai de snite la santé capitale de la soirée, celle de M. Gendron, (bravos). Vous le connaissez, (oui, oui), il m'a succédé au parlement et grâce à lui, mon influence est restée dans les conseils du gouvernement. Je ne parlais pas beaucoup, c’est vrai; M. Gendron suit mon exemple ; mais, sachez-le, messieurs, le silence est d'or et la parole est d'argent; si M. Gendron, comme moi, ne parle pas beaucoup, croyez-moi, il n'en pense pas moins, à l'instar de certain volatile trop méprisé, (rires et hourras!)
# D'ailleurs, je vous le déclare sincèrement, mon silence a maintes fois embèêté l'opposition et le ministère! (C'est vrai!} Messieurs, debout! verre en main, {ire aux dents, croquez et buvons à la santé de M. Gendron! (Bravos !)
M. A. Raymonb :—Hourra pour toi papa!
M. Gendron, profondément ému, se fève au milieu d'un calme solennel et répond comme suit :
“ M. le président, la Providence m'a appelé au gouvernail de l'Etat, j'ai pris la place de M. Raymond et je marche sur ses traces; je vous suis reconnaissant de votre accueil et je vous rends grâce. Celui qui comme moi se sacrifie pour Dieu et son pays est heureux de voir apprécier ses travaux et ses efforts pour promouvoir les intérêts internationaux et religieux du Dominion. Vous démontrez que l'opinion éclairée de la Province comprend mon amour pour le bien et ce que j'ai pu faire de bon jusqu'ici; ma tâche a cependant été rendue très-facile par mes talents naturels et l'exemple de MM. Cartier et Raymond,
Guidé par ces deux grands hommes [M. Alphonse Raymond salue] je n’ai point ou peu parlé mais toujours voté dans le sens ministériel, le seul qu’un bon catholique puisse adopter, Quelques fois j'hésitais ; mais M. Cartier me disait : ‘ Ecoute, jeune homme, cette mesure te parait mauvaise, vote toujours avec moi; tu n’en auras que plus de mérite, car nous n'avons pas besoin de toi pour les bonnes mesures, tout le monde indistinctement vote pour.” Naturellement je cédai. Plus tard, je formai le tiers-parti; il m'est mort entre les mains: requiescat.
M. KÉRoOACKk :—Amen !
M. GENDproN :—M. Raymond avait pour titre de gloire le bill des bardeaux, moi j'ai celui d’avoir détaché du comté de Bagot 40 électeurs qui me gènaient. Je continuerai, messieurs, comme par le passé; par exemple, la question du bardeau est toute nationale—M. Raymond l’a dit dans le temps—il faut qu'elle aboutisse ! M. Cartier votera pour et M. Bellerose m'a promis son appui!
Moi qui suis né au quatrième rang de Ste. Rosalie, j'en sens la nécessité ! M. Cartier me récompensera de ma docilité en dotant mon pays de cette loi admirable ! Et ce jour-là je pourrai dire le Nunc dimittis servum tuum du père Siméon.
M. TAGHÉ :— Amen !
M. Genvron :—Messieurs, il faut êre reconnaissant, je l'ai été et je le suis : je l'ai prouvé. Voyez M. Chicoine, à qui doit-il les charges importantes dont il est revêtu ? [M. Chicoine salue.]
M. TAGHÉ :—Tibi Domine !
M. Genprow :—Et M. de la Bruère, jnr.? qui l’a mis en conjonction avec le gre er de cette ville ? [M. de la Bruère salue.]
M. TACHÉ :— Tu ai °m Domine !
M. KÉnoAGk :—Deo gratias !
M. GENDRON :—Je vous garantis que mon influence me permet de donner toutes les places ici ou ailleurs sous le gouvernement, et soyez sûrs qu'aussitôt des trous faits vous aurez le plaisir d'y entrer !
PLusteurs voix :—Bien ! à moi! jen veux!
M. GEenpuon :—Sur ce, messieurs, je termine et perméttez-moi de mettre dans ma poche quelques bétons pour mes amis d'Ottawa et de vous dire mille fois merci et enfin je vous déclare que ce bâton de tire est le plus beau jour de ma vie ! [Applaudissements frénétiques ; M. Kéroack tape sur le ventre de M. Taché; M. Lussier blanchit d'enthousiasme et M. Perrault embrasse son gendre !|
M. Gendron en terminant propose en quelques .ots appropriés la santé des amis politiques de St, Hyacinthe et prie M. lie Perrault de répondre. Ce monsieur se lève au milieu d’applaudisse. ments unanimes.
‘ M. le président, ce n’est pas sans hésitation dont je suis remlie dont je suis venu parmi vous à soir. Car, en politique ça va ien avec M. Genäron; mais j'peux pas m'empêcher de lui faire
un reproché &unt à l'égard de la jument dont il m’a vendue garantie mais dont auquelle elle est poumonique. Néanmoins je suis bleu et j'yasse pardessus dont j'veux tenir mes opignons dans la politique. A part de ça, M. Gendron connait ses amis et les encourage dont par exemple il m'a montré en achetant beaucoup à mon mag&sin quoique mes voisins Fligne et Dorté dont qu'ils me touchent vendent à bon marché le vieux stock de Managanne (M. Taché applaudit.)
e Partant politique dont à laquelle M. Gendron s'occupe, j'ai rendu moi étout des grands services au parti: d’abord, vous savez M. Raymond, j'ai soutenu votre élection; à St. Bernabé, M. Punn un bon jour était bien embarrassé; là pour abattre les rouges, j'ai pris l'affaire en mains dont qu’elle allait mal; je criai à M. Dunn: qui a imposé les taxes sur les cuirs? ‘C'est les rouges, répondit M. Dunn.”
M. PAGNUELO :—C'est vrai !
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M. PennauLr : —Qui a renversé la religion dontnousp: tiquons ? ‘C'est les rouges!”. Et d'autres questions comme çà dont les rouges en vinrent tout en déroute, (hourra) ! ‘“ Cependant messieurs, on n’a pas été reconnaissant à mon égard. J'ai guinque été nommé juge de paix, ça paye pas, (non! non!) Moi qu'a voyagé en Australie et en Espagne dont je travaillais les mines, je méritais plus que ça. Néanmoins, messieurs, ma politique est solide comme celle de M. Lussier.
Parlons de la France dont sur laquelle Pismark fait des siennes, Je suis plein comme vous de à pour les français, mais je veux la paix. Honte à Pismark et à bas la Prusse ! (Applaudissements prolongés.) de crois en avoir dit assez. Mon gendre, M. Chicoine, l'avocat de la couronne et le recenseur (M. Chicoine salue) vous dira le reste. Quand à moi je prends ma chaise dont à laquelle j'ai besoin. Mais avant je propose la santé de la Presse dort mon gendre qui fait le Farmer's Journal répondra !”” (Hourras unanimes.)
À peine le bruit assourdissant, tant l'enthousiasme de l’audiloire était rendu à son paroxisme par l'éloquente allocution de M. Perrault, se fut-il quelque peu appaisé, M. Chicoine, substitut du Procureur-Général et recenceur, surgit à la gauche de M. le Président et ensevelissant dans les profondeurs de son estomacun débris récalcitrant de tire mal croquée, par un effort de gosier mal déguisé, la main gauche sur le cœur et la dextre dramatiquement étendue, répondit en ces termes au toast de son beau-père.
‘ M. le Président et Messieurs :—Je suis enfant du sol canadien comme M. Gendron et comme lui j'ai vu le jour loin des cités. Je suis né, Comme ce grand homme, dans une concession.—Lui au 4ème rang de Ste. Rosalie, moi à l’autre bout ‘du grand St. François.
M. F, A. Ginouanp :—Bravo! c'est mon rang !
M. CHicoine :--Aussi, l'occasion s'étant présentée de rendre service aux habitants je l'ai saisie: on m'offrait la rédaction d’un journal agricole, j'acceptai et depuis longtemps j'écris pour les cultivateurs canadiens-français des articles aussi longs qu'instructifs, en anglais, dans le Farmer's Journal !
M. F. A. Ginouanp :—Très bien ! très-bien !
M. CnicoinE :—Mon journal a déjà rendu d'immenses services. M. Casavant, de St. Dominique, me le disait l’autre jour : depuis qu'il lit ma feuille ses carottes et ses navets sont plus gros et donnent un meilleur rendement. Rien de tel que le croisement! Donner en anglais des leçons d'agriculture à ceux qui ne com prennent pas ce langage paraît drôle au premier abord, mais j'ar la preuve des bons résultats que cela produit! cela suffit, (cris de oui ! oui!)
** La presse s'occupe tellement de notre hôte (M. Gendron salue) qu'il est de mon devoir d'en dire quelque chose en cette circons-
tance. Que n'a-t-il pas fait dans le passé ? Jetez un coup d'œil en arrière ! (M. Girouard et M. le comte de Kéroack regardent derrière leurs chaises ; M. Pagnuelo regarde sous la table.) M. Gendron a ramené le comté de Bagot à la religion et à la patrie !
M. Tac :—Gloria illi! viva !
M. Cnicoine :—d’en sais quelque chose moi qui ai dans cette lutte gigantesque gagné mes éperons. M. Gendron fut merveilleux de sang froid, d'adresse et de courage dans ce combat terrible, corps à corps avec l'erreur et l’impiété ; il ne parlait guère mais, comme vous l'avez dit avec tant d'à propos, M. le président, iln’en pensait pas moins. C’esten comité qu'il fallait le voir. test lui qui orgamisait les batailles, fournissait des arguments à M. Thibault et des documents à M. Ca anas.
‘ Elu, M. Gendron est resté digne de notre admiration et à grandi de cent coudées notre estime pour lui. Ne disant mot en chambre, ne s'amusant pas à faire des lois—trop d’autres membres inutiles se livrent à cette besogne insignifiante, M. Gendron travaillait dans les comités jour et nuit. Vous n’en savez rien, mais M. Cartier le sait, lui, et l'affirme! Que vous faut-il de plus ?
MM. Pernauzr et Lussier :—Bravo.
M. ne LA BRuÈRE, père, à M. Pagnuelo :—Un morceau de rôti, s’il vous plait !
M. Cuicoixe :—Du reste l'excellent député de Bagot n’a pas oublié ses amis et soutiens; à l'œuvre, on reconnait l’ouvrier. J'avais dit “ans l'excitation de la lutte que j'étais bleu parce que ca payait mieux. Pour ne pas me faire mentir, il n'a fait nommer avocat de la couronne et r*ecenseur. Voyez autour de vous, M. le président, d'autres preuves vivantes de la munificence de M. Gendron. M.'de la Bruère, greflier conjoint ; M. Henderson, recenseur ; M. C. Lussier devenu fournisseur de bois du Palais de Justice et de la Prison de St. Hyacinthe (M. Lussier salue) ; mon beau-père juge de paix. (M. Perrault fait signe que oui.) Ma brochure inédite sur la colonisation s’imprime au Courrier et M. Gendron saura j'en suis sûr, m'en faire payer le coût, par le gouvernement, au centuple. Eh! bon Dieu! je n’en finirais pas s’il me fallait vous citer tous les actes qui ont fait de M. Gendron le plus grand homme de Ste. Rosalie et des environs !
‘* Nous sommes en famille, messieurs, tous employés actuels ou futurs du gouvernement; pourquoi ne vous parlerai-je pas à cœur ouvert ? Nous rendons, ce soir un témoignage éclatant de reconnaissance à M. Gendron, au lieu et place de ses électeurs, il faut bien le dire, trop ignorants, trop apathiques, trop ingrats pour remplir leur devoir envers leur digne représentant. Les électeurs de Bagot n’ont rien fait pour leur membre, honte à eux! (Cris unanimes de: Honte! IHonte ! } Comment pas un d’eux n’est ici ce soir pour Approuver avec nous la conduite parlementaire de M. Gendron ? Les misérables ; il faut que des étrangers au comté de Bagot comme nous prennent l'initiative !
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M. Genpron interrompant: * pa:lez pas si haut, M. Chicoine, si mes électeurs savaient çà, qui, comment ils me traiteraient aux prochaines élections.
M. DE LA BRuÈRE :—En effet i e faut pas crier cela trop fort; c'est entre nous.
M. CuicoinE reprenant :—Pardonnez mon zèle et mon ardeur qui m'emportent peut-être trop loin: mais un penseur célèbre à dit: Celui qui fait croître deuæ brins d'herbe là où un seul était produit est un bienfaiteur public. Or, M. Geadron à fait deux employés du gouvernement, là où un seul engraissait (M. de la Bruère salue) depuis plus de dix ans. C’est un bienfaiteur public; c’est mon bienfaiteur, votre bienfaiteur, beau-père ; que son nom soit béni!
M. Gendron s'incline.—M. Kéroack se signe dévotement.—M. Pagnuelo vide son verre.—M. Taché sanglotte--lattendrissement devient général—tous les mouchoirs sortent dés poches et essuient des yeux mouillés de larmes—l’orateur s’assied en silence, douloureusement affecté.—M. Chagnon (J. A) Amen! M. Kérouck brise sa médaille—silence complet!!!
Soudain la porte s'entrouve tranquillement; un objet informe commence à poindre, s’allonge, s’allonge, grossit dans la pénombre, prénant peu à peu la forme d’un nez gigantesque et enfin entre, entre, degré par degré dans la salle suivi du porteur M. Charies Desnoyers; une voix profonde de basse taille sort de cet énorme appareil, et, prononce gravement l'antique formule de salutation : ‘ Bonsoir la compagnie toute entière !!”
M. Desnoyers s'assied, rompt un bâton et M. Choquette (A. se lève :
‘ Nous sommes ben heureux, messieurs, d'avoir de bons membres comme ça. C’est ben vrai que j'ai ben travaillé pour lui”...
M. A. R. Raymonp :—Oui, oui, je l'ai vu faire, papa.
M. CnoQuerTre :—dJ’étais si ardent pour son élection que je mettais des roches dans mes poches de per que le vent de mon enthousiasme :'e vint m'emporter! (A M. Taché, qui pleure encore.) Pas besoin de vous chagriner comme ça ! Badame, mon cher gros À shérif, vous êtes trop sensible aussi ! Messieurs, prenons un coup pour nous remettre !
M. Choquette donne l'exemple—les verres s'emplissent—M. Pagnuelo, dans un coin chante à mi-voix :
Quand ma femme me querelle Je lui dit pour l’apaiser
Que je vais me griser
Pour la trouver plus belle.
Tous :—Pagnuelo, une chanson !
M. le comte de Kéroack lui tirant doucement les favoris :— Allons, cher ami quelques couplets pour nous mettre en train.
M. DE La BRuÈRE, père, à M. Raymond :—Cher ami, passe moi donc cette aile de poulet.
M. PaGnueco :—Volontiers, (il tousse et prélude en sifflant entre ses dents l'air du Gamin de Paris.)
Je suis ferblantier, moi
Voilà mon caractère
Je suis heureux romme un roi En fonçant des chaudières,
Je suis jeune, galant et beau Et ne suis point novice Si je fabrique du tuyau C'est pour rendre service.
(Hourras.)
M. Pagnuelo continua en prose :
Messieurs—M. Perrault vous a parlé de sa jument, moi, j'vous dirai que les Roy de St. Pie, tous bons bleus qu’ils sont, sont des ingrats. Quand on pense qu'ils achètent leur ferblanterie à l'Assomption ! (Stupéfaction générale.)
M. Tacxé :—Pas possible !
M. PerrauLr :-C'est ta faute, Pagnuelo, tu parle trop d’annexion, ça les effarouche !
M. PaGnugLo :—D'après ce que je puis voir, quasiment tout le monde ici a eu des récompenses en qualité de b eu ! Eh bien moi je suis aussi bleu que qui que ce soit et cependant j'en suis encore à attendre. Je ne vous demande pas de place au gouve: “ment: mais si vous voulez me faire plausir, c’est d’ordonner à 1:48 les bleus d'ici et des environs de ne plus se servir de terrines de terre mais d'employer des terrines de ferblanc.
Tous :—A bas les terrines de terre! A bas la poterie! Hourra pour le ferblanc !!
M. le Président :—Messieurs à l’ordre ; remplissez vos verres, me reste plusieurs {oasts à porter.
M. pe LA BRUÈRE, pere, à M. Kéroack.—J’aime les toasts bien roties, avec du beurre frais et du café très fort. Garçon, une patate !
M. LE PRÉSIDENT :-—Au commerce, messieurs ; au commerce qui fait refleurir le pays et alimente les populations. M. Barbeau veuillez répondre.
Je vis M. Barbeau se lever pour répondre mais obligé de sortir quelques minutes, je n'ai pu saisir que quelques bribes de phrases parfaitement insuffisantes pour me permettre de rapporter le fonds même de ce discours. Je compris cependant que l’orateur parlait du percement du mont Cénis et tout intrigué je cherche depuis lors à m'expliquer quels rapports intimes existent entre l’épicerie et les Hautes Alpes. Que le lecteur fasse comme moi.
A la santé de la navigation, M. le Vicomte de Kéroack fit honneur avec cette mâle éloquence du marin d'eau douce qui lui sied si bien.
La navigation, dit-il, date du déluge ; Noé estle premier cano-
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tier de l'univers et celui qui démontre le mieux l'excellence de cet art sans rival. Sans lui où serions-nous, messieurs ? Dans le néant ; lui seul avec son arche sauva les bêtes du désastre universel. C'est vrai! Bravo!
“ La navigation est d'origine divine.et je le prouve par uu syllogisme : en créant l'Amérique, Dieu la destinait à être habitée ; or, il fallait des vaisseaux pour y venir, donc Dieu a créé la marine.
M. Tacé !-—Bene! bene !
M. Girouanp :—Parlez nous donc des cours d’eau !
M. Kéroaux :—Sans ses vaisseaux Colomb n'aurait jamais découvert l'Amérique !
M. DE LA BRuÈRE père :—Sans le brandy pas moyen &e digérer. Garçon, une goutte d’eau de vie.
M. KEroack :—Aussi notre pays est prospère, grâce à sa marine, Nous avons un vaisseau de guerre portant 3 canons et grand nombre d’autres sans canons mais non moins formidables pour cela !
M. J. A. CHaGnox :—Les canons de Eglise suffisent pour nous défendre !
Tous :—Bravo ! 1...
UNE voix OFFICIELLE, au bout de la table.—Le Canada, c’est. Ja troisième puissance maritime, (Hourras unanimes.)
M. Keroack :—-Quant à moi, j'ai fait ma part, On m'en tiendra compte, je l'espère, j'y compte. J’ai armé, pour me servir du langag: mythologique, le trident de Neptune d'un poignet à vapeur et grâce à moi, les eaux paisibles de l’'Yamaska sont sillonnées en tout seus et bercent amoureusement sur leursein le bateau Notre Dame, mon œuvre et la gloire éternelle de la noble famille des Lebrisse à laquelle j'appartiens.
M. Lussier :—Moi aussi.
M. Keroack :—M. Gendron est ami de la navigation et il m’a soumis lors de la formation du tiers parti, un projet pour canaliser la rivière Lasnelle, le ruisseau Gogli et la rivière Chibouette, afin de me permettre en naviguant de faire le tour de son beau comté. Quel homme de génie, messieurs (M. Gendron salue.) Il voit tout, prévoit tout et pourvoit à tout ! Quel malheur que le tiers parti ne fut pas établi. M. Gendron alors devait être trésorier de la Puissance. Combien facilement nous aurions eu des fonds, encore des fonds, toujours des fonds ! (Bravos) Mais les calomnies des rouges ont rendu impossible cette combinaison. Les ministres du tiers parti, collègues putatifs de M. Gendron s'émurent, et il fut résolu d’écaiter M. Gendron du coffre et de lui confier seulement le port-feuille des travaux Publics. Tout était décidé ; un octroi de $100,000 était accordé et aurait été dépensé pour cette canalisation sous la surveillance de M. Gendron, quand un souffle du tout puissant M. Cartier réduisit en poudre ce cha-
teau en Espagne ! Mais ne désespérons pas: viennent les élections et le peuple mieux informé saura forcer la main au pouvoir.
‘Quel beau jour ce sera que celui qui nous verra célébrer laccomplissement de ce plan gigantesque! On a parlé du creusement de l’isthme de Suez. Misère! du percement du mont Cénis, c’est de la St, Jean auprès de la canalisation de la Snelle, du Gogli, et de la Chibouette ! Advienne bientôt le succès de cette immense entreprise et je mourrai content !”
M. PerRrauLcrT :—Moi aussi !
M. Keroack prend son siége couronné d'applaudissements.
Des cris unanimes de: M. Girouard, M. Girouard, retentissent.
Ce monsieur se rend à l’app.! chaleureux qui lui est fait et nous entretient durant une heure sur l'utilité des cours d’eau. Logique, il prend pour point de départ les rigoles, s'étend sur les fossés, descend dans les décharges, débouche dans les ruisseaux, tombe dans les rivières, suit le cours des fleuves et enfin se perd avec eux dans l'océan. Rien de plus intéressant que cette humide dissertaticn. M. Girouard établit avec une dialectique plus que serrée que sans les cours d’eau et la mer, leur réservoir naturel, l'eau couvrirait toute la surface du globe et nous obligerait de n’habiter que les pitons les plus élevés des montagnes.
‘ Le déluge, ditil, fut causé par la négligence et la paresse des premiers habitants du Globe. Ils ne faissaient pas de rigoles ! Voilà la cause de cette terrible catastrophe ! En effet, les rigoles font les fosses, les fossés les décharges, etc., etc., ete. ! ! !...Gloire à M. Gendron qui a laissé faire le Code Municipal qui règle tout cela.”
Tous les auditeurs se pressent autour de l’orateur, le félicitent, lui serrent la main. M. le Comte de Keroack lui dépose un baïiser paternel sur le front.
M. DE LA BRUÈRE, père :—Un morceau de cette tarte aux pommes, garçon ! à M. le président:—quel malheur, Rémi, que nous digérions si mal ce que nous mangeons si bien !
M. le président fait remarquer qu'une chanson joyeuse serait la bienvenue, après des discours aussi sérieux; la suggestion est adoptée d'emblée et M. Girouard, à peine remis de la fatigue deson long discours sé sacrifie et entonne sa célèbre chanson patriotique de l’'émigré.
La voilà aussi complète que j'ai pu la saisir.