AIR LAMENTABLE
Adieu, papa, adieu maman, (bis] Adieu, adieu, tous mes parents !
Je m'en vas en Amérique
Pour y gagner de l’argent
En faisant de la bonne brique!
Petit oiseau que tu y es heureux De pouvoir aller où tu veux !
ions
l’acent est il, et nse
Si j'avais ton agissance Sur la fenêtre de mon père Je m'en irai me regrimper :
Qu'en a fait la chanson F, A. Girouard, voilà mon nom En m'en revenant de St. François x J'ui rencontré M. Gendron Qui s’en venait à ce ‘ parti de tire.”
Battements de mains unanimes.)
. TACHÉ :—Quel homme ! quel poëte :
M. GENDRON, regardant à sa montre :—Déjà minuit !
M. DE LA BRUÈRE, fils :—Papa mange encore ; quel appétit!!!
Le chant patriotique de M. Girouard avait fait vibrer avec tant de force la fibre nationale des convives qu'un silence éloquent succéda soudain aux acclamations chaleureuses qui avaient accueilli les couplets admirables de l’admirable improvisateur.
Quelque peu impressionné moi-même, je cherchait une diversion aux émotions qui m'assaillaient de toutes parts, en jetant un coup d'œil autour de moi.
Pour la centième fois peut-être, il me fut amplement démontré que l'excitation mentale, quelqu’en soit la source, se manifeste d'autant de manières dans une réunion d'êtres humains qe l’on y compte d'individus.
Par exemple : MTaché larmovyait, levait une main aucielet de l'autre doucement repliée sur l’occiput semblait vouloir arracher une touffe de cheveux absente naturellement.
M. R. Raymond toussait légèrement et mettait un biscuit dans sa poche.
M. A. Raymond se grattait frénétiquement le bout du nez.
M. Perrault frottait le verre de ses lunettes sur le genou de son voisin.
M. Chicoine brossait sa manche d'habit sur le dos rétréci de son beau-père.
M. Girouard s’épongeait le front avec un coin de la nappe.
M. Gendron serrait une bouteille de bière sur son cœur.
M. de la Bruère, père, mangeait toujours et tentait vainement de trancher son pain avec une cuiller.
M. le Comte de Kéroack faisait des efforts herculéens pour s’agenouiller sur le dos de M. Pagnuelo.
M. le Vicomte de Kéroack tenait son beau-frère Camille par le cou et lissait les anneaux soyeux de sa brillante chevelure.
M Lussier laissait faire et lorgnait dramatiquement le plafond.
M. J. A. Chagnon se dandinait et faisait un moulinet menaçant pour le nez de M. Desnoyers.
L’appendice nasal de ce dernier s’allongeait en se renflant aux narines et dessinait sur le mur un coin gigantesque.
M. de la Bruëre, fils, se tenait le ventre à deux mains commeun malheureux pris de coliques.
M. A. Choquette retournait ses poches et M. Romuald ditto, à califourchon sur une chaise, fixait des yeux ébahis sur le nez monstrueux de M. Desnoyers.
M. ‘" grignotait un morceau de tire tout en soupirant et M grattait le fond du plat en geignant douloureusement.
La situation se compliquait étrangement pour votre serviteur qu'une implacable envie de rire martyrisait, quand M. J. A. Chagaon, en se dandinant et moulinettant as aforesaid, atteignit d'un revers de main le nez de M. Desnoyers et du bou’ du pied le postérieur du chien de la maison.
Les deux victimes poussèrent un hurlement épouvantable, tel, que M. le Vicomte de Kéroack s'en boucha hermétiquement les oreilles.
Chacun reprit sa position primitive pendant que M. Chagnon pansait pieusement les deux blessés.
M. Le PrésinenT : —Messieurs, il se fait tard ; néanmoins plusieurs santés restent encore en arrière. Dépèchons; c’est le seul moyen de faire disparaitre l'émotion inséparable de l'incident douleureux qui vient d'assombrir notre fête [Très bien !]| Buvons, Messieurs, buvons aux dames qui.. .…........…. aux dames que... aux dames................
M. PerrauLT soufllant et M. Raymond répétant :—Dont auxquelles nous devons nos joies et notre bonheur et dont avec lesquelles pas d’ennui ! HAUTE !]
M. DE LA Brune, fils, à M.Raymond jnr : —-Réponds. Alphonse.
M. A. RaymonD :—J'’ai le rhume !
Tous :—Alphonse ! Alphonse !
M. A. Raymon», de out et la main sur le cœur :—Messieurs ! [1 tousse] Messieurs! |! cravue] Messieurs! [! se gratte l'oreille gauche] Messieurs, les dames, comme vous l’a dit papa [/{ se gratte le nez] sont aimables. Mais pardon, Messieurs! [{{ hésite e! bredouille !
M. pe LA Bruëne, fils :-—Parle donc, Alphonse !
M. DE LA BRUÈRE, père :—Un peu de confitures, Rémi : merci !
M. A. Raymon» :—Messieurs, pardon ! Mais c'est que. j'ai un mauvais rhume que j'ai attrappé en me baignant l'été dernier (7! tousse et crache.) J'avais pourtant eu le soin de garder mon corps de flanelle et mes bottes et de mettre des claques ! (4 se mouche.)
M. DE LA BRUÈRE, père :—J'ai jamais vu de famille comme la tienne pour le rhume, Rémi. Te rappelles-tu de ta toux de 1863 ?
M. Raymon», père :—Lors de mon élection ? Oh oui ! j'en tousse encore quand j'y pense! (1! éternue.)
M. A. Raymonp,:—Je vous remercie bien messieurs...
M. PERRAULT :— Pas d'quoi !
M. A. Rayon :—Mais j'passe la parole à un autre.
M. Raywonp, père —C'est bien, mon fils, assied-toi.
CLLE]
M. Raywmonn, fiis :—Oui, papa !
A la demande de M. le président, M.'Adam régor: lit comme suit à la santé des dames, au lieu et place de M. Raymond, fils. ‘* Messieurs :
(App'audissements unanimes.)
(M. Taché éclate de rire.)
Adam, mon grand père, s’ennuyait tout seul dans le paradis terrestre ….........quand
M. PerRAULT :—J'aime bien les femmes, mais faut pas qu'elles soient poumoniques !....... , ; M. Adam :—
(Bravos.)
Si j'eusse comme vous, M. le président, cueilli trois roses dans le jardin de l'amour, je pourrais
(M. A. Raymond tousse et salue.)