‹ Fricots politiques [microforme]Chapitre 20 sur 21 · UN PHÉNOMÈNE · texte numérisé non relu

UN PHÉNOMÈNE

ANGERS :— Venez voir le Phénomène ; Entrez, mesdam’s et messieurs :

Nous l'montrons depuis trois s’maines ; C’est tous c’qu’il y’a d’plus curieux !

REFRAIN —Quel phénomène bizarre !

Plus c’est bète plus c’est beau !

Ah! ah! c’est-y-beau!

Avez-vous rien vu d’plus rare...

Ah! ah! c’est-y-beau D’voir des cornes sur la tête d’un veau !

que Ganxeau :—Cette binette phénoménale (- Est le plus ferme soutien

sou ue À

uant, De la p'tite boutique locale

e res- Dont à laquelle j'appartiens.

ment Reënain :—Quel phénom ène bizarre, ete. otre. is se-

us les CHaPLEau :— Entrez, messieurs, y'a d'la place ;

à pro- Avez-vous jamais connu

répe- Quelque chose de plus cocace ?

it ma Que la tête d'un veau cornu ?

ns de

ostro- REFRAIN :—Quel phénomène bizarre, etc. ete. > peul AR À

omme VALLÉE :—[l n'est pas plus drôle qu'les autres ; ne les C'n’est pas comm'’ça qu'il est né :

eZ en- S'il a l'front plus haut qu’les autres, Vous C'est qu'il se l’est fait orner.

be: REFRAIN : — Quel phénomène bizarre, ete., ete. omber Tanre :— Allons, il faut avoir des bornes, Philis- N'dépréciez pas Tourangeau :

ur les Si Tourangeau n'a pas d’cornes,

Ga ne l'empêche pas d’être veau.

tte, et REFRaIx :—Quel phénomène bizarre, ete., ele, voie le

te na- TouranGEAU :—Mon cher Tarte, tu t'eivilises :

oir la Tu parle comme un rossignol :

rerre à As-tu pris ça à l'église s effet Ou bien dans la rue St. Paul ?

bes bé-

REFRAIN :—Phénomène, Insecticide !

; Cachez-moi c’vilain museau ULT. ! ! c’ Ah! ah! c'est pas beau Ya-t-y rien de plus stupide !

Ah! ah! c'est pas beau D'voir des cornes sur la tête d’un veau !

Azur, Gnoquer.—CGette lettre est le plus beau jour de ma vie.

VI.—RÉFLEXION.—INTERRUPTION.—NOUVEAUX CONVIVES — QUI CASSE LES VERRES LES PAIE | — DISCOURS,

Un religieux silence avait accueilli la belle lettre du grand homme: un pieux recueillement lui succéda. Les convives muets, pâmés d'enthousiasme ne bougeaient plus. Vous auriez

cru vraiment qu'ils étaient plongés dans une divine extase. veau ! R

La plupart, les mains dévotement croisées sur la bedaine, jetalent des regards illuminés vers le plafond : d'autres ouvraient ane bouche démésurement arrondie ; Laperche ne soufllait plus : Kéroack et Ptit Dré semblaient changés en statues de l’étonnement,

Soudain un geignement sinistre, suivi d’un sanglot déchirant, retentit à l’une des portes de la salle laissée ouverte pour la commodité du service ; deux nouveaux venus étaient là, plantés tout droits, pâle de colère et de douleur, Depuis quand ? Qui pourrait le dire? La silhouette efflanquée du premier allongeait son ombre sur le mur, y dessinant une longue tuque grise dont le gland à franges retombait sur un vaste capuchon, sa ceinture fléchée cerclant à tripie tours un ventre amaigri par un long jeûne... PRE NE RE A A ARE TEE A Hotte On n’apercevait de l’autre qu’un nez plus où moins pointu, des pommettes saillantes, des petits yeux clignotants, et un menton fourchu,—le tout blème à faire peur... Liteste ele terre e

Aux geignements et aux sanglots succéda bientôt une véritable explosion de cris de rage, accompagnés de trépignements furibonds. Au milieu de ce brouhaba on ne pouvait distinguer que des mots sans suite, décousus, étranglés : *‘ tout mangé !......p'us rien !......gourmands !...bouteilles vides !...invités, cinq lieues !.… c'est y de valeur!”

Nous ne savions que croire, que penser : les jérémiades continuant de plus belle, M. Taché s'adressa aux intrus avec la majesté que l’on connaît :

‘ Etrangers! Que voulez-vous ? Que faites-vous? Qui êtesvous ? ”

Le premier (montrant le poing): * Quice qu’on est ? gros pensu ! On va te le dire, face de mardi gras! Moé, c’est Piétro à Mémé Roy, de la côte de la Rivière, un bon habitant, un vrai bleu, quoi, vieux rouge pleumé ! Ça (montrant son compagnon) ça, c’est le gas Bruno Yon, pas un feignant sans cœur, comme vous autres! Qu'est ce qu'on veut? Qu'est ce qu’on voulait plutôt! L'honorable Pelo, comme ? l'appelle, le sait b'en sapristie d’un p'tit batte-feu ! Fricotter, manger, boire, tonnerre ! Et pu rien! de rien! On était invité pourtant ! Quand on y pense, nom d’un nom ! faire cinq lieues par des chemins absurnes, avec un temps sourdin ! pour trouver quoi? des plats vides, des assiettes vides, des bouteilles vides; tiens, j'peux pas me retenir, des têtes vides et vos ventres pleins! Non! ça se passera pas comme ça! A l'ordre, Bruno ! cassons leur la vaisselle, défonçons, tapons !” Joignant le geste à la parole, ces vandales se ruèrent snr un bout de la table et, tirant la nappe, culbutèrent assiettes et plats sur le plancher sonore et s’enfuirent! Iis s’enfuirent pas assez vite, cependant, pour ne pas entendre Choquette leur criant : ‘ Qui casse les verres les paye !”

1e, je- ‘aient plus :

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irant, ur la lantés ) Qui ngeait à dont inture 1 long u, des nenton ritable ts furier que pus ‘ues |...

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? gros iétro à in vrai 10n) Ça, 1e vous plutôt!

je d’un rien !

m d’un temps

; sur le ile, Celi casse

Cet incident avait frappé les assistants d’une véritable stupeur, qui se traduisit en quelques minutes par des exclamations de toute espèce : ‘ Quelles gens! quels Ostrogoths ! Qui a invité ‘a ? »” : Bien oui, qui les avait invités ? Impossible de le savoir. Autre question insoluble : qui allait payer le dégât ? On discuterait en. core ce sujet compliqué, hérissé de difficultés, si le président, toujours sage, n'eût savamment tranché le noud gordien de la

uestion en citant de mémoire l’article 512 de la Coutume de Paris, qui s'exprime ainsi : ‘ Paient pots cassées, vilains qui dessus tapent. ”

Les consciences étaient à l'aise, l’ordre rétabli, M. 'Taché proposa les santés d'usage.

A SA MAJESTE LA REINE! ‘ MM. remplissez vos verres et buvons à notre Souveraine !”

M. Taché était débout et brandissait loyalement son verre vide.

CHaziroux.—C'est i comme ça qu'on boit à la Reine? Y a pu de boissons !

Tous.—Pas possible !

Et les uns et les autres de fureter de ci de ça, mirer bouteilles, carafons et flacons à la lumière. Résultat net: rien. Les invités de St. Charles avait raison : le boire et le manger manquaient tout à Ja fois.

La surprise bien naturelle des convives fit bientôt place, chez quelques uns, à la manifestation d’un sentiment de dépit, puis de

désappointement, enfin de colère réelle.

‘ Payer deux piastres, c’est ben trop,” marmottaient dans un coin Ptit Dré et Chalifoux, Laperche et Chabotte, * pour un souper aussi mal arrosé. ” d

‘“ Le whiskey coûte pas si cher,” murmuraient les épiciers présents. ‘ On pourrait bien en demander !

Le PRÉSIDENT.—Mes amis, appelons Lavigne. Je regrette ce contre-temps.

Pgrir DRé.—C'est ça, gros chéri, payez la traite !

Beaudry, Beauchemin, LaBruyère, Daignault et Dupont se forment en groupe autour du Président et chuchotèrent quelques instants. Une collecte était en voie de se faire, quand, soudain, Lavigne toujours souriant, parutet de sa bonne grosse voix interpella M. T'aché en ces termes :

M. le Président, e cour du champagne, je crois, est arrivé. Vais-je le servir mainenant ?

Tous (stupéfaits).—Certainement.

Et chose étonnante, mirobolante, étourdissante, imprévue, inénarrable le champagne apparut: vingt-quatre bouteilles à capuchons dorés apparurent aux yeux éblouis des convives: en un clin d'œil, les bouchons sautèrent au plafond et les verres s’emplirent jusqu'aux bords de cette liqueur écumante et délicieuse.

Ce don royal d'un ami inconnu mit tout les cœurs en liesse et M. Taché en profita pour continuer sa gracieuse tâche.

‘ A la Reine, MM, au Prince de Galles, MM, au Gouverneur- Général, Messieurs !?

On but triple verre à mon bout de la table, car P'tit Dré fit reinarqgner que la santé était divisée en trois personnes.

M. TacHé (continuant)—Je réunis ces toasts, afin d’abréger. Maintenant mes amis, mes frères, [larmoyant] mes enfants, notre cher Pelo, pardon l'honorable LaBruyère part cette nuit pour Québec, dépèchons-nous! Nos devoirs de sujets anglais accomplis, buvons sans cérémonie à la santé de notre nouveau Conseiller Législatif! Puisse-t.il longtemps occuper cette haute position ! Puisse-t-il durant de longues années conduire le vaisseau de l'E tat! Nous sommes en famille. Parle nous à cœur ouvert mou petit Pelo, pardon, honorable !

A l'honorable LaBruère !

Le successeur de feu le regretté Hon. de Berry étaitmagnifique à contempler quant, pâle, palpitant d’une vivé émotion mal contenue, il se leva pour répondre, salué par des hourras unanimes.

MM.” ditil, “Je ne sais comment exprimer ma profonde gratitude pour ce splendide diner que vous m'avez offert spontanément à l'occasion de mon départ pour la capitale. Cela me rappelle la belle fête offerte il y à six ans déjà à cet excellent M. Gendron oncle de M. Dupont. Voyez la similitude entre les deux hommes : d'homme politique il est devenu greffier; moi, de greffier je suis devenu homme politique. À quel propos ? Je vous dois, mes amis, une explication sur mon entrée au Conseil, et je vais vous les donner franchement en honnête homme que je suis. (Mouvement d'attention.)

Mon cousin Bouchgrville était fort embarrassé pour donner un digne successeur à l’'hon. John Fraser. Plusieurs candidats étaient-sur les rangs. Le plus méritant, M. Taché, M. Raymond,

‘re, et votre serviteur,

Le gouvernement a balancé longtemps. Comment. pouvait-il faire autrement ?

M. Taché n'est-il pas l'homme le mieux dué, le plus capable, le plus instruit, le plus éloquent de St. Hyacinthe : (Oui! oui!) Voyez ces états de service. Il a réglé la succession Bonpette ; il a dû même traverser l'Océan pour recueillir l'héritage du Vice- Roi de l'Ile de Madagascar.

CHaLiroux.—C'est vrai, j'y étais !

LaBRuÈRE (continuant).—1l fut inspecteur du Revenu, greffier, des juges de paix, conseiller de ville par deux fois, et enfin Shérif. Tant de titres à la confiance publique méritaien! bien séricuse considération. I'un autre côté, M. Raymond, ce type de la probité commerciale, (applaudissements unanimes) ancien membre

set M.

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réger, notre | pour CCOoMonseilition !

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du Parlement,.caissier fidèle-des veuves-et des orphelins, sacrifiant même ses énfanis et sa-personne pour faire scrupuleusement honneur à ses engagements, blanchi par l'étude, quel noble ,çonseiller législatif n’aurait-il pas fait ?

La Percue—C'est mon, opinicn et je la partage. :

LABRUÈRE. —Enfin, moi, messieurs. J'avais aussi certains droits à la charge : F ai été député-greffier, prothonotaire. conjoint, place bien lucrative que j'ai sacrifiée pour me lancer, en bon patriote, dans l’arène politique comme rédacteur du Courrier et das le champ de l'industrie comme fabricant de bottesià St. Hyacinthe, Ma voix dans la presse, je. puis le dire sans orgueil à retenti dans les deux mondes : mon rôle comme manufacturier a été bien, rempli, Gomme journaliste, j'ai rendu. d'immenses services à mon parti et à la sainte cause : de la vérité, (c'est. vrai) ; Comme manufacturier, j'ai-imprimé, avec, votre concours, Mes- SpA à la fabrication des bottes une impulsion très-considéra-

Durant neufois le gouv ernement a hésité: mais je dois le dire, une raison suprême à fait pencher la balance de mon côté. Mes écrits ont rendu service à la cause conservatrice surtout en Europe et j'ai été choisi.

TacHé.—Je dois déclarer que si l'ai refusé, c'est quele shérifat payait mieux.

ALPHONSE.— Papa aurait bien pris la chose, mais Noé et moi on a pas voulu.

LABRUÈRE.—Je me crois. à la hautour de; la position quoique je n’y.apporte pas tout ce qui à distingué. mon regretté prédécesseur. En effet, l'Hon. John Fraser Berry, descendait en.droite ligne du huitième. comte de. Ghampagne, .anobli, par :Gharlemagne, tandis que nra famille a été Boucher, (Petit, Dré : pas possible !) jusqu'au commencement de ce siècle, et m'a de. la Bruëre que depuis lors.

Keroack.-—Pardon, je .crois que l’origine. des- Boucher se perd dans l'antiquité comme la noblesse des Labrisse de Kéroack dont je suis le digne représentant. Les Boucher sont très antique et. és

CHOQUETTE. —Y: a du avoir des bouchers: dès le commencement du monde,

Psrir Dré.--Qui, pour faire boucherie !::;

LasruèRE (continuant)--M. Fraser était aussi cef du clan, de ce nom., Heureusement que les Boucher sont encore plus nombreux que les Fraser, et je suis au moins son égal comme chef. M. Fraser était seigneur de St. Marc, Cournoyer et autres lieux, notaire, juge de paix, commissaire de petites. causes, chef de dizaine pour la propagation de la foi, colonel de milice, membre de la sainte Enfance, marguiller en charge, et sous tels rapports, il me dépassait; maisil ne faut pas désespérer, je suis encore à la mamelle politique.

PerTir DRÉ—Au moins restez-y pas pendant sept ans!

LABRuÈRE.—Je n’y resterai pas aussi longtemps, car dans ma réponse au discours du trône je vais montrer de suite ce que je vaux. Du haut de la tribune du Conseil Législatif, je vais lancer de par le monde les enseignements qui doivent guider les nations. Je parlerai à la France, à l'Allemagne, à l’Autriche, à la Russie, à la Turquie.

PErrauLT.—N'oubliez pas l'Australie et l'Espagne, dont auxquelles j'ai visitées.

LABRUÈRE.—A la France je dirai :

‘ France au cœur généreux, France autrefois si forte, autrefois si grande dans tes œuvres, tu es devenue le jouet des factions politiques. Pour avoir sucé le lait de Ia révolution, pour t'être écartée des sentiers de la justice, tu te vois ballotée en tous sens comme un vaisseau prêt à être submergé. Tu as voulu te lancer dans des aventures gouvernementales qui n'étaient point dans tes mœurs sociales et tes vieilles traditions politiques ; tu t'es laissée trop éblouir par le côté démocratique de la constitution anglaise, sans possé ler le frein aristocratique capable de l’enrayer à propos, et to:. engouement pour la république américaine a eu sur toi un effet désastreux. La déperdition de ta force intérieure et de ton influence en Europe a été en raison directe de ton oubli du passé et du mépris des lois de Dieu.

Tous.—Bravo !

A l'Allemagne je crierai : ton Bismarck est un * 1isérable, que tu devrais chasser à coups de fouet et de corde. sa conduite, Ô Allemagne, est encore pire que celle de la France, et si tu ne reviens pas à récipiscence, sous deux ans, tu disparaîtras à la fameuse bataille du Bouleau.

A la Russie, je tiendrai le langage de l’Apôtre : Ton ambition sans frein te précipite à ta perte, laisse-là les Turques ou sinon, gare à toi. :

A l'Autriche : Peuple insensé reviens aux vieilles traditions de ton glorieux passé, sinon tu seras rayée de la carte de l’Europe.

A l'Italie: Peuple de Garibaldi rentre en toi-même; pleure sur tes péchés ;'entre dans la voie droite, sinon ton roi mourras sous deux mois!

A la Turquie, je ferai tenir un avertissement solennel: convertissez-vous, enfants de l’Islam ; brisez le croissant ; vous avez trop de femmes, Pachas, Padishas et Beys immoraux. Amendéz-vous car si vous êtes sourds à ma voix, la main de Dieu qui vous frappe s’appesantira sur vous et le colosse Russe vous étouffera dans sa féroce étreinte. |

À tous les peupless enfin, je dirai”: Soyez conservateurs comme le gouvernement de Boucherville, sinon'vous périrez, (regardant

à sa montre.) mes amis ‘fl arrive onze ‘hieures, le temps presse:

et je dois bientôt vous quitter. En mon ‘absence, méditez bien més paroles et faites-en votre profit. :

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Et l’orateur s’assied au milieu d’enthousiastes acclamations. BeauDay.—C'est comme ça qu'un homme d'état et un Conseiller Législatif doit parler.

Aa [à Jacques] —C'est dommage pourtant, si Taché avait voulu accepter, j'aurais été shérif.

Jacques.—Mon pauvre Adam tu as encore trop de cheveux. Le PrésinenT.—Messieurs, l'heure du départ va bientôt sonner, il nous reste à peine quarante minutes, avant l’arrivée du convoi qui doit emporter à Québec notre bien-aimé conseillier législatif [mettant sa montre sur la table] usant de mes pouvoirs discrétionaires, j'accorde cinq minutes seulement à chacun des orataurs qui vont parier.

Perir DRÉ.—C'est ca, M. le Shérif, timez-les comme dans les courses !

LAPERCHE.—En avant la musique!

LE PRÉSIDENT. —Buvons, Messieurs, à l'assemblée législative. M. Dupont fumait en ce moment, assis à califourchon sur sa chaise ; appelé à grands cris, il vida rapidement sa pipe et la mit dans un coin de sa poche de veste et se leva : Messieurs je suis représentant de Bagot, comté illustré par mon oncle Gendron, et comme tel, je répond à cette santé. J’appartiens comme vous tous au grand parti conservateur qui seul peut sauver le monde, comme l’a si bien dit M. Delabruère ; qui seul peut faire le bien du peuple, sauvegarder ses intérêts sociaux, moraux, municipaux, matériels, nationaux, politiques, internationaux, religieux, intellectuels, nos mœurs, nos usages, nos coutumes, nos institutions, et nos lois, le passé, le présent, et l'avenir; qui seul peut guider le vaisseau de l’Etat à travers les récifs de la frénésie sociale! (l’orateur s'arrête essoufflé; applaudissermonts unanimes). Je suis jeune encore, et je veux consacrer à mon pays tous les longues années qui me restent pour l’aimer et le servir, le rendre glorieux et prospère, sans oublier mon comté que je fa’: traverser par le chemin de fer, en passant par le troisième rang de St. Simon, pour aller rejoindre la rivière Chibouette, afin de procurer au commerce des moyens de transport facile, rapide, à bon marché, considérables et suffisants, et à industrie des débouchés sur les marchés circonvoisins, pour le foin, les produits domestiques, les grains, le bois de corde, les chevaux, les volailles et autres animaux, afin d’assmrer à mes constituants tous les avantages qui peuvent découler d'une sainé politique, savoir : la politique des chemins de fer inaugurée par le gouvernement de Boucherville que je soutiens et que vous soutenéz tous ; car C’est le seul qui puisse mériter les suffrages et la confiance de tous les hommes intelligents, honnêtes et patriotiques, car ce n’est pas le cabinet de MacKenzie qui peut réussir, conduit comme il l’est, à promouvoir les intérêts de la Puiasance du Canada, et de la Province de Québec qu’il sacrifie tous les jours pour le profit des Ontariens, car il ne vent pas abolir la loi des faillite, cette peste, cette nuisance, qui empoisonne nos çem-

tres commerciaux. et nos honnètes campagnes...

V. Coté, Kéroack, et RaymonD (interrompant).—Pas: de, ça, pas de ça! c'est une bonne loi !

LE PRÉSIDENT.—A l’ordre, Messieurs, n'interrompéz pas l'orateur, laissez lui au moins finir sa phrase, | NV: CoTÉ.-— Nom d'un ptit batte feu, je ne veux pas-qu'on abolisse c'te loi là. Le commerçant honnête, ne peut. pas s'en. passer. Quant un homme a travaillé pendant trente ans, c'est ben le moins qu'il ait du pain dans sa huche pour ses vieux jours.

Raymonp.—Bravo !

V. CoTÉ.—ÆEt puis, faut douner queuque chose aux entants; faut les grayer et les établir. M. Dupont lui ne connaît pas ça. il est garçon et notaire comme vous savez, et puis, faut penser à faire marcher la manufacture. Ga coûte cher, et quand les affaires vont mal faut ben régler et nom d’un ptit batte feu, c'est.pas tout ça, la loi de faillite est une bonne loi, et jendurerai pas qu'on en dise du mal et qu'on travaille à. l'abolir ; faut pas être ingrat comme Ça. J'sus pas seul de cette opinion là.

PERREAULY, BEAUDRY, DAIGNEAULT, Raymoxv, DELABRUÈRE, KEroacxk et LussiEn.—Vous avez raison, (cris de non, non!) Un tumulte indescriptible, éclate, l'orateur tente eu vain de finir sa phrase commencée, On ne peutisaisir que des mots isolés, sans suite. , Mousseau.…...…… Sir John..…....Discours du trône...……....ma réponse......mon oncle... «Deux camps se partagent la salle, les jeunes entourent Dupont; les vieux .prennent parti pour Victor Côté et se groupent derrière. lui. , Taché. s'égosille en, vain pour rétablir la paix: travail. inutile! Les interpellations, les cris se croisent, les deux partis gesticulent avec fureur. Le président a beau frapper du manche de son couteau les assiettes.et les plats, le brouhaha ne fait qu'augmenter, et malgré l'intervention de Perreault on en. vient aux mains, .O scène désolante, triste.et lamentable! Cette salle taritôt, remplie. de lumières, de joie, de rires et de propos joyeux est maintenant transformée en champ de batailles, que dominent seul les cris de ‘* 40 cents dans la piastres, non, c’est trop cher, vingt cinq cents, soixante-deux cents et demie, non ! non! oui! oui! banqueroute ! pas de banqueroute ! ” Affolé par la peur je m'esquivai au plus vite, oubliant mon casque et mon capot. d’attendis sur la plece du marché l'issue du combat; je n'attendis pas longtemps. Je.vis quelques minutes après, lés adversaäires de la banqueroute bousculés, tombant de toutes parts,

ui, sur le trottoir, qui, sur le seuil de la porte, pêle-mêle et enfin lisparaître dans toutes les directions: L'acte de faillite avait triomphé !.

Je vis passer, glorieux, triomphant, l'honorable Delabruère, escorté de Kéroack portant son sac, se dirigeant vers la gare à toute jambes. : Quelques secondes plus tard, le sifflet de la locomotive retentissait et les deux grands hommes disparaissaient dans la nuit.

s: de, £a, pas pas l'orateur,

L'on. abolisse s'en. passer.

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BRUÈRE, KÉnn!) Un tude finir sa isolés, sans ME su pos se ee la salle, les poux Victor >, Yain pour , les cris se président a et les plats, ryention de ate, triste et ..de joie, de n champ de la piastres, ts et demie, e!”. Affolé que et mon combat; je près, lés adputes parts, êle et enfin illite avait

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J’allai chercher mon couvre chef et mon capot, et après svoir jeté un coup d’œil mélancolique dans la salle déserte et dévastée, je m'en fus me coucher, le cœur bien gros.

Le Fricot était fini !

NorTe. — Le discours de M. de Labruère prononcé au Conseil Législatif le 21 Décembre dernier, reproduit par les principaux journaux des deux mondes, eut un immeuse retentissement et à compliqué d'avantage la situation politique Européenne. Le Times @e Londres tout en admirant l’éloquence irrésistible de M.de la Bruère, lui a reproché amèrement d'avoir empiré la position critique de la Grande-Bretagne. Le Moniteur de Paris annonce qu’une note officielle du gouvernement français a sommé l’Angleterre de d éclarer si M. de la Bruère avait exprimé les vues du cabinet de St. James. Le Zeitung Postch, organe de Bismarck, se plaiut avec vi olence de l'attitude hostile prise par l'Angleterre à son égard et en donne pour pr:ve, ce magnifique discours.

Le Czar me:x.ce, dit une dépêche de St. Pétersbourg, en date du 18 janvier, de s’allier avec toutes les autres puissantes attaquées pour écraser l'Angleterre si un désaveu formel des assertions de M, de la Bruère n’est pas donné sous quelques jours.

Le roi Victor-Emmanuel a été tellement frappé de la sinistre prophétie à sou adresse qu’il en est mort comme l’on sait et une grande consternation règne en Italie.

D’immenses influences pèsent sur la détermination à prendre par M. de la Bruëère. Aux dernières nouvelles rien n’était encore décidé.

* On redoute, s’il ne se rétracte, la defaite du gouvernement du glorieux de Boucherville.

Les fonds consolidés anglais ont subi une baisse subite. Le capital effrayé ne sait que faire. La situation est tellement tendue que les diplomates ne savent qu'augurer tant que M. LaBruère p'aura pas donné sa décision dans un sens on dans un autre.

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