‹ Fricots politiques [microforme]Chapitre 19 sur 21 · IN · texte numérisé non relu

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Duronr.—Chut ! affaires d'état : j'obéirai.

TacHé.—Maintenant, messieurs, permettez-moi de vous lire la lettre d'excuses du plus grand orateur canadien français de ce siècle, de ce génie sans égal qui sauvegarde à l'heure qu'il est le patrimoine que nous ont légué nos ancêtres, de cet homme que... de cet honnne……. qui... de M. Chs. Thibault, evfin.

Tous debout.—Bravo !

M. Tacaé (lisant) :

Boudoir des Echevins.-—Montréal, 16 Décembre. « Peccator videbil ‘ Et irascetur.…..…… Ps, XII.

Cher Monsieur,

Desrives de l'Amérique, au bord du Pacifique mes compatriotes réclament ma présence. Partout le même cri se fait entenûre. Partout les enfants du Canada français souffrent et gémissent, les uns sous le joug tyrannique des Américains, les autres sous celui de MacKenzie et le:rs supplications arrivent jusqu’à moi portées par les vents du ciel. Thibault notre sauveur, nous avons besoin de vous.”

Nos frères, sur le sol de l'Amérique savent qu'ils ne peuvent se passer de moi. Ma parole éloquente et terrible a partout semé l’effroi parmi nos ennemis et maintenu l’étendard national, aussi on se m'arrache.

Les Dames d’'Essex me demandent encore, nos compatriotes de l'Ouest envoient dépeche sur dépeche ; les Acadiens des Provinces d'en bas requièrent ma présence ; les pêcheurs du Labrador ; les canotiers de Québec; les métis de Manitoba, ont hesoin de mot: ils savent que sans moi leur avenirest perdu. Puissant comme O'Connell, terrible comme Mirabeau, seul je puis les sauver.

Je pars à l'instant, mes malles sont faites pour voler à leurs secours, mais je suis échevin de la Cité de Montréal, avocat à la tête d’une clientèle de 15,000 piastres par an, indépendamment de mes graves devoirs de représentant de la couronne dans les poursuites criminelles. ;

Au moment où je vousécris 50 clients m'envirounent: trois députations composées de 200 citoyens de mon quartier attendent dans les escaliers leur tour pour me parler des intérêts de la Cité. Ilesttrois heures du matin, Chapleau vient de sortir d'ici, après une consultation rendue nécessaire pour la condu:. du parti. Boucherville m'a fait perdre bien du temps pour lui enseigner comment se tirer d'affaire avec la violation de l'acte d’indépendance du Parlement commise par Tarte.

Il me faut régir le N. Monde, gouverner la Minerve, renseigner Sir John, modérer Tupper, stimuler Langevin, inspirer Masson.

Je ne mange plus, je ne dors plus, comment voulez-vous que j'aille assister à votre diner! Mes affaires privées sont en souffrance : je n'ai pas pu et ne pourrai pas, le temps me manquant, trafiquer et des vieilles montres et des vieux chevaux qui me restent en main de mon maquignonnage d'autrefois. Comment voulez-vous qu’il en soit autrement ; il m'a fallu perdre trois semaines à battre Laurier, faire élire Alleyn et préparer tous les bills et résolutions des ministres de Québec pour la session prochaine. Décidément je ne puis aller à votre diner. Mais répétez bien ceci aux fidèles de St. Hyacinthe, qui en attendant ma venue, pâtissent au milieu des Amalécites et des Philistins de cette petite Sodôme, de ce triste Gomorrhe, de cette ville dostrogoths: “ Mes enfants, vous attendez le grand Thibault, il ne peut ‘pas venir, mais il viendra. Vos ennemis sont nombreux comme les sables du désert, comme les étoiles au firmament, comme les mouches à patate : ils paraissent forts et puissants ; subissez encore avec patience ce joug que je briserai comme verre. Vous me verrez avant longtemps parmi vous, dignes de me comprendre et d'apprécier sur toute ses faces les éclairs de mon génie. Vous me verrez à l'œuvre : comme la trompette qui fit tomber les murs de Jéricho, comme la mâchoire d’âne, effroi des Philistins, comme la baleine avalant Jonas, mon souffle vengeur les frappera et ils auront vécu. Peccator videbit et irascetur.

En attendant ce grand jour, ceignez vos reins pour la lutte, et tenez-vous prèts. Ne pouvant être parmi vous, je vous envoie le dernier ode lyrique composé en mon honneur par un poète national et en même temps une recette infaillible pour avoir la voix claire, sonore et vibrante, voici : sirop d’ognons, un verre à patte 3 fois par jour. Odeur déplaisante, peut-être, mais effet magique ! Quant à l’ode chantez-la en chœur et recevez mes bénédictions.

Cus. THIBAULT.

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