BOISERIES DE JADIS
Refuges de l'Insecte inquiet et rouille, Sépulcres où le Temps fait son nid et revient secouer 1^ poussière du jour, j'ai écouté le vent promener sa grande âme impie dans votre silence, — Boiseries blanches, Boiseries de Jadis !
J'ai bu l'ennui qu'infuse la Province paralytique et grand'maman. et j'ai jonglé avec vos osselets engravés par le ver;
J'ai entendu les petites filles d'autrefois, qui ont les yeux remplis de terre séculaire, rêver tout haut leurs rondes enfantines;
J'ai fait tomber des roses du temps des Giroflées qui ballaient en musique, quand j'ai hoché la main de la Mort apprivoisée ;
Et vos échos exténués m'ont renvoyé mz voix d'un Pays si lointain que j'ai cru converser avec mon âme en voyage, — ô discrètes! ô secrètes! ô silencieuses!
Alcôves du Poète, Dortoirs des chrysalides, j'ai fait jouer le ressort de vos portes secrètes, et je suis descendu dans le Passé, — Boiseries blanches. Boiseries de Jadis!
j'ai réveillé les Femmes de l'Histoire, et nous avons écouté monter la lune jaune, au long frisson de soie, sur des campagnes mortes avec leurs peintres;
Nous avons retendu la peau des tambours pour les contre-temps de la danse, et versé du vin de Chypre aux joueurs de fifres et de saquebutes ;
Nous avons dégainé sans effort des passions fines et rapides comme des épées; puis nous nous sommes distraits de l'escrime avec des carlins et des éventails.
J'ai réveillé mes sœurs romantiques; j'ai déroulé leurs anglaises et respiré leurs épaules nues.
Et j'ai connu la servante rousse qui inspira des chansons aux rouliers...
Parce que vos miroirs m'ont montré ma pâleur, parce que mon cœur est un bouquet de naguère, j'ai daté ma naissance à vos \icux aimanachs, et je me suis baigné à vos fontaines, ô désuètes! ô secrètes! ô bienheureuses!