LES NON PAREILLES DE LA MARQUISE
rendirent plus désirables en voilant, ne fût-ce que, comme Eve et Lilith, d'une feuille verte cueillie sur l'arbre, le mystère de leur beauté.
Ce voile primordial ne resta pas longtemps à devenir parure ; et Lilith un matin tentée agrémenta innocemment sa feuille verte de quelques rieurs.
Dès lors on ne s'arrêta plus.
Dans leur frénésie d'être belles, aussi belles qu'elles se rêvent, plus belles que Dieu ne les fit, les femmes décrétèrent qu'à l'avenir les éléments et leurs secrètes alchimies ne travailleraient que pour elles.
Et pour elles, pendant des siècles et des siècles, l'or vierge, avant de se transformer en bijoux, dut mûrir au creux des cavernes que connaissent seuls les dieux cabires ; la perle sous la grotte où dorment les sirènes aggloméra sa dure nacre teinte du reflet des flots clairs ; le lapis refléta le ciel ; le diamant emprisonna la vive clarté des étoiles ; la topaze fut jaune, l'émeraude verte ; le rubis s'ensanglanta aux braises des feux souterrains; et l'opale qui parfois meurt emprunta la douce pâleur des légères peaux féminines.
Puis, sur les mûriers, le ver de Chine fila la soie, et l'homme, qui lui aussi s'ingénie à parer les femmes, inventa les velours, inventa les brocarts.
Pendant ce temps nous avions quelque peu oublié le point de départ de la mère Eve. Le sens ornemental se dispersait et s'égarait, ne s'attachant plus qu'aux dehors et négligeant les trésors intimes, ceux dont, par une irrespectueuse parodie, certain sacripant de mes amis osa dire qu'on y pense toujours sans en parler jamais.
Une réaction devenait nécessaire.
Alors la Montmartroise apparut, la Montmartroise votre sœur, ô mademoiselle Fanfreluche !
Laissant perles et pierreries aux épaules millionnaires, tandis que le lin dans les champs ouvrait ses rieurs pareilles à des yeux d'amoureuse, tandis que le chanvre semait, espoir d'innombrables chenevières, sa graine dont l'odeur rend fou, la Montmartroise, bravement, ouvrit un compte chez sa blanchisseuse, et les dessous furent inventés.
Chacun, n'est-ce pas ? place son amour-