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BRIGADE DE CAVALERIE

Commandant : général-major de la Roghb-Starkbnfels.

i*' dragons (4 escadrons).

2« dragons (4 escadrons).

i batterie à cheval.

ARTILLERIE DE CORPS

1 groupe de 4 batteries, dont 2 lourdes.

Ii3 bataillons.

12 escadrons.

54 pièees.

i compai^ie de pontonniers.

Commandant : Prince âlbrbght de Prusse (pèrej,

général de caTalerie.

1 major, officier d*état-major.

2 officiers adjoints d*état-major.

. .^ . I formant la maison militaire du prince. i capitaine ) ^

Attaché : général-major de Trbskow.

8' brigade (5* cuirassiers, 10* ulans) : général-major de Hontheim.

9* brigade (1 *' et 6° ulans) : général-migor de Bbrnhardi.

10* brigade (2* hussards, 5* dragons) : général- major de Knobloch.

2 batteries à cheval.

Total de la 4* diyi- ( 24 escadrons, sion de caTalerie. . . | 12 canons.

En totalisant les bataillons, escadrons, batteries et compagnies de pionniers présents à la IIP armée, le 3 août 1870, veUle de Touverture des opérations, on trouve :

128 bataillons, 102 escadrons,

80 batteries (480 canons),

15 compagnies de pionniers.

Nos renseignements, puisés à boime source, permettent d'attribuer aux bataillons une moyenne de 950 hommes , aux escadrons 150 sabres et aux batteries 150 hommes.

D'où il résulte que la IIP armée présentait, au moment de franchir la Lauter :

Infanterie 122,000 combattants.

Cavalerie 13,000 —

ArtiUerie 12,000 —

Compagnies de pionniers. . . . 3,000 —

Au total 152,000 combattants.

§ 2. — Choix de la zone de rassemblement.

{Croquis n* i.)

Le rassemblement prévu pour la IIP armée devait répondre à deux éventualités :

Ou bien, cette armée opérerait sur la rive droite du Rhin contre les forces que la France aurait dirigées de Strasbourg vers le Main, ou bien, elle traverserait la Lauter et, après avoir battu et rejeté sur Strasbourg les troupes françaises d* Alsace, franchirait les \osges pour participer à la grande bataille initiale sur la Sarre.

Dans lopinion de Moltke, la réunion des armées allemandes devait s'effectuer sur la rive gauche du Rhin, face au sud, et à une marche de la frontière.

Les Vosges sépareraient, au début, le théâtre des opérations en deux parties. Tune, occidentale, réservée aux I"* et IP armées, l'autre, orientale, à la IIP armée.

En conséquence des dispositions proposées par Moltke et adoptées par le roi de Prusse au commencement de 1869, le plan de transport et de rassemblement de la IIP armée fut établi, avec les détails nécessaires, la môme année, par les officiers du grand état-major prussien.

On choisit, comme ligne de front des cantonnements de rassemblement, le cours du Kling-Bach, orienté de l'ouest à Test, et distant de la Lauter, en moyenne, de 16 à 18 kilomètres. Au nord de cette ligne, le pied oriental des Vosges forme

une ligne sensiblement parallèle au Rhin et distante de lui d'environ 20 à 25 kilomètres.

Pour répondre à Téventualité d'une action de la IIP armée sur la rive droite du Rhin , les divisions renforcées de Bade et de Wurtemberg durent se rassembler, sur la rive droite, aux environs de Karlsruhe et de Graben, en vue de former, sur cette rive, une avant-garde assurant le passage du fleuve par le gros de la IIP armée.

D'après le plan adopté, quatre corps d'armée, ainsi qu'une division de cavalerie, eurent à se réunir sur une zone limitée au sud par le Kling-Bach ; latéralement, par les Vosges et le Rhin; au nord, par une ligne aUant des environs de Neustadt à Mannheim.

Les quatre corps de la rive gauche avaient l'ordre de se disposer, deux par deux, dans le sens du front et dans le sens de la profondeur, les deux corps prussiens (V* et XP) en tête, les deux corps bavarois en queue.

La zone choisie afiPectant la forme d'un rectangle large de 20 kilomètres environ et profond de 30 kilomètres, qui correspond à une superficie de 600 kilomètres carrés, chacun des quatre corps à cantonner devait avoir à sa disposition une surface rectangulaire de 150 kilomètres carrés, large, en moyenne, de 10 kilomètres et profonde, en moyenne, de 15 kilomètres.

Les corps d'armée allemands présentaient, sur le pied de guerre, un effectif de 30,000 à 35,000 hommes.

Le rapport entre l'efiectif des troupes et la superficie des cantonnements à occuper était, par suite, de trois hommes par quinze mètres carrés.

Clausewitz, lorsqu'il a écrit qu'une armée de 50,000 hommes peut être cantonnée et vivre pendant quelques jours en pays très peuplé, sur une surface de 225 kilomètres carrés, ne s'éloignait pas beaucoup de la proportion admise par le grand étairmajor prussien de 1869.

Cette proportion sera plus faible dans l'avenir, grâce aux

mesures prises pour assurer aux troupes des distributions journalières de vivres pendant toute la durée du rassemblement, soit au moyen de magasins dits de concentration, soit par renvoi de trains spéciaux chargés de subsistances.

En réalité, les mesures de prévoyance relatives à ralimentation de la IIP armée pendant son rassemblement initial furent très incomplètes, pour ne pas dire nulles.

Les troupes furent nourries par l'habitant jusqu'au 2 août, d'où résidtèrent pour elles, après quelques jours, des privations qui donnèrent naissance, en quelques points, à la maraude et au désordre.

Le premier jour de la mobilisation prussienne fut fixé, ou le sait, au 16 juillet.

Les transports par chemins de fer commencèrent le 24 juillet (9* jour) et se terminèrent, pour les derniers éléments de la IIP armée, le 2 août (18* jour).

C'est le 25 juillet seulement (10* jour de la mobilisation et 2* jour des transports par voies ferrées) que les corps de la IIP armée reçurent notification des zones de rassemblement cjui leur étaient affectées.

Sur la rive droite du Rhin, la division badoise, tout d'abord concentrée le 20 juillet autour de Rastadt, reçut en ce point ses réserves et se porta, le 30 juillet, sur Karlsruhe pour y prendre de nouveaux cantonnements.

La division wurtembergeoise, transportée de Stuttgard à Bruchsal, par le chemin de fer, les 27 et 28 juillet, se réunit tout d'abord à Karlsruhe, quitta les environs de cette ville, le 30 juillet, pour faire place aux Badois, et aUa se cantonner à 18 kilomètres au nord, près de Graben.

Le V* corps fut amené par une ligne à deux voies, de Posen à Landau, en huit jours, du 25 juillet au 1®'' août inclus, suivant l'itinéraire : Posen — Gorlitz — Leipzig — Planen —

iO 1'*^ l'ARTlE. — CHAPITRE !«'.

Hof — Lichtenfels — Aschaffenbourg — Darmstadt — Mayence — Landau. Le trajet de chaque train dura soixante heures, et Ton forma douze trains par vingt-quatre heures. La distance étant de 1140 kilomètres environ, la vitesse moyenne fut de 19 kilomètres à l'heure.

Aujourd'hui, on ferait plus que doubler le nombre des trains et on leur imprimerait une vitesse beaucoup plus grande, ce qui porterait la durée du trajet de chaque train à vingt heures au lieu de soixante.

Le XP corps utilisa, par moitié, du 2 i au 28 juillet, les lignes de Francfort à Mannheim et de Fulda à Aschaffenbourg, puis fut dirigé, par étapes, sur sa zone comprise entre Germersheim et Landau.

Le IP corps bavarois avait en garnison dans le Palatinat bavarois la 8® brigade qui fut chargée de fournir, à partir du 16 juillet, comme on le sait, les postes de couverture vers la frontière, depuis le Rhin jusqu'à Deux-Ponts et Hombourg.

Cette brigade fut renforcée, le 23 et le 24 juillet, on s en souvient, par le complément de la 4* division (Bothmer), venant de Wurzbourg, par Mosbach, Ileidelberg, Germersheim et Landau.

Le reste du IP corps bavarois utilisa la même ligne, du 28 juillet au P' août, jusqu'à Heidelberg, et alla se cantonner autour de Neustadt, derrière le V® corps prussien.

Le P' corps bavarois employa, du 13 juillet au P' août, les lignes : Augsbourg — Ulm — Bruchsal et Nordlingen — Crailsheim — Meckesheim pour débarquer à Lutzheim et Germersheim, et se rendit à pied dans la région de Spire, où il prit ses cantonnements.

La 4® division de cavalerie, dont les débarquements ne furent terminés que le P' août, s'établit dans un groupe de

LE RASSE3iBLEMENT DE LA Ul^ ARMÉE ALLEMANDE. 17

villages situés, à Test de Landau, dans la zone réservée au V® corps.

§ 3. — Couverture du rassemblement de la III® armée.

Pendant la période comprise entre la déclaration de guerre (15 juillet) et le moment où la IIP armée serait prête à entamer les opérations, il fallait non seulement mettre les pays frontières à Tabri des insultes de quelques détachements, mais encore interdire à l'adversaire la reconnaissance des rassemblements et protéger ceux-ci contre son attaque éventuelle.

C'est dans ce triple but qu'avaient été préparées les dispositions de couverture que nous allons étudier.

Disons tout d'abord qu'en 1866, la réunion des armées prussiennes s'était faite très près de la frontière sans présenter le moindre inconvénient, parce que les Autrichiens se rassemblaient dans la région d'Olmûtz, à grande distance.

Moltke supposait, dans son mémoire de 1868, que les Français opéreraient leur mobilisation sur place comme en Prusse.

Dans ces conditions, les armées allemandes, grâce à une organisation plus parfaite, seraient prêtes les premières, en tout et pour tout.

C'est à peine si, dans ledit mémoire, Moltke faisait allusion à l'éventualité d'une mobilisation générale des forces françaises en deux échelons.

Dans une étude (1), qui sera publiée un jour, nous discuterons la question de la couverture des rassemblements principaux allemands dans le bassin de Sarrebruck, à la fin de juillet 1870.

0) La Manœuvre stratégique de Saint-Privat.

18 ï^fi PA&TIE. — CHAPITRE :l«^

* Mais la IIP ai'riiéé devant être séparée des forces principales par les Vosges septentrionales, elle avait à se couvrir, pour son propre compte, du côté de la frontière d'Alsace, par une niasse - s\isceptiLle jd'enrayer .ojj, tout au moins, de retarder l'offensive d'une armée françaîse qui, dès ' le 25 juillet par exemple, aurait franchi la Lauter sans attendre ses réserves. , ,

Contentons-nous de constater pour le moment que la nécessité d'une masse de couverture générale, pour l'ensemble des armées en voie de réunion et d'une masse dç couverture particulière pour la IIP armée, celle-ci se réunissant loin du gros des forces, a été méconnue ou négligée par Moltke, malgré les arguments présentés par Clausewitz en faveur des « corps avancés » . .

Quoi qu'il en soit, les mesures de préparation adoptées par le grand état-major prussien, <lans le but de protéger le Palatinat bavarois contre les entreprises des Français et de couvrir les rassemblements de la IIP armée, furent absolument insuffisantés, ainsi qu'on va en juger.

Au i}[ioment de^ la déclaration de guerre, il y avait, en Bavière rhénane,, la 8® brigade d'infanterie (4® et 8® de ligne), un bataillon de chasseurs (le 5®), un bataillon (l®' du 7® de ligne) détaché de la 7® brigade, un régiment de chevau-légers (le S®) et les unités d'artillerie et du génie afiectées aux places de Landau et de Germersheim.

§ 4. — La couverture le 16 juillet.

(Croquis n» 2.)

Le 16 juillet, le général MaiUinger, commandant de la 8® brigade d'infanterie, exécuta ses instructions portant que les 4® et 8® de ligne étaient affectés à la défense des places de Landau et de Germersheim çt que les deux bataillons avec

LE RASSEMBLEMENT DE LA III® ARMEE ALLEMANDE. i9

les quatre escadrons disponibles avaient à surveiller la frontière depuis Hambourg jusqu'à Langenkandel.

Le 5*^ bataillon de chasseurs et deux escadrons du 5*^ chevaulégers formèrent quatre détachements mixtes, composes chacim d'une compagnie et d'un demi-escadron qui allèrent occuper Hombourg, Deux-Ponts, Pirmasens et Worder^Weîdenthal, localités situées à des noeuds' de routes' importants.

En même temps, l'autre bataillon disponible (1®' du 7« de ligne) et les deux escadrons restants du 5® ehevau-légers formèrent trois détachements mixtes, l'un de deux compagnies et d'un escadron à Bergzabem, im second d'une compagnie et d'un demi-escadron^ à Winden et un troisième, de même composition, & Langenkàndelr

Le front des postes bavarois, en position le 17, mesure environ 40 kilomètres, dont 30 en pays montagneux, de Hombourg à Bergzabern, et 10 en région ouverte, de Bergzabern à Langenkandel.

La couverture le 19 juillQt.

Dès le 18, les. Badois eurent un bataillon et un demi^ escadrpn à Hagenbach, prolongeant jusqu'au Rhin la ligne de surveillance des postes bavarois.

Le 19, un. second escadron badois vint renforcer le poste bavarois <Je Winden, en sorte qu'à .cette date le front de 45 kilomètres compris entre Hombourg et le Rhin xpd: coule en aval et près de Lauterbourg, fut ténu par. trois. bataillons et six escadrons répartis très inégalement^ la partiei plane, moitié moins étendue (15 kilomètres) que da partie monta-gneuse (30 kilomètres), étant gardée par deux fois plus de troupes.

Les rapports moyens entre les compagnies ou escadrons et le terrain placé sous leur surveillance sont :

20 l^ PARTIE. — CHAPITRE !«'.

Dans les Vosges : 1 compagnie pour 8 kilomètres du front ; 1 escadron pour 16 kilomètres du front;

Dans la plaine du Rhin : 1 compagnie pour 2 kilomètres du front; 1 escadron pour 4 kilomètres du front.

La distance des postes à la frontière était comprise entre 5 et 8 kilomètres.

C'est par un service très actif de patrouilles, les unes mixtes, les autres uniquement composées de cavaliers, que les postes ainsi établis parvinrent à surveiller la frontière et à se relier entre eux.

§ 5. — Commentaires sur la couverture du 16 au 19 juillet.

{Croquis n» 2.)

Le dispositif que nous venons de détailler n'offre pas matière à critique, en tant que réseau d'avant-postes de couverture ; mais tout système de sûreté suppose une ou plusieurs réserves, car, livrée à elle-même, une ligne d'avantpostes possède une capacité de résistance illusoire.

Or, durant la période de neuf jours comprise entre le 15 et le 24 juillet, les postes allemands des Vosges et de la plaine du Rhin n'eurent rien pour les soutenir en cas d'attaque.

Les places de Landau et de Germersheim, alors en voie d'armement, pouvaient tout au plus leur offrir un refuge, mais ne disposaient pas de garnisons assez fortes pour détacher des troupes au loin.

Si le grand état-major prussien eût été alors imbu des idées qui dominent aujourd'hui, le Palatinat bavarois aurait eu, en temps de paLx, des garnisons nombreuses donnant, au total, une division d'infanterie à effectif renforcé et au moins deux régiments de cavalerie.

Daiis ces conditions, les postes de couverture auraient pu être soutenus, dans la plaine du Rhin, par cette division.

concentrée, dès le troisième jour de la mobilisation (18 juillet), à Billigheim.

On se rappelle que les postes de surveillance établis le 16, le 17 et le 18 juillet, entre Hombourg et le Rhin, se trouvaient à 5, 6 ou 8 kilomètres de la frontière.

Cette disposition nous paraît bonne, pour les motifs suivants :

1® En cas d'attaque, un poste a le temps de voir venir Fennemi et de se porter dans la direction reconnue de sa marche, tandis que, placé à l'extrême frontière, il peut être facilement débordé, coupé, voire même enveloppé;

2^ L'éloignement des postes, dans la limite de quelques kilomètres de la frontière, donne du jeu au service des patrouilles et permet de n'envoyer, sur le territoire ennemi, que des reconaissances d'officier.

Il convient, en effet, de ne pas inquiéter l'adversaire, ni de provoquer des escarmouches dans un moment où toute opération importante est interdite par la nécessité de réunir nos moyens d'action.

On observera, dans un autre ordre d'idées, que les postes de frontière, tels qu'ils ont été placés par les Allemands dans le Palatinat bavarois, ne sont rien moins que réguliers, au sens strict du mot.

En supposant une division d'effectif renforcé, à Billigheim, ayant quatre postes d'un demi -bataillon et d'un demiescadron dans les Vosges septentrionales et trois postes d'un bataillon et d'un escadron dans la plaine du Rhin (rive gauche), le dispositif de couverture eût été suffisant, au moins pendant les premiers jours succédant à la déclaration de guerre.

Alors, ainsi que cela eut lieu en réalité, les services de surveillance et de sûreté seront assurés au moyen de patrouilles fréquentes et très actives, opérant, les unes, sur les avenues conduisant à la frontière, les autres, sur les routes ou chemins reliant entre eux les grands postes mixtes.

§ 6. — La couverture ' le 26 juillet.

{Croquis n" 3.)

Le 24 juillet, seulement, la 7*^ brigade d'infanterie (5*^ et 9* de ligne et 6^ bataillon de chasseurs), le 10® bataillon de chasseurs, le 2® chevau-légers et 2 batteries appartenant à la 4® division bavaroise furent débarqués à Landau, venant de Wurzbourg, pour constituer la masse de couverture, autrement dit, la réserve des postes établis près de la frontière.

Le soir même, ces troupes étaient cantonnées autour de Billigheim, quartier général du commandant de la 4® division bavaroise (génétîd de Bothmer).

On renforça aussitôt les postes de couverture de la plaine du fthin, qui présentèrent, par suite, les effectifs suivants :

1*^ A Bergzabem, 2 bataillons et 2 escadrons ;

2** A Winden, 1 bataillon et 2 escadrons, dont 1 badois;

3^ A Langenkandel, 1 bataillon et 2 escadrons.

Il resta, en réserve, à Billigheîm : 6 bataillons, 1 escadron, 2 batteries.

La mobilisation de ces troupes n'avait pu être terminée au moment de leur départ de Wurzbourg, qui s'était effectué les 22 et 23 juillet. On la compléta quelques jours plus tard par l'envoi de détachements de réservistes et de chevaux d'artillerie.

D'après ce qui précède, on voit que les mesures de prévoyance concernant la couverture du rassemblement de la IIP armée étaient bien précaires.

Ce n'est pas le 24 juillet, mais le 19 ou le 20, que la division Bothmer aurait dû se trouver à Billigheim, quitte à recevoir ses réservistes en ce point.

Encore, cette force était-elle à peine suffisante pour le rôle qu'elle était appelée à jouer.

§ 7. — Destruction d'une travée du. pont de Kehl.

Deux jours auparavant, le 22 juillet, le génie badois avait fait sauter, sur la rive droite du Rhin, près de Kehl, la pile supportant la travée tournante du pont du chemin de fer.

Cette destruction, très préjudiciable par la suite aux Allemands, était rindice de la crainte que leur inspirait l'invasion du grand-duché.

Ce jour-là et le lendemain, une brigade mixte badoîse s'établit à MOrsch et fit patrouiller sa cavalerie, le long du Rhin, entre les embouchures de la Lauter et de la Mtirg.

Au même moment, un détachement badois composé d'un régiment d'infanterie, d'un régiment de cavalerie et de deux batteries, sous les ordres du général de La Roche, vint occuper Kuppenheim sur la Mûrg, et plaça un escadron à Ldchtenau, un autre à Bruchl, avec mission de surveiller les rives du Rhin, de l'embouchure de la Mûrg à Kehl, ainsi que le terrain compris entre ce point et Frendenstadt.

§ 8. — Travaux de défense.

Des travaux de défense et des préparatifs de destruction furent entrepris, à partir du 16 juillet, dans le grand-duché de Bade et dans le Palatinat bavarois, en vertu d'instructions préparées à l'avance.

Ainsi, le pont de Maxau fut protégé par xme tête de pont et couvert, en aval, par une estacade.

Sur les chemins de fer du Palatinat bavarois et du pays de Bade, enfin sur la route de la Kniebis, on pratiqpia, en certains points désignés à l'avance, des fourneaux de mine auprès desquels se tinrent des détachements de pionniers.

Ces dispositions étaient terminées le 1®' août.

24 l'O PARTIE. — CHAPITRE I®^.

§ 9. — La couverture le 28 juillet.

(Croquis n® 4.)

Le 28 juillet, le XP corps, en grande partie rassemblé, détacha sa 42^ brigade (6 bataillons, 3 escadrons et 2 batteries), en avant-garde (ou réserve d'avant-postes), à Rheinzabern, avec ordre de relever le poste bavarois de Langenkandel.

A partir de ce jour-là, les troupes de couverture de la IIP armée, établies sur le terrain entre les Vosges et le Rhin, s'élevèrent à 17 bataillons, 11 escadrons et 6 batteries (1) ressortissant de deux réserves établies, Tune à Billigheim (Bavarois), l'autre à Rheinzabern (XP corps).

Le commandement supérieur de ces forces et des fractions déjà rassemblées dans la zone de rassemblement de la IIP armée fut confié au général de Kirchbach, chef du V® corps, dont le quartier général était installé, depuis le 26 juillet, à Landau.

Le 30 juillet, il n'y avait encore de rassemblés sur leurs zones que le XP corps, la moitié du V®, la 4® division bavaroise, les divisions de Bade et de Wurtemberg.

A cette date, les dispositions suivantes furent prescrites, en cas d'invasion du Palatinat bavarois :

Le XP corps, le V® et la 4*^ division bavaroise se concentreraient en position d'attente « sur la rive gauche (Nord) du « Kling-Bach, le XP corps à Herxheimweiler (l'artillerie de (( corps à Bellheim) ; le V® corps à l'ouest d'Insheim (la 19® bri- « gade d'infanterie en avant -garde, entre Rohrbach et

(1) Bavarois : 10 bataillons, 6 escadrons, 4 batteries ; XI* corps : 6 bataillons, 3 escadrons, 2 batteries ; Badois : 1 bataillon, 2 escadrons, formant un grand poste à Hagenbach.

« Billigheim) ; la 4^ division bavaroise, sur le dos de terrain « compris entre Heuchelheim et Klingenmunster (1) ».

Le front de la position que les forces disponibles de la IIP armée avaient à occuper et à défendre, en cas d'alerte, mesure 22 kilomètres.

Le dispositif, que nous venons de reproduire est franchement linéaire, car, outre son immense étendue, il n'affecte au rôle de réserve générale que la partie disponible du gros du V® corps, soit une brigade d'infanterie renforcée de quelques batteries.

La faiblesse du procédé est éclatante.

Il semble qu'en cas d'attaque de la couverture par dés forces nombreuses, la 4* division bavaroise, après s'être portée au-devant de l'ennemi, avait à le retarder, en combattant pas à pas dans la direction de Landau, pendant que la 42® brigade du XP corps agirait de son côté d'une façon analogue sur Germersheim.

A la faveur du temps ainsi gagné, les V® et XP corps iraient se concentrer, l'un près d'Offenbach, l'autre près de Ottersheim, formant par leur réunion une masse de manœuvre apte à profiter des fautes de l'ennemi pour le combattre du fort au faible.

Cette façon de comprendre les opérations défensives était celle de Napoléon, ainsi qu'on peut s'en convaincre par les dispositions prescrites par lui au début de la campagne de 1809; or, les Prussiens, tout en se disant ses disciples, n'ont préparé pour la première fois des combats en retraite à l'aide de détachements d'arrière-garde qu'en janvier 1871, au moment où l'armée française de l'Est se portait des environs de Villersexel vers Héricourt.

Dans les autres circonstances, où l'attitude défensive leur a été imposée, et déjà en 1866, Us ont pris des dispositions pour

(1) Historique officiel prussien, p. 107.

26 l'« PARTIE. — CHAPITRE l«^

replier sans combat leurs arrière-gardes sur la position défensive que devait occuper la masse de leurs forces.

C'est la IP armée prussienne prenant position sur la Neiss le 18 juin 1866; c'est aussi là IP armée allemande se disposant à se concentrer sur la position de Mannheim si les forces françaises de Lorraine envahissaient le bassin de Sarrebriick vers la fin de juillet 1870 ; c'est enfin la IIP armée s'apprêtant à prendre position sur le Klein-Bach pour résister à une attaque débouchant de la Lauter.

§ 10. — La couverture du l«r au 3 août.

{Croquis n» 5.)

Le 1®' août, les troupes de couverture exécutèrent un bond vers la frontière d'Alsace parce que le rassemblement de la IIP armée s'achevant ce jour-là, la crainte qu'on avait éprouvée au sujet d'une irruption soudaine des Français faisait place à la certitude de vaincre et à l'espoir de surprendre l'ennemi en pleine organisation.

Cette poussée en avant des troupes de couverture fut peutêtre aussi la conséqpience de l'ordre, envoyé le 30 juillet au commandant de la IIP armée, de se préparer à franchir la Lauter le plus tôt possible « pour chercher l'ennemi et « l'attaquer (1) ».

En conséquence, la 4® division bavaroise (général Bothmer) alla de Billigheim à Bergzabern, la 42® brigade (XP corps), de Rheinzabern à Langenkandel, et la division badoise eut son avant-garde à Knielingen et à Pfortz (pont de Maxau), en soutien du poste d'Hagenbach.

La 4® division bavaroise avait déjà réduit ses postes dans

(1) Historique officiel prussien^ p. 102.

les Vosges à l'occupation de Pirmasens, Dahu et Worder- Weidenthal.

Les avant-postes qu'elle disposa vers la Lauter s'en rapprochèrent beaucoup et furent plus nombreux que précédemment ; ils occupèrent Reisdorf (au nord et près de Bobenthal), Schweigen, Kapsweier et Schaidt. De Schweigen, les sentinelles bavaroises voyaient à leurs pieds Wissembourg.

La 42® brigade du XP corps eut ses postes en liaison, à Touest, avec celui de Schaidt formé de Bavarois et, à Test, avec Hagenbach, tenu par les Badois, en passant par Bûchelberg.

La division Bothmer se trouva ainsi à quatre kilomètres en avant du front des cantonnements du V® corps et à huit kilomètres de Wissembourg, tandis que la 42® brigade était à huit kilomètres du front des cantonnements du XI® corps et à douze kilomètres de Lauterbourg.

§ 11. — Service extérieur des troupes de couverture; la reconnaissance du capitaine d'état-major Zeppelin.

Jusq[u'au 2 août, les postes de couverture fournis par la 4® division bavaroise, la 42® brigade (XI® corps) et les Badois restèrent passifs et n'envoyèrent que rarement de grosses fractions au delà de la frontière.

On cite un détachement composé de deux compagnies et d'un escadron qui se porta, le 26 juillet, d'Hagenbach sur Lauterbourg pour y lever des réquisitions et détruire le télégraphe.

En dehors de cette expédition, il n'y eut guère que des patrouilles, tantôt mixtes, tantôt uniquement composées de cavalerie, qui osèrent s'avancer au sud de la Lauter.

Mais elles furent encore trop nombreuses pour les renseignements qu'elles rapportèrent.

Les erreurs d'appréciation souvent grossières que commettent des chefs de patrouille, mal préparés à leur rôle au début d'une guerre, proviennent de bien des causes au nombre desquelles on peut mettre l'hallucination, plus commune qu'on ne croit chez beaucoup de gens, lorsqu'ils pressentent le danger sans le voir. C'est ainsi que les nouvelles les plus fausses furent rapportées aux avant-postes, l'une disant qu'il y avait, à Altenstadt, tout près de Wissembourg, un gros de plusieurs milliers de Français, une autre annonçant que le maréchal Mac-Mahon marchait avec toute son armée, le long du Rhin, sur Lauterbourg, etc

Des reconnaissances de cavalerie confiées à des officiers de choix ne présentent pas le même inconvénient, car, bien faites, elles procurent des renseignements sérieux sans trop éveiller l'attention de l'ennemi.

Or, depuis la déclaration de guerre (15 juillet), jusqu'au jour (4 août) où la IIP armée s'est mise en mouvement vers la Lauter, les Allemands n'ont envoyé en Alsace qu'une seule reconnaissance d'officier, celle qui fut dirigée par le capitaine d'état-major Zeppelin.

Ce capitaine appartenait à la division wurtembergeoise alors en voie de rassemblement aux environs de Karlsruhe. En compagnie de trois officiers, dont un anglais amateur, et suivi de trois dragons bien montés, le capitaine Zeppelin alla coucher, le 23, à Lauterbourg et en partit, le 24 au matin, afin de reconnaître les troupes françaises qui pouvaient se trouver au nord et à l'ouest de Haguenau.

La reconnaissance se dirigea sur Seltz où elle vit quelques cavaliers français, fit un crochet à l'ouest, traversa Soultz, Wœrth, Reichshoffen, et atteignit les abords de Niederbronn, dont elle constata l'occupation par un gros de cavalerie (12® chasseurs).

Après avoir passé la nuit au très petit hameau de Schirlenhof , situé près de la lisière d'un bois à trois kilomètres sudest de Reichshoffen, le capitaine Zeppelin achevait de déjeuner

en compagnie de ses camarades et se disposait à rejoindre son point de départ lorsqu'il fut surpris par le sous-lieutenant de Chabot, du 12*^ chasseurs, arrivant à la tête de son peloton guidé par un paysan.

Les Allemands se défendirent avec courage. Un de leurs officiers fut tué. Les autres furent blessés et pris, à l'exception du capitaine Zeppelin qui parvint à s'échapper après avoir enfourché le cheval exceptionnellement bon d'un sous-officier de chasseurs. Le plus curieux de l'histoire est que ce capitaine wurtembergeois, après être repassé à Wœrth, s'enfonça dans le Hoch-Wald, se fit passer auprès d'un bûcheron pour un officier français, et, à ce titre, reçut la meilleure hospitalité jusqu'au lendemain matin.

Les renseignements que rapporta le capitaine Zeppelin avaient leur importance, car ils montraient que jusqu'au 25 juillet, les Français n'avaient pas un poste dans toute la région comprise entre la Lauter, le Rhin, la lisière nord de la forêt de Haguenau et le pied des Vosges.

Il semble que des officiers de cavalerie auraient dû être envoyés chaque jour, à partir du 20 juillet, tantôt sur Bitche, tantôt sur Wœrth et Reichshoffen, tantôt sur Haguenau.

La reconnaissance de ce dernier point avait une grande importance, car, selon toute probabilité, la réunion des forces françaises d'Alsace s'effectuait au sud et près de la forêt du même nom.

A la vérité, les reconnaissances lancées par Lauterbourg ou Wissembourg, sur Haguenau, auraient pu se heurter, à partir du* 26 et du 28 juillet, aux détachements français établis à Seltz, à Soultz, à Wœrth et à Climbach ; mais « c'est la guerre », et, d'ailleurs, le talent de l'officier de cavalerie en reconnaissance consiste à surmonter ou à tourner les difficultés de toute nature qui se présentent sur sa route.

30 If« PARTIE. — CHAPITRE I«'.

§ 12. — Du rôle de la 4« division de cavalerie pendant la période de rassemblement de la in« armée.

Nous avons mentionné précédemment la réunion tardive de la 4® division de cavalerie, dont les derniers éléments débarquèrent du chemin de fer le 1*' août seulement, et sa mise en cantonnements au milieu de la zone réservée au rassemblement du V® corps.

Les régiments de cavalerie prussiens complétaient déjà, à cette époque , leurs quatre escadrons actifs en prélevant un certain nombre d'hommes et de chevaux sur l'effectif du 5® escadron dit de dépôt, et passaient sur le pied de guerre sans avoir besoin de recourir aux réserves en hommes et en chevaux.

Les éléments constitutifs de la 4® division de cavalerie fxirent donc prêts à partir le 2® ou le 3® jour de la mobilisation, c'est-à-dire le 17 ou le 18 juillet.

Si donc, le plan de réunion de la IIP armée a prévu Iç transport des régiments de cette division dans les derniers jours de juillet seulement, c'est que le grand état-major prussien n'avait pas encore entrevu les avantages que procure la présence d'une masse de cavalerie à proximité de la frontière, dès les premiers jours de la mobilisation.

D'autte part, le choix des cantonnements affectés à la 4® division de cavalerie indique bien le rôle qu'on lui réser-^ vait.

Au début, comme au cours.de la campagne dç 1866 en Bohême, le corps de cavalerie de la l^ açjn^ée, ainsi que la division de cavalerie de la IP armée, s'étaient tenus en arrière des colonnes d'infanterie, et, non seulement n'avaient fait aucun service d'exploration, mais encore ne se trouvèrent pas en temps utile sur le champ de bataille de Sadowa.

A la suite de cette guerre, on réorganisa la cavalerie

LE RASSEMBLEMENT DE LA Ili® ARMÉE ALLEMANDE. 31

prussienne en divisions dites indépendantes^ avec l'intention — le mot rindique — • de leur donner un rôle plus indépendant et mieux en rapport avec le génie de Tarme.

Mais l'esprit humain se transforme si lentement, qu'entre une première intention, de réïorme et la réforme elle-même il y a la distance de là coupe aux lèvres.

Sans doute, le grand état-major désirait vivement donner aux divisions de cavalerie la mission d'explorer en avant des armées, ainsi qu'avait fait, en 1813 et 1814, la cavalerie de Blûcher,

Seulement, le mode d'emploi des divisions de cavalerie, pendant la réunion des forces, à l'ouverture des opérations, et durant les quelques jours qui précèdent la première grande bataille, lui échappait, faute d'avoir étudié sous toutes ses faces le service des masses de cavalerie.

Cette ignorance expUque, à la fois, le retard apporté au transport de la 4® division de cavalerie et le choix de ses cantonnements enclavés dans la zone du V* corps.

Si les officiers du grand état-major avaient cherché dans les volumes de la correspondance de Napoléon déjà parus, quelles étaient les idées de l'Empereur en matière de réunion des forces, Qs auraient vu qu'en 1803, 1806, 1809, 1812 et 1813, les divisions ou corps de cavalerie de la réserve furent toujours réunis entre la masse de couverture et le gros de l'armée, afin d'être prêts à manœuvrer de concert avec la masse de couverture — ou avant-garde générale — soit que l'ennemi prit l'initiative des opérations, soit qu'il dût la subir.

Napoléon se gardait bien de lancer à l'aventure ses divisions ou corps de cavalerie dans la direction présumée de l'ennemi avant d'avoir réuni la majorité de ses moyens d'action.

Mais si l'adversaire, prêt le premier, comme en 1809, ouvrait la campagne par des mouvements offensifs, les masses de cavalerie prêtaient un concours précieux aux corps de couverture pendant que ceux-ci reculaient pas à pas, en

combattant, pour retarder f adversaire ^ et donner ainsi au gros des forces le temps d'achever sa réunion ou de manœuvrer.

En pareille occurrence, les divisions de cavalerie opéraient en dehors des ailes des corps de couverture, dont elles étendaient ainsi la zone d'action, et se trouvaient en mesure d'éventer les mouvements tournants à grande envergure que l'ennemi pouvait avoir entrepris.

Dans l'offensive, les corps ou divisions de cavalerie prenaient une certaine avance sur l'avant-garde générale, sachant bien qu'au moindre échec leur recueil immédiat était assuré.

Or, le grand état-major de 1870, ne possédant pas la notion de Tavant-garde générale, qui est le fond de la doctrine Napoléonienne, il ne pouvait attribuer aux divisions de cavalerie leur véritable rôle, surtout avant les premières victoires.

Il en résulte qu'aussi bien sur le front des I^ et II* armées que sur celui de la IIP, les divisions de cavalerie allemandes ne surent organiser que des patrouilles à rayon très limité.

Pour en revenir à la 4® division de cavalerie allemande, il eût été facile de faire débarquer ses divers éléments du 6® au 8® jour de la mobilisation (21 au 23 juillet) et de l'avoir en cantonnements, le 24 juillet au plus tard, entre Billigheim, quartier général de la couverture, et Landau, sur un cercle de 2 ou 3 kilomètres de rayon.

Le prince royal de Prusse n'aurait eu aucun intérêt à lancer la 4® division de cavalerie dans la plaine d'Alsace, plusieurs jours avant la mise en mouvement de la IIP armée, car un tel déploiement de cavalerie aurait fourni à l'ennemi de précieuses indications sur l'importance des forces réunies au nord du Bien-Wald et aurait exposé les escadrons allemands à subir, sans aucun profit, de très grosses pertes devant un certain nombre de localités tenues par des bataillons français.

Peut-être la 4® division de cavalerie aurait-elle pu s'avancer, le 3 août, à l'abri des avant-postes de la 4* division bava-

roise, jusqu'à faible distance d'Altenstadt, afin d'être mieux prête à inonder, le lendemain matin, la plaine d'Alsace devant les avant-gardes de la III* armée.

Mais, depuis le 24 juillet jusqu'au 3 août, la 4* division de cavalerie, placée comme nous l'avons admis par hypothèse, eût été en bonne posture pour donner son concours à la 4® division bavaroise et à la 42® brigade, l'une et l'autre en couverture dans la plaine du Palatinat bavarois, dans le cas d'une invasion soudaine de l'armée française d'Alsace, ou seulement de sa cavalerie.

Enfin, la 4® division de cavalerie, ainsi disposée dès le 24 juillet, offrait un grand choix d'officiers susceptibles de mener à bien les nombreuses reconnaissances à longue portée qu'il eût été nécessaire d'envoyer à la recherche des rassemblements de l'ennemi.

§ 13. — De l'organisation et du service des troupes de couverture d'une armée indépendante.

Les mesures arrêtées dès le temps de paix par le grand état-major prussien et mises à exécution en juillet 1870, afin d'assurer à la IIP armée, pendant son rassemblement, la sécurité dont elle avait impérieusement besoin, ont donné lieu, de notre part, à des critiques nombreuses, et, croyonsnous, justifiées.

Il nous reste à présenter nos idées relatives à l'organisation et au service des troupes de couverture d'une armée indépendante, autrement dit, d'une armée séparée du groupe principal des armées par de grands obstacles ou une grande étendue de terrain.

Tout d'abord, on doit tenir compte des conditions morales de troupes jeunes, sans expérience, très émues par la perspective du danger.

Tout le monde sait que sous l'empire d'une vive excitation,

un homme calme et prudent, de son naturel, arrive à braver des dangers qu'en temps ordinaire il envisagerait avec e&oi.

Les chasses à courre, les rallye et les courses au clocher en fournissent journellement la preuve.

Eh bien, il ne faut pas exposer les soldats, jeunes pour la plupart et non encore aguerris, à des émotions trop fortes, dès les premiers jours de la mobilisation.

Les troupes de couverture doivent recevoir, par suite, une organisation qui tienne compte de l'état psychologique des premiers bataillons ou escadrons amenés devant la frontière.

On évitera donc les petits paquets, et l'on adoptera le système des grands postes (ou réserves de secteur), séparés les uns des autres par un intervalle de plusieurs kilomètres, préférablement à des postes plus nombreux, mais rapprochés, et partant, faibles.

En agissant ainsi, on diminuera les conséquences d'alarmes, sinon de paniques partielles, provoquées par les illusions d'optique, voire même par les hallucinations assez communes chez des soldats impressionnables, que la proximité de l'ennemi et l'attente d'événements énervent au suprême degré.

Dans un tel moment, un troupeau d'oies paissant dans im champ, à grande distance, est signalé comme un fort groupe de cuirassiers (1), et la poussière lointaine soulevée sur une route par des moutons en marche ne laisse aucun doute sur l'approche d'une grosse colonne d'infanterie, etc.

En veut-on une preuve choisie chez les Allemands ?

On verra plus loin qu'à la suite des combats victorieux de Wissembourg, le 4® dragons prussiens reçut l'ordre de poursuivre les débris de la division Douay, que l'on croyait en retraite sur Haguenau.

Ce régiment poussa jusqu'aux abords de Soultz, reçut des

(1) Aux manœuvres impériales de 1886, en Alsace, nous avons vu une batterie à cheval tirer une salve, à 2,300 mètres, sur un troupeau d*oies, les prenant pour un peloton de cuirassiers en reconnaissance.

LE RASSEMBLEMENT DE LA Ul^ ARMÉE ALLEMANDE. 3S

coups de fusil partant du village et revint à son point de départ.

A son retour, le colonel rendit compte, dans un rapport écrit, que « de la hauteur au sud-est de Soultz, on pouvait « apercevoir des masses d'infanterie assez considérables »« Or, ces masses se réduisaient à une reconnaissance du détachement de Seltz, qui rentrait après s'être avancée dans la direction de Schleithal.

En continuant Thypothèse de la réunion d'une armée indépendante, on peut diviser cette réunion en deux phases :

La première va du jour de l'arrivée de la division de couverture (à effectif de paix renforcé) sur son terrain, jusqu'à celui où les brigades d'avant-garde des corps de tête de l'armée atteignent leurs positions ;

La seconde est comprise entre ce moment et celui de l'ouverture des opérations.

Première phase, — La zone à couvrir étant étendue, la division de couverture, une fois placée à 8 ou 10 kilomètres du front de tête des cantonnements réservés à son armée, détache en avant d'elle quatre ou cinq grands postes de couverture (ou réserves de secteurs) composés, chacun, d'un bataillon et d'un escadron, qui vont occuper des points importants, sur un front de 20 à 25 kilomètres.

Les grands postes ainsi disposés ont entre eux un intervalle de 4 à 5 kilomètres et la ligne qu'ils forment enveloppe la division de couverture à une distance variant entre 4 et 8 kilomètres.

La division de cavalerie affectée à l'armée en question, dès qu'elle a débarqué, va prendre des cantonnements serrés en arrière de ceux occupés par la division d'infanterie de couverture, puis elle envoie soit des reconnaissances d'officier, soit des détachements de force variable sur le territoire ennemi. Elle peut même être appelée à marcher tout entière pour le

même objet, niais seulement par ordre dii commandant de la couverture.

Les grands postés mixtes de couverture sont placés dans des villages, aux ponts, à des nœuds de route importants, -dans les défilés.

Scliima da diapoatUf des cooTortares dnrant la l» pluus.

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Il peut leur être prescrit de se retrancher, en laissant toujours libre leur communication avec le gros de la couverture.

Le service d'un de ces grands postes consiste d'abord à se maintenir en communication constante avec les grands postes collatéraux, par le moyen de rondes et de patrouilles, puis à surveiller étroitement le secteur qui lui est attribué.

Le placement de nombreux petits postes d'infanterie pendant te jour n'est pas de mise. Il vaut mieux conHer le service de sûreté, le jour, à des fractions de cavalerie et réserver le

service de nuit à des petits postes d'infanterie, de la force d'une section, commandés par un officier, que Ton disposera sur les principales avenues conduisant à Tennemi.

La nuit, quelques cavaliers seront détachés auprès des petits postes, pour les relier entre eux au moyen de rondes, faire des patrouilles et, aussi, transmettre les nouvelles au grand poste.

Dbrant cette première phase, les forces disponibles de la division de couverture seront employées à des travaux défensifs ayant pour objet de faciliter la résistance en cas d'attaque par des forces supérieures, mais un tiers des bataillons de la réserve (ou masse de couverture), avec un ou deux escadrons et un groupe d'artillerie, sous les ordres d'un colonel ou d'un officier général, seront concentrés, au bivouac ou en cantonnement d'alarme, comme piquet toujours prêt à marcher.

Deuxième phase. — Aussitôt que les brigades d'avant-garde des corps de première ligne désignées pour renforcer la couverture sont parvenues sur leurs emplacements, elles passent sous les ordres d'un officier général commandant en chef de la couverture et relèvent les grands postes de la division de couverture, disposés sur les secteurs qui leur sont attribués.

A ce moment, le nombre, les emplacements et la force des grands postes à établir auront été déterminés pour l'ensemble des groupes de couverture.

En général, les grands postes seront alors un peu plus nombreux que dans la première phase et leur effectif pourra être augmenté en certains points importants.

Ainsi, pour un front de 36 kilomètres, par exemple, à couvrir avec la division de couverture et deux brigades mixtes, la division tiendra, avec ses grands postes, un secteur de 16 kilomètres, et chacune des deux brigades de renfort, un secteur de 10 kilomètres.

Dans l'une comme dans l'autre phase, indépendamment de

la surveillance à exercer à la périphérie des secteurs, les grands postes rccevrout l'ordre d'organiser, à des jours et à des heures déterminés, de grosses patrouilles mixtes dont ntinéraire et l'objectif leur seront fixés.

En cas d'attaque par des forces importantes, les petits

Scliéma du dispositif ds convsrtnrs dorant la 2* phase.

°'«a«ce ae» «*»•'

postes se replient sur le grand poste dont ils dépendent, et celui-ci se tient prêt à combattre, en ayant soîn de faire éclairer ses flancs par des fractions de sa cavalerie.

Si l'ennemi est très supérieur en nombre, le grand poste se retire en combattant dans la direction de la masse la plus proche.

En prévision d'une aflaire de cette nature, son chef aura fait reconnattrc les positions successives de repli, se débordant mutuellement, qu'il y a lieu d'occuper en battant en retraite.

Dans le cas oii l'ennemi attaque en grandes forces, les troupes de couverture opèrent et combattent sous les ordres de leurs chefs directs, dans te sens des instructions préparées

dès le temps de paix, transmises en temps utile par le commandant en chef de la couverture.

Ajoutons que le service des renseignements, s'il est convenablement organisé, peut suppléer à Tinsuffisance des résultats donnés par les reconnaissances.

En effet, si, au cours des opérations actives, autrement dit, des marches, les agents secrets arrivent difficilement à donner des nouvelles de reimemi, et si, d'autre part, les renseignements qu'ils font parvenir perdent souvent de leur valeur, en raison des mouvements de l'adversaire, la situation est toute différente durant la période des rassemblements.

A ce moment, il est relativement facile d'observer les points de débarquement, le nombre des trains sur les diverses lignes de transport, leur composition, etc., et de faire parvenir en temps utile les renseignements acquis, soit directement, soit par l'intermédiaire d'un pays neutre.

Or, on verra plus loin que, jusque dans la soirée du 5 août, le commandant de la IIP armée allemande resta persuadé que la réunion des forces françaises d'Alsace s'effectuait au sud et près de la forêt de Haguenau.

§ 14. — Discussion sur le choix de la zone aifectée au rassemblement de la lU® armée.

(Croquis n» 1.)

Le choix de la zone affectée aux rassemblements des quatre corps de la IIP armée, appelés à se réunir sur la rive gauche du Rhin, appelle la discussion.

Le front des rassemblements est marqué, avons-nous dit, par le Kling-Bach.

Mais la réserve des postes de couverture, à Billigheim, est aussi sur le Kling-Bach, en sorte qu'il n'existe pas le moindre vide entre le front des rassemblements et la masse de couverture.

En outre, les places de Landau et de Germersheim qui.

40 If« PARTIE. — CHAPITRE I®'.

malgré leur faiblesse, pouvaient très bien jouer, le cas échéant, le rôle de points d'appui tactiques, sont englobées dans les rassemblements au lieu d'en marquer la ligne de tête.

Ces places étaient-elles trop éloignées de la masse de couverture ?

On compte 8 kilomètres de Landau à BiUigheim. Cette distance nous paraît être un minimum. On peut supposer que les divisions badoise et wurtembergeoise pouvant être appelées à se réunir au gros de la IIP armée par le pont de Maxau, le grand état-major prussien n'a pas voulu laisser ce point de passage en dehors de la zone d'action du gros de la IIP armée.

Mais ces divisions pouvaient opérer leur passage sur la rive gauche par le pont de Germersheim.

La cause déterminante du choix de la ligne de tête des cantonnements de la IIP armée sur le Kling-Bach doit être cherchée ailleurs. Elle réside plutôt dans l'idée incomplète que l'on se faisait, au grand état-major prussien, du rôle manœuvrier de la masse de couverture et des précautions que ce rôle éventuel impose aux rassemblements ; enfin, danf l'oubli des principes Napoléoniens relatifs à l'emploi des petites places fortes comme points d'appui de la couverture. Les auteurs du plan de réunion de la IIP armée ont été fascinés par les avantages qu'offraient le Bien-Wald, comme masque, et le Kling-Bach, comme ligne de défense.

Ils ont oublié qu'en l'absence d'une forte couverture, ayant autour d'elle de l'espace, afin de pouvoir combattre en manœuvrant, et derrière elle des points d'appui fortifiés, la concentration d'alarme d'une armée cantonnée doit s'effectuer sur les éléments de queue, « sur le point le plus éloigné et le « plus à l'abri de l'ennemi, a écrit Napoléon, surtout lorsqu'il « paraît à l'improviste. De cette manière, on aura le temps « de réunir (concentrer) toute l'armée avant que l'ennemi « puisse attaquer » .

D'une façon générale, le choix de la zone du rassemhlement de la IIP armée, au nord du Bien-Wald, était judicieux.

Cette disposition, devenue classique depuis Napoléon, rend les investigations de l'ennemi très difficiles et permet quelquefois de le surprendre, comme l'a été la division Douay le 4 août, à huit heures et demie du matin, en entendant les premiers coups de canon tirés sur Wissembourg par les batteries de la division Bothmer.

L'étude des campagnes de 1806, 1812, 1813 et 1815 montre, du côté français, les rassemblements préparatoires aux opérations très bien masqués par des massifs montagneux ou boisés.

En 1806, c'est le Franken-Wald ; en 1812, la forêt de Wilkowisky ; en 1813, le Thuringer-Wald ; en 1815, la forêt de Beaumont.

On peut citer encore la forêt de Marchenoir, qui servit, au commencement de novembre 1870, à masquer la réunion des 15® et 16* corps français destinés à surprendre les troupes bavaroises alors cantonnées à Orléans.

Pour un grand nombre de causes, parmi lesquelles on peut citer les indiscrétions de la presse française, l'opération ne réussit pas comme on Tespérait, mais elle plaça le général von der Tann dans une situation critique et donna l'occasion à l'armée de la Loire de remporter un succès, le 9 novembre, à Goulmiers.

La condition essentielle pour que le massif choisi procure à l'armée qui s'est réunie derrière lui les résultats qu'elle en attend est celle-ci :

n faut qu'au moment où notre armée se met en mouvement pour franchir le massif qui lui a servi de masque, le gros de l'ennemi soit trop loin pour s'opposer au débouché de nos colonnes dans la plaine.

C'est ainsi qu'en 1806, Napoléon ordonna le franchissement du Franken-Wald, le 5 octobre, après qu'il eut acquis la cer-

titude que l'armée prussienne principale se trouvait encore, ce jour-là, aux environs d'Erfurt (1).

En fin juillet et commencement d'août 1870, le rassemblement de la IIP armée au nord du Bien-Wald ne réalisait qu'incomplètement la condition énoncée plus haut.

Il y a 18 kilomètres du Kling-Bach à la Lauter, alors que la distance de cette rivière à Haguenau, centre présumé du rassemblement français, est de 30 kilomètres.

Si les deux armées opposées se mettaient en mouvement le même jour, l'avantage était aux Allemands ; mais dans le cas où l'armée d'Alsace, supposée réunie autour de Haguenau, eût rompu son rassemblement vingt-quatre heures avant les Allemands et se fût mise aussitôt en marche vers Landau, la IIP armée aurait été forcée d'accepter la lutte à courte distcmce du Bien-Wald, sur le Kling-Bach.

La prudence commandait donc de resserrer un peu plus les cantonnements de rassemblement, d'en marquer le front de tête par la ligne Landau — Germersheim, et celui de queue, par Durkheim-Mannheim.

En dépit de ce faible recul des cantonnements de tête, le commandant de la IIP armée pouvait encore pousser au delà de la Lauter les avant-gardes de trois ou quatre corps d'armée, en une seule marche de longueur normale ; or, c'était là le but qu'il se proposait d'atteindre le jour où l'ordre lui serait donné d'ouvrir les opérations en Alsace.

§15. — Répartition des corps et divisions de la UIo armée

sur la zone de rassemblement.

Examinons maintenant, avec quelques détails, chacune des

(1) La discussion de Topératioa du franchissement du Franken-Wald, en 1806, figure dans une étude inédite : La Manœuvre (Tléna^ que nous publierons ultérieurement.

zones affectées aux quatre corps cantonnés sur la rive gauche du Rhin et la répartition des troupes sur ces zones. [Croquis /i« 1.)

Le quartier général de la IIP armée est à Spire depuis le 30 juiUet.

a) Cantonnements du F® corps. [Croquis n° 6.) — Le V® corps est cantonné dans un quadrilatère limité par une ligne extérieure aux villages du Klingenmunster — Herxheini — Ottersheim — Nieder — Hochtadt — Hainfeld.

Au centre est Landau, quartier général du V® corps.

Dans la zone du V® corps est enclavée la 4® division de cavalerie qui occupe les villages de Queicheim, Mœrtheim, Offenbach, Ottersheim, Bornheim et Damheim, à Test de Landau.

Le V® corps n'a pas d'avant-garde particulière, étant couvert directement par la 4® division bavaroise, mais il a détaché un régiment (58®), 1 escadron, 1 batterie à Annweiler, sur son flanc droit, pour surveiller la route et le chemin de fer de Landau à Deux-Ponts, et servir éventuellement de repli aux postes bavarois des Vosges.

Les cantonnements de rassemblement du V® corps couvrent, en y comprenant l'enclave de la 4® division de cavalerie, une surface à peu près carrée de 15 kilomètres de côté. Cette surface est donc de deux cent vingt-cinq kilomètres carrés environ.

Les cantonnements du V® corps furent les suivants :

Quartier général et services du corps, à Landau;

Etat-major et services de la 9® division d'infanterie, à Gadramstein ;

17® brigade d'infanterie : 2 batteries et 2 escadrons, à Obersweiler, Franckweiler et Siebeldinger, moins le 58®; 1 escadron du 4® dragons et 1 batterie légère, détachés en flanc-garde à Annweiler ;

18® brigade d'infanterie : 2 batteries et 2 escadrons, à

Arzheim, Ilbesheim, Wollmesheim, MOrzheim, Gôcklingen;

État-major et services de la 10® division, à Offenbach;

19® brigade : 2 batteries et 2 escadrons, àinsheim, Impflingen, Appenhofen, Rohrbach, Billigheim ;

20® brigade : 2 batteries et 2 escadrons à Herxheim ;

Artillerie de corps àBurrweiler, Hamfeld, Edesheim, Roschbach, Flemlingen;

Convois à Ober et Nieder, Hochstadt.

Nous avons indiqué précédemment les places d'alarme du V® corps, savoir : à Billigheim et à Rohrbach, la 19® brigade en avant-garde, entre Insheim et Impflingen, le gros du corps séparé de son avant-garde par une distance de trois kilomètres.

De Torganisation qui précède, on peut tirer les conclusions suivantes :

La 9® division est prête à agir, soit au sud, soit dans la direction d'Annweiler.

La 10® division est toute entière en première ligne, par brigades accolées.

Les services sont auprès des quartiers généraux.

L'artillerie et la cavalerie divisionnaires sont réparties également entre les brigades d'infanterie, utilisant ainsi, au maximum, les ressources des cantonnements, outre qu'elles sont prêtes à donner leur concours à l'infanterie en cas d'alarme.

L'artillerie de corps est en 3® ligne, derrière la 9® division Il semble qu'elle eût été mieux placée entre les divisions.

Les convois sont parqués, à l'extrémité nord-est de la zone des cantonnements, dans la direction des centres de ravitaillements établis sur le Rhin.

En résumé, le V® corps est partagé en six unités de rassemblement.

b) Cantonnements du X/® corps, — Le XI® corps a son quartier général à Germersheim et couvre une surface limitée,

LE RASSEMBLEMENT DE LA Ul^ ARMEE ALLEMANDE. 45

à Test, par le Rhin, et, en commençant par le sud-est, les villages de Ruhrardt, Herxheimweiler, Bellheim, Zesheim, Weingarten, Schwegenheim, Lingenfeld, tous compris. [Croquis n® 1.)

Cette zone a la forme d'un rectangle, dont la base est de huit kilomètres environ et la hauteur de quatorze kilomètres.

La surface occupée est donc de cent douze kilomètres carrés.

Le XI® corps a détaché, on le sait, dès le 28 juillet, sa 42® brigade (6 bataillons, 3 escadrons, 2 batteries) à Rheinzabem, et, un peu plus tard, le 1®' août, à Langenkandel.

c) Cantonnements du 7®' corps bavarois. — Le P' corps bavarois (quartier général à Spire), occupe une région forestière (Nonnen-Wald) à localités clairsemées. [Croquis n® 1.)

Les cantonnements sont limités, à Test, par le Rhin, puis par une ligne sinueuse partant de Mechtersheim (près du Rhin) et passant par Freisbach, Boehl et Ludwigshafen (en face de Mannheim).

La zone ainsi occupée a la forme d'un rectangle, terminé au nord par un triangle. Sa surface est d'environ cent quatrevingts kilomètres carrés.

Le P' corps bavarois n'a ni avant-garde ni flanc-garde.

d) Cantonnements du W corps bavarois. — Le IP corps bavarois, dont une division (la 4®) forme la masse de couverture principale de la IIP armée, occupe des cantonnements, en arrière (nord) du V® corps, dans une zone affectant la forme d'un trapèze, avec des bases mesurant douze et quatorze kilomètres. [Croquis n^ l .)

La surface occupée est donc de cent douze kilomètres caiTés. Elle est limitée par Edenkoben, Neustadt, Deidesheim, Meckenheim, Hafsloch, Geinsheim, Altdorf, Vomingen.

e) Emplacement de la division badoisè. — La division

badoise occupe, autour de Karlsruhe, un cercle de 5 kilomètres à 6 kilomètres de rayon, présentant une superficie de 100 kilomètres carrés. {Croquis nP 1.)

f ) Emplacement de la division Wurtemberg eoise. — La division wurtembergeoise, cantonnée à Neudorf-Graben et environs, s'étend sur une surface également de 100 kilomètres carrés. [Croquis n^ 1.)

g) La 4® division de cavalerie. — Pour mémoire, la 4® division de cavalerie (quartier général à Queichheim) occupe environ 50 kilomètres carrés.

h) Surfaces occupées par les cantonnements de la IIP armée, — Il résulte de ce qui précède que, sur ce terrain ouvert, peuplé et riche, de la plaine du Rhin, les surfaces de cantonnement ont été :

Au V« corps : 175 kilomètres carrés (225 — 50);

Au XP corps (moins 1 brigade d'avant-garde) : 112 kilomètres carrés;

Au P' corps bavarois : 180 kilomètres carrés (région très boisée) ;

Au IP corps bavarois (moins la 4® division) : 112 kilomètres carrés ;

A la division badoise : 100 kilomètres carrés;

A la division wurtembergeoise : 100 kilomètres carrés;

A la 4* division de cavalerie (enclavée dans le V® corps) : 30 kilomètres carrés.

i) Surface moyenne du cantonnement de rassemblement cTun corps cT armée, — En résumé, la zone de rassemblement de l'un quelconque des corps d'armée est un rectangle mesurant environ 10 kilomètres dans le sens du front et 15 kilomètres dans le sens de la profondeur.

Le corps bado-wurtembergeoîs (Werder) est maintenu sur

LE RASSEMBLEMENT DE LA lU^ ARMÉE ALLEMANDE. 47

la rive droite du Rhin, afin de parer à une offensive des Français par Strasbourg et Kehl.

Sans cette considération, ce corps combiné eût été placé, dans le rassemblement général, à la gauche du XP corps.

§ 16. — RaBsemblement théorique d'une armée de cinq corps

pourvue d'une division de cavalerie.

Il ne suffit pas de discuter les faits accomplis. On doit, encore et surtout, conclure des événements du passé à ceux que réserve peut-être un avenir prochain.

Nous croyons donc convenable d'exposer quelques idées générales sur les points de doctrine relatifs au stationnement, à la marche et à la concentration d'une armée actuelle.

Choisissons, comme sujet de nos discussions, une armée de cinq corps à rassembler sur un territoire séparé de la zone de réunion générale des forces par un grand espace, un fleuve ou un massif considérable.

Si faire se peut, le terrain du rassemblement sera choisi de manière à présenter, du côté de l'ennemi, une ligne d'eau offrant aux masses de couverture une position défensive bien nette, comme l'était le Kling-Bach pour la IIP armée allemande en fin juillet 1870.

De même aussi, le rassemblement sera formé en arrière d'une forêt ou d'une chaîne de montagnes, percées de bonnes routes.

Avant même que les transports par le chemin de fer, autrement dit stratégiques, aient commencé, une division renforcée sera établie en position de couverture, à 10 ou 12 kilomètres (ou une demi-marche) au delà du front de tête des cantonnements affectés au rassemblement de l'armée, soit en avant du centre, soit en avant d'une aile, suivant la direction du danger le plus à craindre.

En juillet 1870, la direction la plus dangereuse pour la

IIP armée allemande étant celle de Wissembourg, c'est à Billigheim puis, le 1*' août, à Bergzabern, que la 4« division bavaroise fut placée comme couverture (ou avant-garde principale) de cette armée.

Un peu après que la division d'infanterie de couverture aura pris position, la division de cavalerie, que nous admettons devoir être affectée à l'armée en question, débarquera du chemin de fer et viendra s'établir à proximité de la division d'infanterie de couverture dans des cantonnements situés, sauf exception, entre ceux de la division de couverture et le front de tète des cantonnements du gros de Tarmée.

La division de couverture aura été pourvue d'au moins une brigade de cavalerie et, si c'est possible, de deux ou trois brigades de corps formées en division provisoire.

Le commandant en chef de la couverture sera, selon toute apparence, le commandant du corps d'armée auquel la division de couverture d'infanterie aura été empruntée.

Cet officier général réunira sous son commandement toute la cavalerie transportée en avant de la zone du rasseniblement.

L'armée proprement dite sera formée en cantonnements de rassemblement sur deux lignes, savoir : 3 corps en première ligne et 2 en deuxième ligne, ceux-ci, normalement, derrière les corps d'aile de la première ligne.

Chacun des corps de la première ligne, autres que celui qui aura fourni la division de couverture, enverra, le plus tôt possible, une brigade mixte en couverture devant son front.

Ces deux brigades tiendront la tête des transports, et, aussitôt débarquées, iront s'établir à 6 ou 8 kilomètres de la partie, en avant du front de tête des cantonnements de rassemblement, qui correspond au corps d'armée dont elles seront détachées. Jusqu'à complet rassemblement du corps d'armée de tête, ces brigades relèveront du commandant en chef de la couverture.

Une ou plusieurs flanc-gardes pourront être établies par

les soins des corps intéressés à se couvrir sur leur flanc extérieur.

En raison des mesures de prévoyance adoptées pour la subsistance des troupes pendant le rassemblement de Tarmée, les dimensions de la zone des cantonnements pourront être les suivantes :

Étendue du front : 18 kilomètres ;

Profondeur totale : 20 kilomètres.

Sur cette zone, chaque corps occupera un rectangle de 6 kilomètres de front sur 10 kilomètres de profondeur, et il restera, en arrière du corps central de première ligne, un rectangle vide de 6 kilomètres sur 8 kilomètres, dans lequel le quartier général de l'armée, avec ses nombreux services, pourra s'établir.

La figure schématique ci-après montre les dispositions que nous venons d'exposer.

L'armée est réunie en carré.

C'est le cas de rappeler la phrase célèbre de Napoléon écrivant, le 5 octobre 1806, au maréchal Soult :

« Vous pensez bien que ce serait une belle affaire que de se « porter autour de cette place (Dresde) en un bataillon carré « de 200,000 hommes. »

Une armée rassemblée, comme le présente le schéma ciaprès, est disposée de la façon la plus favorable pour entamer la marche dans une direction quelconque.

Si elle doit s'avancer droit devant elle, vers le sud, rien de plus simple ; elle s'écoule par trois routes parallèles sous la protection d'un réseau de sûreté, et elle est précédée, à distance variable, par la masse de cavalerie qui lui a été attribuée.

Doit-elle se porter à l'est, les IIP et V* corps font immédiatement face de ce côté et sont bientôt prolongés par le IP corps qui vient se placer à la droite du IIP, après un changement de direction à gauche, tandis que les P' et IV® corps se disposent sur place comme les IIP et V®. En

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