‹ FroeschwillerChapitre 24 sur 100 · RÉCAPITULATION · texte numérisé non relu

RÉCAPITULATION

/ 72 bataillons.

.^^ ) 24 escadrons.

^ i 22 batteries, dont 4 de mitrailleuses.

\ 5 demi-compagnies du génie.

M 3 bataillons.

7^ corps ' 3 batteries, dont 1 de mitrailleuses.

( 1 compagnie du génie, p . . (16 escadrons,

cuirassiers ^ ^ batteries à cheyal.

185 bataillons.

40 escadrons.

27 batteries, dont 5 de mitrailleuses.

6 demi-compagnies du génie.

Les bataillons étant, en moyenne, de 6o0 hommes, les escadrons de 120 sabres et les batteries de 140 hommes, Feffectif des troupes, sur lesquelles le maréchal de Mac- Mahon pouvait compter pour les premières opérations, s'élevait aux chijŒres suivants :

Infanterie 55,250 hommes.

Cavalerie 4,800 —

ArtiUerie 3,750 —

Génie 800 —

Au total 64,600 hommes.

Il con\dent d'ajouter que, par suite du retard de quelques fractions, de la formation d'un certain nombre de détachements; enfin, des pertes subies à Wissembourg, les chiJBres ci-dessus ne furent jamais atteints ; et Ton verra dans la suite de cette étude que les troupes françaises, présentes à la bataille de Frœschwiller, comptèrent seulement 43,000 hommes.

§ 3. — La couverture le 22 juillet.

A partir du 16 juillet, les divers éléments de la 2® division du 1®' corps (général Abel Douay), tirés, en majeure partie, des garnisons d'Alsace, furent dirigés sur Haguenau.

Le 22 juillet, cette division était réunie, à l'exception du 1®»" tirailleurs algériens attendu d'Algérie, et formait la première masse de couverture du rassemblement à effectuer à Strasbourg. Elle établit alors quelques postes à la lisière nord de la forêt de Haguenau.

Quelques jours plus tard, bien que la 2® division eût été ralliée par le 1®*" tirailleurs algériens, on lui adjoignit provisoirement les trois bataillons du 36® de ligne, appartenant à la

Le 23 juillet, le maréchal de Mac-Mahon prit possession de

LE RASSEMBLEMENT DE L'âRMEE D^ALSACE. 59

son commandement, établit son quartier général à Strasbourg, et approuva les dispositions prises, avant son arrivée, par le général Ducrot, commandant du territoire.

§ 4. — La couverture le 26 juillet.

{Croquis n^ S.)

Le 26 juillet, des grands postes fournis par la division Douay occupèrent Soultz et Wœrth, indépendamment de quelques autres déjà placés à Seltz et environs.

Le même jour, la division Ducrot (l'«) quitta Strasbourg, par ordre du major général, et s'établit le lendemain à Reichshoffen, comme deuxième masse de couverture.

A ce moment, le 5® corps était réuni depuis plusieurs jours à Bitche, ayant un régiment de cavalerie (12® chasseurs) à Niederbronn, et formait une troisième masse de couverture, face à la partie montagneuse du Palatinat bavarois.

Le 28 juillet, ce corps d'armée, laissant à Bitche et environs la division Guyot de Lespars et le 12® chasseurs, se porta avec les deux autres à Sarreguemines.

La division Guyot de Lespars reçut pour mission de surveiller les directions de Deux-Ponts et de Pirmasens et de se relier aux postes .de la division Ducrot établis vers Wissembourg.

§ 5. — La couverture le 28 juillet.

{Croquis n» 4.)

Du 28 juillet au 2 août inclus, la répartition des troupes chargées de couvrir les forces d'Alsace, réunies à Strasbourg, fut la suivante :

A Haguenau, le gros de la division Douay (2®), comprenant :

6 bataillons (3 bataillons du 74® et 3 bataillons du 1er régiment de tirailleurs algériens);

2 batteries de 4 ; 1 batterie de mitrailleuses ; 1 compagnie du génie ;

7 escadrons de cavalerie (3 de la brigade de Septeuil et 4 de la brigade de Nansouty).

Gomme postes détachés de cette division :

A Seltz, 3 bataillons (16® bataillon de chasseurs et 2 bataillons du 36®), 1 escadron du 11® chasseurs; A Oberbetschdorf , 1 bataillon du 50® ; A Soultz, 2 bataillons (1 du 50® et 1 du 36«), 3 escadrons du 3® hussards; A Wœrth, 1 bataillon du 50®; A Reichshoffen, le gros de la division Ducrot, présentant : 10 bataillons; 2 batteries de 4 ; 1 batterie de mitrailleuses.

Cette division eut 3 bataillons (96®) avec 1 escadron du 3® hussards, à Climbach, se couvrant par un demi-bataillon posté au col du Pigeonnier et un demi-bataillon au col de Pfaffenschlich.

La liaison des postes de la 1'® division du 1®' corps avec ceux de la 3® division du 5® (Guyot de Lespars) eut lieu par Obersteinbach.

Durant la période de réunion des forces, les postes de couverture, aussi bien français qu'allemands, envoyèrent, presque tous les jours, des patrouilles vers la frontière.

Ces détachements, composés habituellement de quelques pelotons de cavalerie suivis à distance par une ou plusieurs compagnies d'infanterie, ne dépassèrent la frontière que très rarement, et, dans ce cas, lorsque deux reconnaissances adverses s'apercevaient, celle qui se croyait la moins nombreuse rebroussait chemin, en sorte qu'il ne se produisit pas une seule escarmouche.

Les Allemands n'eurent pas de peine à constater l'occupation de Seltz, de Soultz et de Wœrth par de l'infanterie et

LE RASSEMBLEMENT DE l'ARMEE d'aLSACE. 61

de la cavalerie, mais ne purent savoir où se rassembleraient les forces principales de l'ennemi.

Du côté français, on apprit aussi, mais d'une façon très vague, la présence de l'adversaire au nord de Wissembourg et de Lauterbourg.

§ 6. — Le l^i* corps est rapproché de la Lauter.

Le 2 août, le maréchal de Mac-Mahon prit la résolution de rapprocher de la frontière le 1®*" corps, alors presque entièrement constitué.

Son projet, qu'il communiqua aux divisionnaires du 1®' corps d'armée, était de porter, le 4, les i^ et 2® divisions, réunies sous le commandement du général Ducrot, sur la ligne : Altenstadt — Wissembourg — Lembach^ ayant derrière elles la 4* division (général Lartîgue) à Haguenau, où serait le quartier général, et la 3® division (général Raoult) à Reichshoffen.

En conséquence, la 3® division, qui avait deux marches à faire pour atteindre Reichshofien, eut l'ordre de partir de Strasbourg le 3 au matin.

Sur ces entrefaites, le général Douay reçut le 2 août, à 9 heures du soir, un avis du sous-préfet de Wissembourg, disant que des forces ennemies très nombreuses étaient parvenues au nord et près de Wissembourg.

Le maréchal de Mac-Mahon, aussitôt informé du renseignement par le télégraphe, envoya, la nuit même, des ordres télégraphiques au général Ducrot et au général Douay, pour avancer d'un jour les mouvements de la 1^® et de la 2® divisions vers la frontière.

La 2® division dut ainsi aller, le 3, de Haguenau à Wissembourg et Altenstadt, pendant que le général Ducrot enverrait, à Lembach, une brigade qu'U rejoindrait, le lendemain, avec le reste de sa division (la I'®).

Au moment où le maréchal prenait ses dispositions pour rapprocher le 1*^' corps de la frontière bavaroise, il comptait appeler à lui les deux divisions du 7® corps rassemblées à Golmar, à Mulhouse et à Belfort; mais une colonne mobile wurtembergeoise, composée de trois bataillons, d'un escadron et d'une batterie, avait été envoyée de Stuttgard à Donaneschingen, en chemin de fer, et, de ce point, sur Fribourg en Brisgau, par le Val d'Enfer, avec mission de faire des démonstrations vers la haute Alsace.

Le colonel qui commandait cette colonne fit un tel volume et un tel tapage, le long du Rhin, qu'il réussit, non seulement à effrayer sérieusement la population de la haute Alsace, mais encore à provoquer, le 2 août, dans les troupes de la division Liébert stationnées à Belfort, un commencement de panique.

Le major général, informé de l'incident par le télégraphe, décida aussitôt que le 7® corps resterait où il était, jusqu'à nouvel ordre.

§ 7. — La couverture le 3 août.

{Croquis n® 5.)

Le 2 août, le général Ducrot était allé reconnaître les positions des Vosges françaises voisines de la frontière. Cet examen lui suggéra, pour les l^ et 2® divisions, le dispositif suivant, qui diffère beaucoup de celui qu'avait prescrit le maréchal :

A la 2* division formant la droite :

La brigade de droite, sur le plateau du Geisberg, avec

un bataillon à Wissembourg ; La brigade de gauche, sur le plateau du Vogelsberg, détachant un régiment à Climbach, avec postes au Pigeonnier et au col de Pfaffenschlich.

A la 1^® division tenant l'aile gauche :

La brigade de droite, à Lembach, couverte par un

régiment établi sur le plateau de Wingen, avec postes sur les routes de Bobenthal et de Nothweiler, à Textrême frontière ; La brigade de gauche, sur les hauteurs à Fouest de Lembach, fournissant des postes vers Hirschthal, Wingelsbacb et Obersteinbach.

Les dispositions qui précèdent, le général Ducrot les fit connaître au général Douay, le 3, dans les instructions qu'il lui fit parvenir à son passage à Soultz.

EUes consistaient, on le voit, à faire occuper par les quatre brigades de Tavant-garde une série de plateaux élevés qui jalonnent une ligne de 15 kilomètres de développement.

Le 3 août au matin, la 2® division se mit en marche et fit une grand'halte à Soultz.

La chaleur étant forte et les ordres reçus par le général Douay lui prescrivant de rallier en ce point deux bataillons du 50® détachés à Oberbetschdorf et à Wœrth, le repos se prolongea jusqu'à 4 heures du soir.

A la reprise de la marche, la 2® division laissait sur ses derrières :

1® A Seltz, sous le commandement du général de Nansouty : le 16® bataillon de chasseurs,

1 bataillon du 50®,

2 bataillons du 36®,

5 escadrons (1 du 11® chasseurs, 4 du 2® lanciers); 2® A Soultz :

1 bataillon du 36®,

1 demi-escadron du 11® chasseurs.

La division Douay , réduite à 11 bataillons, 5 demi-escadrons et 3 batteries, dont 1 de mitrailleuses, arriva sur les plateaux du Geisberg et du Vogelsberg à partir de 9 heures du soir, et y forma ses camps, par brigade, après avoir dirigé un bataillon du 74® sur Wissembourg pour l'occuper.

§ 8. — GoQimentaires sur la couverture de T armée

d'Alsace.

Les dispositions de couverture des rassemblements français d'Alsace, que nous venons d'exposer, nécessitent quelques explications.

Les 1®' et 7* corps, mis sous les ordres du maréchal de Mac- Mahon, comprenaient six divisions d'infanterie et une division de cavalerie à trois brigades, sans compter les réserves d'artilterie et les services, soit un effectif total d'environ 50,000 hommes.

Mais, les deux divisions disponibles du 7® corps se rassemblant, l'une à Colmar, l'autre à Belfort et Mulhouse, leur réunion au 1®' corps, vers Strasbourg, exigeait plusieurs jours.

En admettant que l'on eût peu à craindre du côté du haut Rhin et que la vraie direction dangereuse fût celle du Palatinat bavarois, la couverture des rassemblements, de ce côté, était trop forte.

En effet, trois di^âsions sont établies à Haguenau (général Douay), Reichshoffen (général Ducrot) et Bitche (général Guyot deLespars, du S* corps), face à la frontière du Palatinat bavarois, pour couvrir le rassemblement de deux divisions à Strasbourg et assurer la surveillance de la frontière depuis Seltz jusqu'aux environs de la petite ville bavaroise de Neu- Hombach.

Assurément, la région au sud de la ligne : Seltz — Soultz — Wœrth — Lembach — Bitche fut parfaitement soustraite aux investigations de l'ennemi, mais un tel résultat pouvait être obtenu à moins de frais, autrement dit, en évitant de disséminer autant les troupes.

Suivant nous, le rassemblement des 1®' et 7® corps aurait dû s'exécuter en carré, le long et au sud du canal de la Marne au

Rhin, sur le front : Vendenheim — Hochfelden^ qui mesure 15 kilomètres. Ce rassemblement aurait été couvert par la l"* division (général Ducrot) à Haguenau, fournissant des postes mixtes d'un bataillon et d'un escadron à Seltz, Soultz, Lembach et Sturzelbronn.

La division de cavalerie Duhesme, à cantonner à Brumath et environs, aurait été mise sous les ordres du général Ducrot, désigné pour le commandement supérieur de la couverture, en raison de son ancienneté, de sa valeur éprouvée; enfin, de sa connaissance de l'ennemi et de la région.

Un tel dispositif, analogue à ceux qu'adoptait Napoléon au début de ses campagnes, aurait permis à la division Duhesme d'exécuter, soit le 31 juillet, soit le 1®' ou le 2 août, une grande reconnaissance, appuyée d'infanterie et d'artillerie, au nord de Wissembourg, reconnaissance qui aurait procuré des renseignements précieux sur les emplacements et les forces de l'ennemi.

Nous ne voulons pas dire pour cela que les grandes reconnaissances de cavalerie, soutenues par de l'infanterie et de l'artillerie, soient à recommander pendant que se forment les premiers rassemblements.

Nous pensons, au contraire, que de telles expéditions présentent de grands dangers sans procurer en échange des résultats sérieux.

Pour nous, cette période est trop favorable à l'activité d'un service de renseignements bien organisé, pour qu'il soit nécessaire de recourir à des coups de force sans lendemain.

Mais, dans la situation où se trouvait l'armée d'Alsace, alors que l'état-major français en était réduit à demander des nouvelles de l'ennemi aux fonctionnaires et aux magistrats municipaux de la frontière, il semble qu'une masse de vingt-deux escadrons, appuyée de trois bataillons et de quatre ou six batteries, débouchant de Wissembourg et d'Altenstadt dans la direction de Landau, était susceptible de provoquer l'alarme des éléments de tête de la IIP armée et de fournir peut-être

quelques indications précieuses sur les emplacements et les forces de rennemi.

Suivant les instructions du général Ducrot, un régiment de la 2® brigade devait aller relever, le 4 au matin, le 96® (1" brigade de la i^ division) dans ses positions de Glimbach.

Le placement de la division Douay correspondait, on le voit, à une prise de position en face du seuil de Wissembourg, qui mesure quatre kilomètres depuis le pied des Vosges jusqu'à l'extrémité sud-ouest du Bien-Wald.

Quel était le rôle assigné à cette division?

Avait-elle à défendre, coûte que coûte, les deux plateaux dominants qu'elle occupait, ou bien, devait-elle se comporter à la façon d'ime masse de couverture ayant pour mission de reconnaître un ennemi qui attaque le premier, de le contenir un certain temps, et, s'il est très supérieur, de retarder ses mouvements pour donner au gros des forces le temps de prendre ses dispositions?

Le général Ducrot, tout en recommandant, dans ses instructions au chef de la 2® division, de se tenir en liaison par le col du Pigeonnier, avec la l^ brigade de la 1*^ division, établie à Lembach, ne semble pas avoir exposé nettement au général Douay le mode d'action qu'il y avait lieu d'adopter, en cas d'attaque par des forces très supérieures.

Toutefois, le général Douay devait recevoir, le 4 août, à 7 heures du matin, plus d'une heure avant que le premier coup de canon fût tiré par les Bavarois, un télégramme du maréchal de Mac-Mahon, ainsi conçu :

Strasbourg, 4 août, 5 h. 27, matin.

ÀTez-TOus ce matin quelques renseignements tous faisant croire à un raS' semblement nombreux devant vous f

Répondez immédiatement.

Tenez-vous sur tos gardes, prêt a tous rallier, si vous étiez attaqué par des forces supérieures, au général Ducrot, par le Pigeonnier.

Faites préTenir le général Ducrot, en route pour Lembach, d'être également sur ses gardes.

Si le général Douay, ainsi que les troupes sous ses ordres, eussent été habitués à l'idée comme aux procédés d'exécution des combats de couverture, leur attitude, au début de l'affaire de Wissembourg, aurait été bien différente de celle que nous exposerons plus loin.

Cette division pouvait, en effet, obtenir à bon marché, c'està-dire en subissant de faibles pertes, le seul résultat utile que son écrasement ait procuré, à savoir : que trois colonnes allemandes évaluées ensemble à 80,000 honmies franchirent la Lauter, le 4 août, dans le rayon des vues du Geisberg et du Pigeonnier, puis formèrent leurs bivouacs, à peu de distance au delà de la frontière, entre Wissembourg et Schleithal.

Une autre observation nous est suggérée par ce fait que le maréchal de Mac-Mahon et le général Ducrot choisirent d'un commun accord la ligne des hauts plateaux des Vosges, situés à peu de distance de la frontière et parallèlement à elle, depuis le Geisberg jusqu'au Mouen-Berg, en passant par Glimbach et Wingen, pour y déployer, sur un front de 15 kilomètres, les deux divisions d'avant-garde de l'armée d'Alsace.

Le général Ducrot, venu dans l'après-midi du 3 août au Pigeonnier, pour observer la région de Wissembourg, écrivait, de ce point, au général Douay :

En préfision d'un effort de renneini qui a beaucoup de monde à Pimiasens (?) et à Germersheim, il est nécessaire, je crois, de modifier tos positions. Cela vous permettra de prendre plus facilement l^offensioe ou de mieux garder la défensive suivant le cas.

Je TOUS engage donc à faire appuyer toutes tos troupes à gauche, de manière à ^ous bien relier au Pigeonnier, en établissant le gros de tos forces derrière la grande route qui suit la crôte, c'est-à-dire entre cette route et le nllage de Rott.

Aux termes de cette lettre, l'offensive pure et la défensive pure sont les deux modes d'action prévus par le général Ducrot.

Or, la 2® division, placée en avant-garde, avait à reconnaître, en cas d'attaque, les forces et les dispositions de l'ennemi.

C'est par la combinaison habile de l'offensive et de la défensive alternées, ou même employées l'une et l'autre sur des points différents, en un mot, par la manœuvre, que le général Douay pouvait espérer de remplir son rôle sans compromettre d'une façon grave les troupes dont il avait le commandement .

Nous verrons plus loin que telle parait avoir été l'intention du général Abel Douay, qu'une mort glorieuse a surpris au moment où il préparait le combat en retraite de son aile gauche, tout d'abord lancée contre l'ennemi le plus immédiat pour le combattre et le contraindre ainsi à montrer ses forces.

La solution du problème qu'avait à résoudre le commandant de la 2® division du 1®' corps, le 4 août au matin, était contenue en germe dans les lignes suivantes de Napoléon :

« Le devoir d'une avant-garde ne consiste pas à s'avancer M ou à reculer, mais à manœuvrer

« L'art d'un général d'avant-garde ou d'arrière-garde est, <( sans se compromettre, de contenir l'ennemi, de le retarder, « de l'obliger à mettre trois ou quatre heures à faire une « lieue. La tactique seule donne le moyen d'arriver à ces « grands résultats. »

Cette notion de l'avant-garde stratégique, notre armée de 1870 ne l'avait pas.

D'ailleurs, les Allemands ne la possédaient pas davantage, mais, grâce à Clause witz, ils étaient imbus du principe de l'avant-garde tactique, base de leur doctrine guerrière, tandis qu'en France, par un retour étrange aux procédés artificiels de la guerre du XYIIP siècle, on ne connaissait plus que l'offensive en grande bande ou la défensive en cordon.

La prédominance de l'étude topographique du terrain sur les travaux dirigés vers la conduite des troupes dans un

grand nombre de circonstances diverses, formulées sous forme de thèmes stratégiques et tactiques, avait conduit des hommes de la plus haute valeur, tels que le général Ducrot, à se faire de la guerre moderne une idée en contradiction avec le système napoléonien.

Il suffit pour s'en convaincre de lire la lettre de cet officier général au général Frossard, à la date du 19 septembre 1867 (1), où Ton trouve à côté de prévisions d'ordre général qui se sont réalisées, un plan d'opérations contre l'Allemagne, bien fait pour surprendre ceux qui, ayant étudié Napoléon, ne peuvent plus admettre d'autre méthode de guerre que la sienne.

Le général Ducrot admettait, nous l'avons vu précédemment, que de grandes forces allemandes poijivaient venir, aussi bien de Pirmasens sur Bitche, que de Germersheim sur Wissembourg ; or, les grandes armées ont un intérêt majeur à opérer dans les pays de plaines, en dehors des massifs monta^eux ou boisés

Avec une idée plus nette de la guerre d'armées, on aurait prévu, à la seule inspection de la carte, que les premières opérations des Allemands s'effectueraient dans la plaine du Rhin et dans le bassin de SarrebrUck.

En outre, Y Historique officiel de la campagne de 1866, rédigé par l'état-major prussien, offrait des indications précieuses sur la doctrine stratégique en honneur chez nos ennemis.

On serait arrivé ainsi à deviner, dans une large mesure, les projets et les premières dispositions des armées allemandes.

C'était un fait acquis dans les hautes sphères, de l'armée

(1) La Vie militaire du général Ducrot, d'après sa correspondance, t. I, p. 181.

française que les troupes actives de la Prusse et de ses alliés, bien organisées, bien encadrées, en un mot, très solides, dépasseraient le chiiSre de 600,000 hommes.

Il est donc naturel d'admettre que, dans ces conditions, des hommes de guerre tels que Mac-Mahon et Ducrot aient songé à contrebalancer la supériorité numérique de l'adversaire en attirant celui-ci dans un pays montagneux et boisé, comme les Vosges septentrionales, où nos troupes, vives, alertes et très mobiles, étaient susceptibles de prendre l'avantage sur les grosses et lourdes colonnes allemandes empêchées, par les difficultés du sol, de mettre en jeu tous leurs moyens de lutte.

La difficulté était d'attirer l'adversaire sur le terrain choisi, ainsi qu'a dû le faire Bonaparte au début de la campagne de 1796 en Italie.

Or, les premières manœuvres de Bonaparte furent basées sur une profonde connaissance de la doctrine et des procédés autrichiens.

Assurément, si le maréchal de Mac-Mahon était parvenu à contraindre les corps de la IIP armée allemande à venir attaquer ses troupes dans les défilés des Vosges septentrionales, il en serait résulté un gain de temps que l'armée principale de Lorraine aurait pu employer pour prendre l'offensive, le 5, le 6 ou le 7 août, au nord de la Sarre, et culbuter les têtes de colonnes de la II® armée à leur sortie des défilés de la Haardt. On ne pouvait espérer des résultats favorables que d'une manœuvre stratégique, l'aile droite paralysant les mouvements de l'adversaire pendant que l'aile gauche marcherait hardiment à l'attaque des fractions mal soudées d'un ennemi emprisonné encore dans un énorme massif boisé.

Les faibles forces d'Alsace étaient-elles capables de jouer dans les Vosges le rôle de protection que leur chef semble avoir entrevu?

En toute sincérité, nous répondons : Oui ! avec cette restriction capitale que Tesprit de la guerre n'était pas assez développé en France pour que Ton pût concevoir, entreprendre et réussir des opérations aussi délicates, disons le mot, aussi artistiques.

« Le génie de la guerre de montagnes, a écrit Napoléon, « consiste à occuper des camps, ou sur les flancs, ou sur les « derrières de Tennemi, qui ne lui laissent que l'alternative « d'évacuer ses positions sans combattre pour en prendre « d'autres en arrière, ou d'en sortir pour vous attaquer,

« Dans la guerre de montagnes, celui qui attaque a du « désavantage. Même dans la guerre offensive, l'art consiste « à n'avoir que des combats défensifs et à obliger l'ennemi à « attaquer. »

Qu'on imagine la IIP armée allemande apprenant, à son arrivée sur la Zorn, que ses immenses convois ont été pillés, dispersés ou détruits par des troupes françaises venues de Lembach ou de Nechwiller !

Cette armée se serait empressée de marcher contre les détachements ennemis postés à Niederbronn, Zinswiller, Rothbach, Ingwiller, Weiterswiller, Dossenheim et Saveme.

Divisée en plusieurs colonnes séparées, elle aurait refoulé, dans l'intérieur des défilés vosgiens, mais au prix de longs retards et de pertes sensibles, les détachements de couverture de l'armée du maréchal de Mac-Mahon, puis une de ses colonnes, en avance sur les autres, aurait commencé à déboucher à l'ouest du massif. Alors, le* gros de l'armée du maréchal, réuni préalablement entre Drulingen et Lorentzen, se serait porté à la rencontre de cette colonne, l'aurait attaquée du fort au faible, rejetée en désordre dans le défilé, et aurait recommencé la même manœuvre, le lendemain, contre une autre tête de colonne rapprochée.

Deux ou trois de ces avantages auraient amené la retraite de l'ensemble, peut-être mieux, l'évacuation de la haute ^ilsace par la IIP armée.

Quatre ans plus tôt, dans les derniers jours dejliin 1866, le général Benedek, commandant en chef de Tarmée autrichienne de Bohême, avait essayé de battre, avec trois corps d'armée réunis en plaine, les colonnes séparées de la IP armée prussienne à leur débouché des Riesen-Gebirge ; mais ses dispositions, comme celles des généraux sous ses ordres, le général de Gablentz excepté, furent si mal conçues, que le succès de Nachod, remporté, le 27 juin, par le général de Steinmetz, à la tête du V® corps prussien, put effacer l'échec grave ^ubi, le même jour, par le I*' corps de la IP armée à Trautenau, et entraîner la retraite des trois corps autrichiens.

Pour nous, la guerre de montagnes, lorsqu'elle a pour objet de battre en détail les colonnes séparées d'un eimemi très supérieur avant qu'elles ne puissent se réunir en nombre au delà des débouchés, exige, de la part du chef qui la fait, les qualités les plus rares, en même temps qu'elle suppose aux troupes sous ses ordres — l'infanterie surtout — des qualités tout à fait supérieures.

Mais les opérations de cette nature ressortissent bien plus à la stratégie qu'à la tactique générale. A ce titre, nous devons jious borner à l'aperçu qui précède, en conseillant aux officiers que le sujet attire de méditer le récit commenté de la campagne de 1796 en Italie, par Napoléon, et l'ouvrage récent du capitaine Colin sur le même sujet.

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