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CHAPITRE m

DE LA nie ARMÉE

Yers la fin de juillet, le grand état-major prussien reçut des renseignements très positifs sur les emplacements et les forces de l'armée française d'Alsace.

On acquit la certitude que le maréchal de Mac-Mahon avait sous ses ordres le 1®' et le 7* corps et qu'il pourrait peutêtre disposer du 5®.

On sut aussi que les troupes d'Alsace, comme celles de Lorraine, n'étaient pas prêtes à commencer les opérations.

Le grand état-major ne pouvait donc que persévérer dans ses premières intentions, qui consistaient à vouloir détruire tout d'abord l'armée d'Alsace pour l'empêcher de se réunir à celle de Lorraine, puis à faire participer la IIP armée aux opérations que les 1^ et IP armées devaient entreprendre contre l'armée française principale.

Déjà, le 30 juillet, le prince royal avait été invité à franchir la Lauter le plus tôt possible. Sur son refus de marcher avec des troupes incomplètement formées, une nouvelle démarche plus pressante que la première fut faite auprès de lui par l'intermédiaire du lieutenant-colonel Vcrdy du Vernois (1),

(I) Le lieutenant-eolonel Yerdy du Vernois, confident du général de Moltke, a rempli d*autres missions analogues pendant la guerre de 1870-71, entre autres, le 25 août, auprès du prince royal de Saxe, commandant de l'armée de la Meuse.

Tofficier de confiance de Moltke, qui se présenta au prince royal le 2 août au matin.

§ 1. — Ordre de concentration de la Ule armée.

Le prince royal se décida alors à mettre son armée en mouvement vers TAlsace ; mais, auparavant, îl jugea convenable de la concentrer par corps d'armée.

Son ordre de concentration fut le suivant :

Spire, 2 août, midi.

Aujourd'hui, dans Taprès-midi, s'exécuteront les mouTements de concentration cKaprès :

1* La dWision bayaroise Bothmer (4*) formera tavant^garde : ses avantpostes occuperont la ligne : Schweigen—Kapsweier—Schaidt; elle s'établira au bWouac, à Bergzabern, à Test de la route. Le détachement qui couvre son flanc droit restera dans les mêmes positions. Il con vient de protéger plus particulièrement la route de Bobenthal.

2<* Le V^' corps se concentrera à BilUgheim et y bivouaquera. Il laissera un bataillon à Annweiler pour couvrir son flanc. Son quartier général sera à Billigheim. Les voitures parqueront entre Impflingen et Morzheîm.

3° Le XI*' corps maintiendra son avant-garde dans les mêmes positions, ayant ses avant-postes de Schaidt à Langenkandel ; il se concentrera à l'ouest de Rohrbach et y bivouaquera. Ses voitures seront parquées au sud d'Offenbach ; son quartier général à Insheim.

4*^ La 4* division de cavalerie restera cantonnée dans les villages de Donmsheim, Bornheim, 0£fenbach, Ottersheim, Mœrlheim, Queiehheim ; son quartier général à Queiehheim, près du moulin de Mœrlheim.

5® Le II* corps bavarois, à l'exception de la diyision Bothmer, bwouaquera à Walheim, des deux côtés de la route de Landau. Les troupes aiiivées ai^ourd'hui peuvent rester dans leurs cantonnements ; demain matin 5 août, elles rallieront leur corps à Walheim ; quartier général à Landau ; Toitures à Desheim.

6® Le P' corps bavarois se concentrera au sud de Lingenfeld et de Westheim : il s'y établira au bivouac; quartier général à Germersheim. Les Toitures peuvent être parquées, près du bivouac, au nord de Westheim et de Lingenfeld. Les troupes qui arriveront aujourd'hui au camp de Germersheim peuvent se rendre immédiatement au bivouac.

7® La division badoise passera sur la rive gauche du Rhin et bivouaquera à Pfortz ; les voitures à Wœrth, plus au nord.

8® La division wurtembergeoise se concentrera sur la rive droite du Rhin, entre Knielingen et Maxau, où elle bivouaquera. Elle se tiendra prête à passer

CONCENTRATION ET MISE EN MOUVEMENT DE LA in« ARMÉE. 76

le pont de Maxau ; quartier général à Knielingen. La division se couvrira ellemême vers le sud.

9^ A dater d'aujourd'hui à 9 heures du soir et Jusqu'à nouvel ordre, le général Werder aura le commandement des divisions hadoise et wurtembergeoise réunies ; son quartier général à Pfortz.

Le grand quartier général restera aujourd'hui à Spire*

Signé : Faêdérig-Guillaume, prince royal de Prusse.

GoQimentaireB.

Cet ordre était-il indispensable et ne pouvait-on pas mettre directement les corps d'armée en marche, sur les routes choisies, en partant de leurs zones de rassemblement?

A la rigueur, la chose eût été faisable au prix de fatigues extraordinaires, et sans pouvoir pousser les tètes de colonne à plus de quelques kilomètres en avant des cantonnements de rassemblement.

D'une façon générale, une armée réunie en carré est apte à se porter dans tous les sens, et c'est en cela que réside l'excellence de son dispositif; mais dès qu'un mouvement à exécuter dans la direction choisie est ordonné, il devient nécessaire de placer les colonnes sur les routes qui leur sont affectées, comme préparation à la première marche de toute l'armée.

Or, pour des raisons d'ordre stratégique ou tactique, on peut vouloir que cette première marche soit grande, par exemple quand on espère produire un effet de surprise.

Le dispositif préparatoire à la marche marquera donc la transition nécessaire entre le dispositif de réunion et le dispositif de marche proprement dit, toutes les fois qu'une armée réunie en carré devra se porter dans un sens quelconque impossible à prévoir d'avance.

Ce n'était pas tout à fait le cas pour la IIP armée, dont la marche semblait ne devoir être orientée que vers le sud, mais encore, ne pouvait-elle pas être dirigée sur la rive

76 l'c PARTIE. — CHAPITRE III.

droite du Rhin, ou bien être appelée au secours de la IP armée?

Telle situation politique et militaire peut, au début d'une guerre, autoriser une armée, ou plusieurs, à placer directement les corps * d'armée en cantonnements échelonnés, le long des routes qu'ils suivront pour se porter dans la direction choisie pour une offensive depuis longtemps résolue.

Ce sera peut-être le cas pour les armées du groupe central allemand, au début d'une nouvelle guerre contre la France, en raison de la fixité présumée de leur premier objectif. Le gain de temps qui résulte d'une telle disposition n'est pas, en effet, à dédaigner.

Quoi qu'il en soit, et pour en revenir à la IIP armée allemande de 1870, nous constatons que son ordre de concentration fut lancé le 2 août, à midiy pour des mouvements qui devaient s'effectuer le jour même.

L'heure était trop tardive pour que le prince royal pût espérer que la concentration, par corps d'armée, serait achevée avant la nuit.

Même en supposant que l'on eût utilisé le chemin de fer comme moyen de transmission, certaines troupes ne durent avoir communication de l'ordre qu'à cinq ou six heures du soir.

L'exécution commença, partout, le jour même. Elle fut achevée, au V® corps, vers le milieu de la nuit, non sans de grandes fatigues et quelques privations.

Le XP corps ne fut formé au bivouac que le 3 août dans la matinée. Quant au P' corps bavarois, dont certaines fractions étaient à 40 kilomètres du point de concentration désigné, il ne fut réuni que le 3 dans l'après-midi.

A ce moment (le 3), la IIP armée eut ses corps concentrés et offrit, dans son ensemble, la disposition ci-après :

a) En avant-garde principale, la division Bothmer, à Bergzabem ;

COr^CENTRATION ET MISE EN MOUVEMENT DE LA III^' ARMEE. 77

b) En première ligne, deux masses concentrées : l'une formée des V® et XP corps, près de Billigheim; l'autre, comprenant le corps Werder, à Pfortz, et, entre ces deux masses, la 42® brigade, avant-garde particulière faisant l'office de troupe de liaison, à Langenkandel.

It^ C. Bavarois

D??* Boihmcr

lanM^ififu

V\isscinhoiiro r

'^*^mièn

L aulerbourg** *

Bavarois

Corps Wei»der

De Billigheim à Pfortz, on compte, à vol d'oiseau, 18 kilomètres ;

c) En seconde ligne, également, deux masses concentrées : celle de droite, formée du IP corps bavarois (moins la 4® division), à 10 kilomètres derrière les V® et XP corps; celle de gauche, constituée par le P' corps bavarois, à 24 kilomètres derrière le corps Werder.

Le prince royal semble avoir concentré ses trois corps de première ligne en deux masses : Tune, composée des V® et XP corps, près de Billigheim; Tautre, formée du corps Werder, à Pfortz, en vue de faire contourner, autant que possible, le Bien-Wald pendant la marche à exécuter vers la Lauter.

Il convient, en effet, d'éviter la traversée,^ dans sa plus grande largeur, d'une grande forêt dont les routes centrales sont de longs et dangereux défilés.

En fait, le V® corps marcha, le 4 août, à l'ouest du Bien- Wald; le XP corps n'y chemina que depuis Schaidt, et le corps Werder, seulement, de Hagenbach à Lauterbourg.

Sans la particularité relative au Bien-Wald, la place du XI® corps, dans la concentration générale, était à Langenkandel, et, alors, les corps de première ligne eussent été disposés à 9 kilomètres d'intervalle.

L'éloignement du P' corps bavarois, beaucoup trop considérable, a dû être imposé par la grande distance qu'avaient à parcourir, pour se rendre au point de concentration, les troupes de ce corps cantonnées à Ludwigshafen, en face de Mannheim.

L'ordre de concentration met toutes les troupes au bivouac, à l'exception de la 4® division de cavalerie.

Etait-il indispensable de recourir à cette mesure ?

Nous ne le pensons pas.

La mise au bivouac des corps de la IIP armée nous parait avoir été dictée par la crainte que nous inspirions à nos ennemis et, aussi, par l'oubli partiel des traditions acquises durant les guerres de 1813-1815.

Nous pensons que le commandant de la IIP armée aurait pu prendre avantageusement des dispositions analogues à celles-ci :

a) La division Bothmer, en cantonnements-bivouacs à Bergzabern;

b) Le V® corps, en cantonnements-bivouacs^ la tête à Billig-

heim, la queue à Landau, sur une largeur de 4 kilomètres ;

c) Le XI® corps, moins Tavant-garde laissée à Langenkandel, en cantonnements-bivouacs, la tête à Erlenbach, la queue à Herxheim, sur une longueur de 4 ou 5 kilomètres ;

d) Le corps Werder, en cantonnements-bivouacs j à Pfortz ;

e) Le IP corps bavarois, moins la 4® division, en cantonnements-bivouacs, la tête à Wolsheim, la queue à Edesheim, sur une largeur de 4 kilomètres ;

/") Le P' corps bavarois, en cantonnements-bivouacs, à Rulzheim, Hœrdt, Ruhardt.

La IIP armée concentrée eût alors occupé un front de 18 kilomètres et une profondeur de 13 kilomètres environ.

Il convient de remarquer un détail important dans l'ordre de concentration du 2 août.

Le commandant de chacun des bivouacs a son quartier général, non au milieu des troupes, mais dans une localité voisine. Il faut, en effet, que le général, chef d'une unité séparée, puisse écrire tout à son aise, étudier la carte, reposer enfin, sinon, sous le futile prétexte d'égalité devant la misère, on condamne le commandement à rester audessous de sa tâche.

§ 2. — Ordre de mouvement de la IUp armée.

Une fois les corps de la IIP armée concentrés, opération qui ne se termina, nous l'avons dit, que le 3 dans l'aprèsmidi, le prince royal ne pouvait retarder d'un seul jour la mise en mouvement de son armée vers la frontière d'Alsace.

En effet, les troupes au bivouac ne peuvent subsister qu'en consommant les vivres du sac, surtout lorsque les convois ont été maintenus à grande distance, comme c'était le cas, pour ne pas gêner les mouvements des colonnes de combat.

Le commandant de la IIP armée allemande se décida, en

80 l'« PARTIE. — CHAPITRE III.

conséquence, pour les motifs que nous venons d'invoquer et pour obéir aux pressantes injonctions de son souverain, à lancer, le 3 août, Tordre général qui suit :

Landau, 3 août 1870, 4 heures du soir.

Ordre de mouvement de la III^ armée pour la journée du  août.

Mon intention est de porter demain matin Tarmée jusque sur la Lauter et de franchir cette rivière a^ec les troupes avancées.

A cet efifet, on traversera le « Bien-Wald » (1) par quatre routes.

L'ennemi devra être refoulé partout où on le trouvera. Les diverses colonnes marcheront dans Tordre ci-après :

. i^ Lbl division bavaroise Bothmer, formant r avant-garde, se dirigera sur Wissembourg et cherchera à s'en emparer.

Un détachement suffisant flanquera sa droite par BoIIênbom et Bobenthal ; la division quittera ses bivouacs à 6 heures du matin.

2<» Le reste du corps Hartman (11^ bavarois), y compris la division Walther (3*), rompra à 4 heures et viendra sur Ober-Otterbach, en contournant Landau, par Impflingen et Bergzabern.

Les trains de ce corps se porteront, dans le courant de la matinée, jusqu'à Appenhofen.

3^ La 4^ division de cavalerie sera réunie au sud de Môrlheim pour 6 heures du matin, et marchera, par Insheim, Rohrbach, BilLigheim, Barbelroth et Gapellan, jusqu'à l'Otterbach, à 4,000 pas à l'est d'Ober-Otterbach.

4« Le Y^ corps partira, à 4 heures du matin, de ses bivouacs de Billigheim, et viendra par Barbelroth et Nieder-Otterbach, sur Gross-Steinfeld et Kapsweier. U aura son avant-garde particulière qui passera la Lauter, à Saint- Remy et Wooghaûsern, et établira ses postes sur les hauteurs de la rive opposée. Les trains demeureront à Billigheim.

5<* Le XI* corps quittera Rohrbach à 4 heures du matin et se dirigera à travers le Bien-Wald, par Steinweiler, Winder et Schaidt, sur les Bienvv'alds- Hutte.

Il aura son avant-garde particulière qui poussera au delà de la Lauter et placera ses avant-postes sur les hauteurs de l'autre rive. Les trains resteront à Rohrbach.

6° Le corps Werder marchera sur Lauterbourg, par la grande route ; il cherchera à se rendre maître de cette localité, et établira des avant-postes sur la rive droite. Les trains demeureront à Hagenbach.

7° Le corps von der Tann (I" bavarois) quittera ses bivouacs à 4 heures du

(1) Par cette expression, il faut entendre la région du Bien-Wald, et non la forêt du même nom, car, ainsi qu'on le verra plus loin, le XI« corps, seul, pénétra profondément dans la forêt.

matin, et, suivant la grande route, Tiendra, par Rûlzheim, sur Langenkandel, où il biTOuaquera à l'ouest de la Tille.

Les trains resteront à Rheinzabern.

Le quartier général du corps d'armée se transportera à Langenkandel.

8® Je me tiendrai, dans la matinée, sur les hauteurs entre Kapsweier et Sehweigen , ■ et j'établirai probablement mon quartier général à Nieder- Otterbacb.

Signé : Frédérig-Guillaumb, prince royal.

Commentaires.

L'ordre de mouvement qui précède mérite qu'on s'y arrête.

L'intention du prince royal étant de prendre l'offensive, il est tout naturel qu'il prescrive aux avant-gardes de franchir la Lauter et d'établir des avant-postes sur les hauteurs de la rive droite.

Cette disposition est classique. En effet, la Lauter une fois franchie par les avant-gardes, l'adversaire n'a plus la possibilité de s'établir sur la rive droite pour y offrir un combat défensif. En outre, si l'armée française veut empêcher le gros des forces allemandes de traverser la rivière, elle ne le pourra plus, les hauteurs où son artillerie aurait sa place toute marquée se trouvant, d'ores et déjà, occupées par de fortes avant-gardes.

Enfin, celles-ci stationneront à plusieurs kilomètres au delà de la rive droite, afin de procurer aux corps d'armée, si l'offensive doit continuer le lendemain, l'espace dont ils ont besoin pour déboucher sur la rive droite en toute sécurité.

La division Bothmer, à l'aile droite, doit, si faire se peut, occuper Wissembourg, et le corps Werder, à l'aile gauche, la petite ville de Lauterbourg.

Le chef de la IIP armée, non content de pousser ses avantgardes au delà de la Lauter, cherche ainsi à se constituer des points d'appui d'aile. De plus, il prescrit la formation d'une flanc-garde de droite, qui, une fois arrivée à Bobenthal, sera

séparée de la division Bothmer, supposée à Wissembourg, par un intervalle de 6 kilomètres.

Le front Wissembourg — Lauterbourg mesure 18 kilomètres.

Il y en a six entre la ligne d'avant-postes du V* corps à établir sur les hauteurs de la rive droite de la Lauter, en passant par la colline des Trois-Peupliers et Kapsweier (rive gauche) où bivouaquera le gros du corps.

La distance est à peu près la même entre la hauteur de Schleithal, que doivent occuper les avant-postes du XP corps, et les bivouacs des « Bienwald-Hutte ».

On verra plus loin que le corps Werder, ayant atteint Lauterbourg sans difficulté, fit occuper par ses avant-postes la ligne : Oberlauterbach — Wintzenbach — Motheren. Or, la première de ces localités est à 8 kilomètres (à vol d'oiseau) de Lauterbourg, et la dernière, à 5 kilomètres.

La 4® division de cavalerie, au lieu de précéder l'armée, est reléguée, en quelque sorte, aux bagages.

Et pourtant, de MOrlheim, cette division pouvait, sans grand effort, pousser bien au delà de la Lauter et franchir cette rivière avant que les avant-gardes ne l'eussent atteinte.

Il n'y a, en effet, que 24 kilomètres, à vol d'oiseau, de Môrlheim à Altenstadt, tout comme de Môrlheim à Lauterbourg.

En comptant les détours, mettons 30 kilomètres pour atteindre la Lauter. Cette distance peut être parcourue sans effort, en cinq heures, par une cavalerie fraîche.

On peut objecter que la 4® division de cavalerie aurait eu à doubler les colonnes de la division Bothmer et du V® corps; mais, en lançant une brigade sur l'excellente route de Landau à Wissembourg, et les deux autres sur la non moins bonne route de Landau à Altenstadt, on n'aurait gêné en rien la marche des colonnes engagées sur ces deux directions.

Il faut chercher ailleurs le motif de l'absence de la masse de la cavalerie à Tavant-garde, ce jour-là.

CONCENTRATION ET MISE EN MOUVEMENT DE LA lU^ ARMÉE. 83

Le prince royal espérait produire un effet de surprise, et il craignait de compromettre l'opération en montrant de grandes forces de cavalerie plusieurs heures avant Tapparition de ses avant-gardes d'infanterie.

En cela, il a fait preuve d'une prudence excessive, car une surprise stratégique ne saurait être calculée aussi étroitement.

Le débouché de la 4® division de cavalerie au delà de la Lauter, le 4 août de bonne heure, aurait donné' l'éveil au général Douay, mais ne pouvait avoir pour effet de modifier les intentions ni les dispositions de cet officier général.

Cette division, si elle se fût avancée à la découverte, le 4 août, dans la plaine au sud de la Lauter, poussant des reconnaissances vers la forêt de Haguenau et à Fouest de Wœrth, eût obtenu ce résultat important, d'apprendre que des troupes nombreuses se réunissaient auprès de Reichshoffen.

Mais, ainsi que nous l'avons exposé en discutant le rôle de la i^ division de cavalerie allemande durant la période du rassemblement de la IIP armée, cette division n'aurait pas dû se trouver, le 3 août, en des cantonnements proches de Landau.

Sa place était, ce jour-là, derrière la division Bothmer, avant-garde principale de l'armée, de façon à pouvoir déboucher, le 4, de grand matin, au sud de la Lauter, après que ses reconnaissances auraient constaté que tous les ponts de cette rivière, en aval de Wissembourg, étaient libres.

L'ordre de mouvement de la IIP armée, pour la journée du 4, est net, clair, mais long. Il contient des répétitions.

Après avoir dit, à la première phrase de l'ordre, que les troupes avancées franchiront la Lauter, il prend le soin de rappeler à chaque colonne qu'elle doit envoyer une avantgarde particulière sur la rive droite.

84 l'e PARTIE. — CHAPITRE III.

L'ordre répète quatre fois la prescription relative au maintien des trains sur leurs emplacements actuels.

Il semble donc que le haut commandement de la IIP armée ait voulu conjurer tout malentendu, toute fausse interprétation, dans un moment où il était peu fixé sur la valeur des généraux mis par la Bavière, le Wurtemberg et Bade à la disposition du roi de Prusse.

Les heures de départ de chaque colonne sont données par le général d'armée, ainsi que les itinéraires, pour éviter les croisements de troupes et les retards consécutifs d'écoulement. Ces heures se rapportent au départ de la tête du gros. Le commandant de chaque colonne établit ensuite son ordre de marche, avec ou sans le secours d'un point initial.

On remarquera que Tordre de mouvement porte :

« La division bavaroise Bothmer (colonne de droite), « formant F. avant-garde^ se dirigera sur Wissembourg. »

La IIP armée marche en quatre colonnes munies, chacune, d'une avant-garde particulière, mais la division Bothmer est V avant-garde de r armée.

Pourquoi cette division a-t-elle été choisie, de préférence à une autre, pour former l'avant-garde de Tarmée?

La division Bothmer, après avoir couvert le rassemblement de la IIP armée, se trouve, à Bergzabern, entre Landau et le seuil de Wissembourg, ayant ses avant-postes tout près de cette ville dont l'occupation doit faciliter le passage de la Lauter.

Elle est placée, en outre, du côté le plus dangereux, puisque des colonnes ennemies peuvent venir de Bitche.

C'est sur elle que se porteront les premiers efforts de l'ennemi et, par sa résistance, elle donnera aux colonnes de son armée le temps et l'espace dont elles auront besoin pour se déployer en plaine et mettre en jeu tous leurs moyens d'action.

Pour ces divers motifs, la 4® division bavaroise était bien placée pour remplir le rôle d*avant-garde de l'armée.

L'ordre de mouvement de la IIP armée n'indique pas d'heure de départ pour le corps Werder.

La mission de ce corps d'armée était peu importante, ce jour-là, eu égard à la proximité du Rhin, qui excluait toute idée d'opération sérieuse de la part des Français dans la région de Lauterbourg.

Le corps Werder a dû probablement se mettre en marche vers 7 heures et atteindre Lauterbourg entre 9 et 10 heures.

Le 3 août, ce corps avait encore sa division wurtembergeoise sur la rive droite du Rhin, près du pont de Maxau.

§ 3. — Ordre de mouvement du V« corps.

En exécution de l'ordre général du 3 août, que nous venons de discuter, les commandants de corps d'armée, ainsi que le chef de l'avant-garde principale (général Bothmer), rédigèrent leurs ordres de mouvement pour la journée du 4 août.

Voici, en abrégeant les désignations de régiments, celui du général de Kirchbach, chef du V® corps prussien :

Billigheim, 3 août 1870, 4 h. \ll du soir.

Ea exécution de Tordre de l'armée ci -dessus, on se conformera aux prescriptions suivantes :

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