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CHAPITRE VU

COMBATS DE L'AVANT-GARDE DU XV CORPS, PRÉS DE GUNSTETT ET A L'OUEST DE SPACHBACH

{Croquis n» 25.)

§ 1. — L' avant-garde (41® brigade) renforce les avant-postes du V® corps, déploie son artillerie et se rassemble hors des vues de Tennemi.

Nous avons montré le XI® corps d'armée (1) marchant en une seule colonne pour se porter de ses bivouacs de Soultz sur le terrain à Test d'Hœlschloch.

L'avant-garde (41* brigade, 2 escadrons de hussards, 2 batteries) devait fournir des avant-postes depuis Gunstett (exclus) jusqu'à Surbourg (inclus), en passant par la lisière ouest et sud du bois Kreuzhecke qui s'étend à Touest d'Hœlschloch.

Partie à 6 heures du matin, la tête d'avant-garde atteignit Hœlschloch vers 7 h. 1/2.

Depuis une demi-heure, le commandant de l'avant-garde entendait le canon de Wœrth.

Pour se conformer à sa mission, il ordonne au bataillon (3« du 80®) tête d'avant-garde de continuer sur Gunstett, en vue de prolonger les avant-postes du V® corps vers l'est, et il envoie le 2® bataillon du 87® à la lisière du bois Kreuzhecke pour continuer la ligne vers Surbourg.

(i) Voir à U page 165, la marche prescrite au XI* corps pour la matinée du 6 août.

La canonnade continuant, Favant-garde est remise en marche, traverse le bois Kreuzhecke en colonne de route et se rassemble au delà de sa lisière ouest, Tinfanterie au nord de la route, Tartillerie et la' cavalerie au sud (8 heures à 8 h. 1/2),

En même temps, le général commandant la 21® division, qui se tenait en tête du gros, prescrit aux deux batteries marchant entre le 11® bataillon de chasseurs (tête du gros) et la tête de la 42® brigade de prendre les devants, au trot, afin de rejoindre les batteries de Tavant-garde.

Donc, vers 9 heures, lorsque les chasseurs français commencent leur attaque sur le Bruck-Muhle, le 3® bataillon du 80® prussien est déjà installé à Gunstett et sur la rive gauche de la Sauer.

Pendant que la 41® brigade prussienne se rassemble (1), Tartillerie française ouvre le feu sur le Moulin du pont (Bruck-Mûhle).

Ordre est alors donné aux deux batteries de l'avant-garde, suivies de près par les deux batteries divisionnaires du gros (venant au trot), de prendre part au combat.

Cette artillerie choisit comme position le mamelon au nord de Gunstett, s'y installe et commence le feu, à 9 h. 1/4, contre les deux batteries de 4 et la batterie de mitrailleuses de la division de Lartigue.

Notre artillerie, impuissante à lutter contre 24 canons allemands, se retire bientôt, réservant ses coups pour Tinfanterie allemande quand elle se montrera.

Commentaires.

Un peu avant 9 heures, le colonel de Koblinski, comman-

(1) Sur six bataillons, la 41* brigade en a un (3* du 80*} à Gunstett et un autre (2* du 87*) occupé à placer des avant-postes sur la lisière méridionale du bois Kreuzhecke.

COMBATS DE l'aVANT-GARDE DU XI® CORPS.

dant de la 41« brigade, se décide à renforcer Toccupation de Gunstett, ainsi que les abords du pont, et à faire tenir solidement Spacbbacb.

Il a quatre bataillons rassemblés, savoir : les 1®' et 3* du 87« et les 1" et 2« du 80«. Le 3« bataillon du 80« tient déjà Gunstett, et le 2® bataillon du 87®, rappelé de la lisière sud du bois Kreuzhecke, ne va pas tarder à rejoindre la brigade.

Au lieu d^affecter les l®"" et 3® bataillons du 87®, bientôt rejoints par le 2® bataillon, à Foccupation de Spacbbach, et les 1®' et 2® bataillons du 80® au renforcement de Gunstett, le colonel de Koblinski compose sa colonne de droite (sur Spacbbach) avec le 3® bataillon du 87® et le 2® bataillon du 80®, et sa colonne de gauche (sur Gunstett) avec le 1®' bataillon du 87® et le 1®' bataillon du 80®. Bien plus, le

2« bataillon du 87®, qui rejoint sur ces entrefaites, est coupe en deux, et ses 5® et 6® compagnies sont avec la colonne de droite, tandis que ses 7® et 8® compagnies accompagnent la colonne de gauche.

Or, à ce moment, la 41® brigade est encore hors de portée des coups de l'ennemi et à Tabri de ses vues.

On a reproché à certains de nos généraux d'avoir parfois rompu les liens tactiques, en séparant, les uns des autres, les bataillons d'un régiment, les compagnies d'un bataillon.

Le commandant de la 41® brigade prussienne a dépassé, dans le genre, toutes les bornes connues. Il en est résulté que les colonels du 80® et du 87® ont perdu, avant tout engagement, la direction de leurs régiments, que le chef du 1®' bataillon du 87® a été mis « haut le pied », enfin que, ni la colonne de droite, ni celle de gauche n'ont été placées sous les ordres d'officiers supérieurs connus de la troupe.

Qu'on se reporte au croquis de la page 293, on comprendra le mécanisme de la répartition. Il est simple.

Les quatre bataillons disponibles étant rassemblés sur deux lignes de régiment, le colonel de Koblinski envoie les deux bataillons de droite vers la droite (à Spachbach) et les deux bataillons de gauche vers la gauche (Gunstett). Mais le 2® bataillon du 87® rallie la brigade. Aussitôt, on le partage en deux moitiés, de façon à donner dix compagnies à chacune des colonnes.

Cette répartition incohérente de la 41® brigade a eu pour effet de priver de toute direction supérieure, aussi bien, la colonne de Spachbach, que celle de Gunstett.

Dans ces conditions, l'une et l'autre étaient vouées à l'impuissance.

Les dispositions \icieuses d'un colonel de Koblinski, totalement dépourvu de sang-froid, eussent été évitées si le général de Bose, ou tout au moins le commandant de la 21® division, se fussent tenus de leur personne à l'avantgarde.

COMBATS DE l'aYANT-GARDE DU XI^ CORPS. 293

Il est admis, en effet, depuis Napoléon, que la place d'un commandant de colonne est à son avant-garde, car c'est de là qu'il peut le mieux donner des qrdres pour les dispositions répondant aux circonstances.

Le défaut d'orientation, déjà constaté dans Tordre du prince royal pour le changement de front à exécuter le 6 au matin, atténue la faute du général de Bose sans l'excuser complètement.

§ 2. — La fraction de gauche de la 41^ brigade se déploie

près du pont de Gi^nstett.

En exécution des mesures adoptées par le colonel de Eoblinski, le groupe de gauche (six compagnies (du 87® et quatre du 80®) se porte vers Gunstett, contourne ce village par le nord et se déploie, le long de la rivière, en appuyant sa gauche au Bruck-Mûhle.

Peu après, le 11® bataillon de chasseurs prussiens, qui marchait en tête du gros de la 21® division, arrive à son tour, traverse Gunstett et va se déployer dans les vignes plantées sur le coteau ouest du mamelon occupé par l'artillerie.

En même temps, le 3® bataillon du 80® (ancienne pointe d'avant-garde de la 41® brigade) garnit fortement la lisière occidentale du viUage.

Alors (9 h. 1/2) s'engage entre les chasseurs français postés le long de la route de Haguenau et un millier environ de tirailleurs (1) fournis par l'avant-gardc du XI® corps une fusillade assez nourrie mais peu efficace.

([) Au Bruck-Muhle et environs, il y avait, à 9 h. i/i, 22 compagnies ou 5,500 fantafisins :

io Au Bruck-Mûhle, 2 compagnies du bO^ (Y» corps); 2° En soutien immédiat, 2 compagnies du 50* (Y^ corps) ;

Dans le même moment, la 42® brigade se rassemblait à Touest du bois Kreuzhecke, au point où la 41*^ brigade avait formé son rassemblement.

§ 3. — La fraction de droite de la 41® brigade occupe Spachbach, franchit la Sauer et pénètre dans le Nieder- Wald.

Retournons à la fraction de droite de la 4i« brigade dirigée, par Oberdorf, en colonne de bataillon, sur Spachbach.

A partir d' Oberdorf, les six compagnies du 87®, après s'être glissées Tune après l'autre dans le ravin qui descend d' Oberdorf sur Spachbach, bordèrent la rive gauche en aval (9 h. 1/2), pendant que le 2® bataillon du 80® venait chercher un abri derrière Spachbach.

Les obus de quelques canons français habilement dissimulés dans le ravin (Regers-Graben) au sud-est d'Elsasshausen, incommodaient les compagnies du 87®, et les balles, à la vérité peu nombreuses, qui partaient de la lisière du Nieder-Wald la plus rapprochée (à 500 mètres) fouettaient les deux rives, non sans causer quelques pertes.

Bien que Tordre fût d'occuper Spachbach et de tenir la rivière aux abords de ce point, les compagnies du 87®, disposées sur la rive gauche de la Sauer, montrèrent bientôt un tel énervement (1) que leurs chefs résolurent de les porter en

3<> Sur la rivière, en amont du Bruck-Mûhle, 6 compagnies du 87* ;

4° A Gunstett, 2 compagnies du 87* ;

5* Entre le Bruck-Mûhle et Gunstett, 2 compagnies du 80* ;

6^ Dans les vignes dominant le pont de Gunstett, le 11* bataillon de chasseurs;

7* En soutien de Tartillerie de la division, 1*' bataillon du 80*.

(1) La hausse du fusil Dreyse, en service dans l'armée prussienne de 1870» était graduée jusqu'à 600 mètres ; mais il fallait s'approcher jusqu*à 400 mètres pour obtenir des résuhats à peu près efficaces, la bonne distance de combat de l'infanterie prussienne à cette époque étant 300 mètres.

COMBATS DE l' AVANT-GARDE DU XI® CORPS. 297

avant et prescrivirent, en conséquence, la construction de quelques passerelles au moyen de perches à houblon, très nombreuses dans ces parages.

Le passage commence un peu avant 10 heures.

Les premiers arrivés sur la rive droite sont plus que jamais exposés, en terrain découvert, aux balles du Nieder-Wald,

Alors s'exécute une course folle, autant dire, une « fuite en avant » qui conduit officiers et soldats du 87®, dans le désordre le plus complet, jusqu'à la lisière ennemie.

La compagnie degrand'garde du 3« zouaves (2® du 2), qui occupe cette lisière, est rejetée dans l'étranglement que forme le sommet du secteur boisé. Là elle résiste, en attendant un secours qui ne doit pas se faire attendre.

En effet, le 2® bataillon qui se tenait, sous bois, un peu à l'ouest du sommet du secteur boisé, près de la croisée des routes d'Eberbach, de Frœschwiller et de Morsbronn, vient rapidement soutenir sa 2® compagnie et oppose aux Prussiens une barrière infranchissable. Le combat se continue sous bois, c'est-à-dire à bout portant. Les pertes, de part et d'autre, sont grandes. La direction est presque nulle. Les soldats combattent, chacun pour leur compte, et c'est à peine si les officiers, autour desquels se sont groupés quelques hommes, peuvent faire sentir leur action en provoquant des attaques partielles.

§ 4. — Déroute de la fraction de droite de la 41® brigade.

Cette lutte ardente dure depuis une demi-heure, et des fractions du V® corps (11® et J2® compagnies du SO®), venues de Spachbach, ont pénétré dans le secteur boisé, lorsque arrive (11 heures) des environs de la ferme de Lansberg le 2® bataillon du 56®, que le général de Kerléadec a mis à la disposition du colonel Bocher (du 3® zouaves) sur ses vives instances.

Le 2® bataillon du 56^ entre dans le secteur boisé par la lisière méridionale et tombe dans le flanc des groupes prussiens. Alors le colonel Bocher (du 3® zouaves) fait sonner et battre la charge.

• Tout ce qui se trouve d'ennemis dans le Nieder-Wald est aussitôt mis en déroute (11 h, 1/2).

Les 11® et 12® compagnies du 50® (Y® corps) sont rejetées sur la Sauer, en amont de Spachbach, les six compagnies du 87® (XI® corps), en aval du même point, et toutes repassent la rivière dans un désordre inexprimable.

Mais, dès que le flot des fuyards s'est écoulé hors du bois, les batteries de gauche du V® corps et les batteries de la 21® division dirigent, sur la lisière du secteur boisé des feux rapides qui paralysent toute velléité de poursuite à travers les prés.

Durant le combat que nous venons de raconter, le 2® bataillon du 80®, en seconde ligne derrière les six compagnies du 87®, avait traversé la Sauer, en aval de Spachbach, et s'était formé en ligne de colonne de compagnie, le long de la route de Haguenau, face à la lisière du secteur boisé.

Ce bataillon fut entraîné, en entier, par les compagnies du 87®, au delà de la Sauer, sans avoir tiré un seul coup de fusil.

L'événement que nous venons de raconter se passait un peu avant le moment où le demi-régiment de droite du 2® zouaves refoulait dans Wœrth la fraction de droite de l'avant-garde du V® corps.

La Relation du grand état-major prussien^ qui s'entend si bien à faire d'habiles retouches, n'a pu déguiser la vérité en présence d'un fait aussi brutal.

Qu'on en juge plutôt !

« Cet engagement acharné, au milieu des fourrés, avait <( confondu les compagnies; presque toutes étaient privées « de leurs chefs, de façon que le combat se trouvait^ en « quelque sorte^ sans direction. C'était à ce moment que les

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Français prononçaient leur mouvement offensif contre le V« corps; en même temps, de forts partis ennemis (1) s^avancent également dans la direction sud du bois (2) sur

< le flanc et sur les derrières des combattants du 87®. Hors d'état d'opposer une longue résistance, ceux-ci sont refoulés

( sur la pente avec des pertes considérables, jusqu'en arrière de la route, entraînant dans leur retraite les quatre com-

< pagnies du 80* Emportés par les tirailleurs qui évacuent

< le bois en désordre, tous refluent pêle-mêle sur la Sauer;

< ce n'est qu'à Spachbach qu'il devient possible de remettre

< un peu d'ordre dans ces troupes. »

Commentaires.

Un tel fait d'armes appelle la critique.

La marche des dix compagnies du XP corps (six du 87® et quatre du 80®), en formation rassemblée, depuis la lisière du bois Kreuzhecke jusqu'au ravin d'Oberdorf, est régulière. Le fractionnement de la masse en colonnes de compagnie, utilisant le couloir menant à Spachbach, comme cheminement d'approches, est encore bien.

Mais le passage de la Sauer par six compagnies du 87®, bientôt suivies du 2® bataillon du 80®, et l'attaque du Nieder- Wald ont été prématurés.

Si les soldats du 87®, postés sur la rive gauche à hauteur de Spachbach et en aval, souffraient du feu des Français sans pouvoir y. répondre, il convenait de les abriter derrière Spachbach en laissant seulement au bord de l'eau quelques postes de surveillance.

Cette attaque était tout à fait intempestive, car, au moment

(1) Le 2* bataillon du 56».

(2) Sud du secteur boisé nord-est du Nieder-Wald.

OÙ elle se fit (10 heures), la majeure partie de Tartillerie du XI® corps était encore loin en arrière.

Cependant, les compagnies du 87® parvinrent à franchir les 300 mètres de prairies qui les séparaient du secteur hoisé et à Fenvahir d'un premier élan.

Un tel résultat était inespéré, car avec un peu plus d'attention, le 2® bataillon du 3® zouaves aurait pu envoyer en temps utile deux ou trois compagnies en renfort de sa compagnie de grand'garde, de façon à rendre le glacis infranchissable.

Une fois les Prussiens dans le secteur boisé, leurs progrès ont été limités au sommet, que les zouaves, malgré leur petit nombre, ont pu défendre efficacement en attendant l'arrivée de renforts, et, pendant près d'une heure et demie (10 heures à H h. 1/2), le combat sous bois s'est ainsi localisé avec des alternatives diverses.

Quant au 2® bataillon du 80® prussien, qui attendait les événements, l'arme au pied, en dehors du bois et contre sa lisière, son rôle était tout tracé : garder les flancs du secteur boisé. S'il eût rempli ce rôle, la manœuvre du 2® bataillon du 56® français aurait probablement échoué.

En fait, cette manœuvre^ qu'elle ait été combinée ou qu'elle ait été le résultat d'un concours de circonstances favorables, a pleinement réalisé les conditions exigées en pareil cas, et, à ce titre, elle mérite d'être citée en exemple.

Le combat sous bois du 2® bataillon du 3® zouaves contre des forces très supérieures est caractéristique, en ce qu'il fait ressortir les différences de race et de tempérament qui distinguent le soldat allemand du soldat français.

Déjà, nous avons pu constater, lors des engagements de quelques groupes de la 4® division bavaroise dans la partie du bois de Frœschwiller voisine de la Scierie (Sâge-Mûhle), l'incertitude et la timidité des soldats allemands lorsqu'ils sont séparés de leurs chefs immédiats.

\j' Historique officiel prussien, en présence de l'infériorité évidente des soldats de la 41® brigade (XI® corps), invoque.

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