‹ FroeschwillerChapitre 59 sur 100 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

chargés d'escorter et d'éclairer t'attaque en dehors de son aile gauche.

Ce dispositif pris & la course, au fur et à mesure de ta sorlie de Dieffenbach, faisait face aux lisières est et sud de Morsbronn.

13' Hiusarda

g 2. — Évacuation de Horabronn par les Français.

Le général Lacreielle se tenait depuis quelque temps à Morsbronn qu'occupaient deux compagnies du 3' turcos, et, du clocher qu'il avait choisi pour observatoire, il voyait se dérouler toutes les phases de la manœuvre enveloppante.

La défense d'un gros village par 300 hommes contre 5,000 n'entrait pas dons les idées de l'époque, au moins en France.

l'attaque de flanc par morsbronn. 321

Ordre fut donné aux deux compagnies de turcos d'évacuer Morsbronn et d'aller occuper le petit bois au sud-est d'Eberbach.

§ 3. — Envahissement de Morsbronn par les Prussiens.

{Croquis »• 26.)

La majeure partie des forces du général de Schkopp débordent Morsbronn vers l'ouest, en même' temps que le 1®' bataillon du 32® pénètre dans le village sans coup férir par l'est.

Avant de dépasser Morsbronn pour marcher contre la ligne française, qui appuie maintenant sa droite au petit bois sudest d'Eberbach et sa gauche au Nieder-Wald, le général de Schkopp veut remettre de l'ordre dans ses troupes légèrement désorganisées par les préparatifs de l'attaque du village.

Le 2« bataillon du 32« et le 2® bataillon du 94®, après avoir contourné Morsbronn par l'ouest, l'un en ligne de colonnes de compagnie, l'autre en ligne de demi-bataillons, ont atteint la lisière nord des vergers et s'apprêtent à continuer au delà, lorsqu'ils reçoivent une grêle de balles partant du petit bois d'Eberbach.

A ce moment (1 h. 1/4), le 1®' bataillon du 32® sort de Morsbronn par l'issue nord, ayant encore ses deux compagnies de queue engagées dans l'intérieur du village.

Le 3® bataillon du 94® et les trois compagnies de fusiliers (3® bataillon) du 32® ont été arrêtés au sud de la localité.

Les deux compagnies du 80®, arrivant du pont de Gunstett, sont sur le point d'atteindre le débouché est de Morsbronn.

La compagnie de pionniers de la 22® division, qui a suivi le mouvement, rejoint au même moment l'aile gauche de la première ligne.

Commentaires.

Les dispositions d'approche des troupes aux ordres du général de Schkopp, depuis leur débouché des ponts de Dûrrenbach jusqu'à Tenvahissement de Morsbronn par le sud-est, méritent qu'on s'y arrête.

Tout comme les bataillons directement lancés de Gunstett contre les défenseurs du plateau de Lansberg, la brigade de Schkopp, au fur et à mesure que ses compagnies ont franchi les deux ponts de Durrenbach, se dispose, à la course, sur trois lignes, en se faisant précéder de nombreux tirailleurs.

Le fait n'est donc pas isolé ; il est le résultat d'un dressage en vertu duquel un dispositif de combat succède rapidement au passage d'un défilé. Voilà le fruit des exercices annuels de brigade, usités dans l'infanterie allemande, exercices que nos brigades de cavalerie pratiquent depuis quinze ans, alors que nos brigades d'infanterie sont encore privées de cet élément essentiel d'une bonne préparation à la guerre.

La rapidité des évolutions de champ de bataille, un des facteurs essentiels de la capacité manœuvrière, voit son importance augmenter avec le perfectionnement des armes et la grandeur croissante des effectifs. L'infanterie, au même titre que les autres armes, doit pouvoir évoluer rapidement, sous peine d'être prévenue par un adversaire plus maniable, plus souple, en un mot, mieux instruit.

Notre soldat est plus vif, plus intelligent et plus agile que l'Allemand.

Oui, mais une troupe composée de soldats très alertes peut être lourde, de même qu'une troupe formée de lourdauds peut être relativement leste.

Une unité tactique ne doit pas être considérée comme la somme algébrique des soldats qui la composent; elle possède une valeur propre qui dépend surtout de la méthode de commandement suivie pour la préparer aux éventualités de la guerre.

l'attaque de flanc par morsbronn. 323

. § 4. — Charges de cuirassiers et de lanciers français

sur Morsbronn.

{Croquis n» 26.)

Devant Tattaque directe par le pont de Gunstett, qui avait refoulé ses troupes au delà (ouest) de la ferme de Lansberg, et sous la menace de Tcnveloppement par Morsbronn, le général de Lartigue ne pouvait plus avoir grand espoir de conserver le plateau.

Il voulut néanmoins, avant de s'avouer vaincu,' rejeter sur la Sauer l'ennemi le plus pressant, puis, si cette attaque réussissait, se retourner contre les nouveaux occupants de Morsbronn; il fallait, pour cela, paralyser au moins pour quelque temps l'action de CCS derniers.

C'est à la cavalerie que fut confiée la mission de contenir les bataillons prussiens signalés à Morsbronn.

Le général de Lartigue fit demander au général de division Duhesme le concours d'un régiment de cuirassiers pour dégager son aile droite.

Au lieu d'un régiment, on fit charger toute la brigade Michel (8® et 9® cuirassiers), ainsi que les deux escadrons disponibles du 6® lanciers.

Cette brigade était disposée sur deux lignes, face à l'est, dans le vallon formé par l'Eberbach; la gauche, tout près du Nieder-Wald.

En première ligne, étaient les quatre escadrons du 8® cuirassiers.

Les trois escadrons disponibles du 9® cuirassiers (1) et deux escadrons du 6® lanciers formaient la deuxième ligne.

En vue de la charge, la brigade fit face à droite (sud), et.

(1) Un escadron du 9* cuirassiers escortait le convoi de la 4* division et se trouYaity par suite, éloigné du champ de bataille.

comme le terrain défilé était restreint, chaque ligne rompit en colonne par escadron.

De cette manière, le 8® cuirassiers formait la colonne de gauche; le 9® cuirassiers et le 6* lanciers, la colonne de droite.

Le 8® cuirassiers, en colonne par escadron, gravit obliquement le flanc oriental du vallon de FEberbach, laissant à sa droite le petit bois qu'occupaient nos tirailleurs, prit sa direction sur le clocher de Morsbronn à la rencontre d'un ennemi encore invisible, et, du même coup, masqua en partie le feu des deux compagnies de turcos établies au petit bois sud-est d'Eberbach.

Dès qu'il atteignit le plateau, ce régiment fut soumis aux feux des fractions de l'aile gauche prussienne, alors parvenue à l'embranchement des routes de Frœschwiller à Morsbronn et d'Eberbach à Gunstett, et reçut des obus lancés par l'artillerie du XP corps.

Il prit le galop et tenta de se déployer, mais le mouvement fut à peine amorcé, en raison de la vitesse de l'allure de l'escadron de tête et des procédés de déploiement alors en usage dans la cavalerie française.

Le 8® cuirassiers chargea donc en colonne par escadron.

Les 2® et 4« compagnies du 32®, occupées à se former de part et d'autre du débouché nord de Morsbronn, étaient plus, en vue que le 2« bataillon du 32® et le 2« bataillon du 94«, ' masqués par les vignes et les vergers plus à l'ouest.

C'est sur elles que le 8® cuirassiers se dirigea.

Ces compagnies exécutèrent des feux rapides très intenses pendant que les huit compagnies, placées à leur gauche dans les vergers, agissaient de même, après avoir fait un quart d'à droite.

Néanmoins, le 8® cuirassiers continue la charge, renverse une fraction de la 2« compagnie du 32®, et un certain nombre de cavaliers pénètrent dans le village par l'entrée nord, tandis que la majorité, ne pouvant s'engager dans un passage aussi étroit, s'écoule vers l'est et tombe sur les deux compagnies

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du 80* , qui arrivaient à ce moment près de Feutrée orientale de Morsbronn (1).

Ceux des cuirassiers du 8®, entrés dans Morsbronn par le nord, essuient le feu des l'« et 3® compagnies du 32®, dont les soldats se sont jetés dans les vergers formant bordure.

Ces malheureux cavaliers s'échappent par l'est, non sans passer sous les fourches caudines représentées par des fractions du 80® et du 3® bataillon du 94®, Finalement, les débris du 8® cuirassiers s'écoulent, les uns vers la forêt de Haguenau, d'autres, après un long détour, vers MertzwiUer, du côté des lignes françaises.

Quelques instants après le départ au galop du 8® cuirassiers, les trois escadrons du 9® cuirassiers, suivis à courte distance par deux escadrons du 6® lanciers, chargent à leur tour.

Cette fois, grâce au répit qu'a procuré l'attaque du 8® cuirassiers, les trois escadrons du 9® cuirassiers ont pu se former en bataille, ayant en arrière de leur aile gauche, comme deuxième ligne, les deux escadrons de lanciers.

Le 9® cuirassiers, en raison de son point de départ, se dirige sur l'extrême gauche prussienne constituée par la compagnie de pionniers de la 22® division formée en colonne.

Cette compagnie est en partie foulée aux pieds des chevaux ; mais les compagnies voisines, après avoir fait un demi-àgauche, contraignent par leurs feux les cuirassiers à s'écouler vers l'ouest.

La charge continue néanmoins, et la majorité des cavaliers vient s'engouffrer dans la grande rue qui traverse Morsbronn de l'ouest à l'est. Au même moment, des fractions du 3® bataillon du 94® accourent occuper les jardins et les maisons du village situés au sud de la rue précitée.

Les vergers, les haies, les fenêtres se garnissent de fusils sur le parcours de nos cavaliers.

(l)^Ces deux compagnies venaient du pont de Gunstett.

De plus, quelques soldats prussiens barricadent les issues au moyen de voitures, et, quand les cuirassiers du 9®, revenant sur leurs pas, cherchent à s'échapper par Touest, ils trouvent la rue obstruée.

Les deux escadrons de lanciers, qui suivent de près les trois escadons du 9® cuirassiers, vont donner sur la gauche du 2* bataillon du 32® et sont forcés de s'écouler par l'est et par l'ouest, en majorité sur.les traces du 9® cuirassiers.

Les quelques cavaliers du 9® cuirassiers et du 6® lanciers, qui purent s'enfuir, se dirigèrent vers la forêt de Haguenau.

Le 8® cuirassiers fut moins éprouvé que le 9®, car il ne trouva pas les issues de Morsbronn barricadées.

Un de ses débris, 50 ou 60 cavaliers, atteignait, en suivant la route de Mertzwiller, les bords de l'Eberbach au moment où les trois escadrons du 13® hussards prussiens, en colonne par peloton, étaient en marche dans le vallon de l'Eberbach, se dirigeant vers le nord.

Le dernier de ces escadrons fait demi-tour par peloton et fond sur les cuirassiers, qui s'arrêtent à sa vue.

Fait incroyable, les 100 ou 150 hussards, ainsi lancés au galop, ne joignent pas les cuirassiers, mais font halte à dix pas d'eux.

« Aucune des deux troupes ne songe à charger; tous ont le <( sabre à la main et personne ne s'en sert. Si, à cet instant, <( un seul des cavaliers se fût précipité hardiment en avant, « nul doute qu'une mêlée de cavalerie, dont l'issue ne peut 4( être douteuse, n'en fût résulté. Ce choc ne se produisit pas;

« il n'y eut là aucune mêlée, aucun coup de sabre Hus-

« sards et cuirassiers arrêtés face à face, à dix pas les uns des « autres, se fusillent à bout portant; les cuirassiers, laissant <( pendre au poing leur latte, sortent des fontes leur mauvais <( pistolet et une fusillade de quelques secondes éclate entre <( les deux cavaleries.

« La première décharge abat de part et d'autre quelques « chevaux, quelques cavaliers; puis, tout à coup, diminués

l'attaque de flanc par morsbronn. 327

« encore, n'ayant plus, comme les hussards, d'autres coups « de feu à tirer, les cuirassiers qui restent s'éparpillent en un « clin d'oeil et essayent de rejoindre les lignes françaises (1). »

§ 5. — Retour offensif désespéré des débris de la division

de Lartigue.

{Croquis n» 27.)

On a vu que la charge de la brigade Michel avait eu pour premier eflfet de masquer le feu des deux compagnies de turcos postées dans le bois au sud-est d'Ëberbach.

Quelques minutes après la charge de cette brigade eut lieu le retour offensif projeté. Deux compagnies du 3® zouaves, les seules à peu près intactes de toute la 4* division, ramènent en avant turcos, soldats de la ligne, chasseurs; et tous fondent sur les troupes prussiennes qui occupent la ferme de Lansberg et le bord du plateau adjacent.

L'ennemi fuit en désordre et descend les pentes à toutes jambes succès éphémère!

L'artillerie allemande, du mamelon de Gunstett, écrase nos soldats sous une pluie de fer et contraint les survivants à chercher un abri derrière les couverts de la ferme et du plateau de Lansberg. Rien n'arrêtera plus désormais le XP corps jusqu'au Nieder-Wald.

L'historique allemand raconte de la façon suivante la tentative désespérée du général de Lartigue pour retenir la fortune :

« Quelques instants après les charges de cavalerie que nous « venons de décrire, de fortes colonnes françaises (?), précé- « dées d'un épais rideau de tirailleurs, se portent vigoureuse- (( ment contre les hauteurs d'Albrechtshaiïserhof (Lansberg).

(i) Revue de Cavalerie, aotkt 1887, p. 478.

« Elles se heurtent d'abord au H® bataillon de chasseurs, qui, encore entièrement désuni et hors d'état de résister, cède sous le choc; les troupes établies au sud plient également, et force est d'évacuer la position d'Albrechtshatiserhof (Lansberg).

« Mais ce mouvement rétrograde dégage les vues de V artillerie postée à Gunstett qui, ne se trouvant plus masquée par nos propres troupes, ne tarde pas à arrêter les progrès de l'infanterie française; les tirailleurs prussiens parviennent de nouveau à reprendre pied et à soutenir le combat jusqu'au moment où les troupes fraîches, qui débouchent de Gunstett, entrent en ligne de la façon la plus opportune. »

Commentaires.

Nous avons signalé, en racontant la charge du 8® cuirassiers, la présence de deux compagnies (9* et 12®) du 80® prussien à l'est de Gunstett, compagnies qui arrivaient du pont de Gunstett par la route de Haguenau. Or, les 10® et H® compagnies de ce régiment (l'autre demi-bataillon) combattaient au même moment à l'est du plateau de Lansberg, parmi les troupes de l'attaque de front.

Comment le 3® bataillon du 80® a-t-il pu être ainsi scindé en deux moitiés dont l'une (9® et 12® compagnies) s'est dirigée du nord au sud, tournant ainsi le dos au combat engagé? A-t-on voulu relier, au moyen de deux compagnies, l'attaque de front à l'attaque de flanc, ou bien, cette marche insolite a-telle été le résultat d'une défaillance?

Toujours est-il que les 9® et 12® compagnies du 80® arrivèrent fort à propos à Test de Morsbroim pour cueillir de faciles lauriers.

La résolution prise par le général de Lartigue, après la perte de la ferme de Lansberg, de reprendre cette ferme, de

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jeter les assaillants les plus proches dans la Sauer, puis de se retourner contre l'attaque de flanc, fait le plus grand honneur à cet officier général.

Il fallait tout d'abord conserver le flanc droit libre.

Or, la cavalerie était seule capable de procurer ce résultat en contenant l'attaque par Morsbronn pendant le temps qu'exigeait le retour offensif destiné à rejeter au delà de la Sauer les troupes d'infanterie prussienne venues par le pont de Gunstett.

Le général de Lartîgue demande un régiment, et toute la brigade Michel, ainsi que les deux escadi*ons de lanciers formant la cavalerie divisionnaire, se mettent en mouvement : voilà qui est chevaleresque et bien français.

La relation allemande, toujours sardonique à notre endroit, parle en ces termes du terrain des charges de cavalerie :

« Le terrain, qu'on avait probablement négligé de recon- « naître à r avance, était particulièrement défavorable à la (( cavalerie (1). »

Hélas! oui, pendant de longues heures, personne dans la brigade Michel n'avait eu la pensée de faire reconnaître par des officiers les terrains favorables aux charges et les cheminements pour y arriver.

En outre, l'ordre de dégager l'aile droite de la 4« division n'impliquait pas nécessairement une action instantanée.

La cavalerie est impuissante à lutter contre une infanterie appuyée à un village et dissimulée dans les jardins ou vergers qui l'entourent.

Pour qu'une attaque de cavalerie ait quelques chances de renverser l'infanterie, il faut qu'elle attende le débouché de celle-ci en terrain découvert, ou mieux, qu'elle profite des ondulations du sol pour surgir à l'improviste et à courte distance, conmie la brigade Bredow, le 16 août, à la bataille de Mars-la-Tour.

(1) Page 253.

Supposons maintenant qu'au lieu de charger sur un village qui, de loin, ne laisse voir que son clocher émergeant d'une sorte d'oasis, la brigade Michel eût marché en double colonne, par le vallon de l'Eberbach, jusqu'au sud du petit bois occupé par les deux compagnies de turcos précédemment postées à Morsbronn, et que cette brigade eût attendu pour gravir le plateau, sur deux lignes, que les bataillons du général Schkopp se fussent mis en mouvement vers la ferme de Lansberg.

L'attaque^de neuf escadrons, dont sept de cuirassiers, surgissant à 500 mètres du flanc gauche de six bataillons disposés en formation d'approche aurait eu les plus grandes chances de réussir.

Nous avons la conviction que le vallon d'Eberbach, bien utilisé comme cheminement, pouvait procurer à la brigade Michel un de ces succès qui marquent dans l'histoire des actions de cavalerie.

N'oublions pas que les charges en question eurent lieu à 1 h. 1/4, dans un moment où le V® corps prussien n'avait fait aucun progrès sur la rive droite de la Sauer et où les attaques de front lancées par le XI® corps au delà de la même rivière se trouvaient dans une situation très critique.

Au sujet du retour offensif dirigé contre les vingt compagnies du XP corps parvenues sur le plateau de la ferme de Lansberg, constatons, une fois de plus, la supériorité de nos fantassins sur les fantassins allemands dans les combats rapprochés qui excluent l'intervention de l'artillerie.

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