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CHAPITRE XI

{Croquis n» 26.)

Au bruit du canon, le 6, vers 7 heures du matin, le commandant de la IIP armée, établi à Soultz, envoya un officier supérieur de son état-major du côté de Wœrth pour examiner la situation et lui en rendre compte.

L'officier chargé de cette mission revint à Soultz, entre 9 et 10 heures, et fit son rapport au prince royal.

Celui-ci fit alors porter au général de Kirchbach Tordre « de ne pas accepter le combat et d'éviter tout ce qui pourrait « en amener la reprise (1) ».

Quand cet ordre arriva, vers H heures, son exécution n'était plus possible.

L'avant-garde du V® corps était engagée dans des conditions très difficiles, et la rupture du combat à ce moment aurait eu les apparences d'une défaite.

La 20* brigade ( V*^ corps) se trouvait dans une situation si critique, que le général de Kirchbach, très anxieux, fit appel aux commandants des corps voisins (IP bavarois et XP corps) pour qu'ils lui vinssent en aide.

Ces demandes d'intervention parvinrent, vers H h. 1/2, au général de Hartmann et au général de Bose.

' (1) Relation officielle allemande, p. 2d5.

Le premier répondit qu'il était fort empêché d'agir, sa 4® division ayant été refoulée sur Langensoultzbach.

Le général de Bose fit dire que son avant-garde venait d'être rejetée sur la rive gauche de la Sauer et que, d^ailleurs, Tordre de l'armée ne prescrivait pas d'attaquer.

Au reçu de ces réponses, vers midi, le général de Kirchbach renouvela ses instances pour que ses collègues lui prêtassent leur concours.

Cette fois, le général de Bose, dont toute Tartillerie était arrivée en position, fit savoir à son camarade du V® corps qu'il ne l'abandonnerait pas.

Mais, que penser d'un général d'armée, cantonné à quelques kilomètres du champ de bataille et qui, entendant le bruit d'une canonnade intense depuis 9 h. 1/2 du matin, reste tranquillement à son quartier général jusqu'à midi?

Enfin, le prince royal, suivi de son état-major, arriva, vers 1 heure, sur les hauteurs de Dieffenbach, après avoir rencontré en route le major Manche que lui envoyait le général de Kirchbach pour lui démontrer l'impérieuse obligation de continuer la lutte et le supplier d'intervenir personnellement.

Le chef de la IIP armée fut très impressionné par le compte rendu des événements qui venaient de s'accomplir, et, d'après la relation allemande, il prit aussitôt la direction de la bataille.

Il est plus vrai de dire que cette direction échut au général de Blumenthal, chef d'état-major de la IIP armée.

En voici la preuve :

'L'Historique officiel prussien^ après avoir résumé la situation des corps de la IIP armée, fait donner par le prince royal l'ordre suivant daté de 1 heure :

Le II* corps bavarois agira contre le flanc gauche de Tennemi, de manière à Tenir s'établir au delà, dans la direction de Reichsboffen.

Le I^' corps bavarois, laissant une division en arrière comme réserve et accélérant la marche autant que possible, appuiera entre le II* corps bavarois et le V* corps prussien. Le XI* corps se portera vigoureusement contre Frceschveiller, par Elsasshausen et le Nieder-Wald. Dans le corps Werder, la division

wurtembergeoise suivra, par GuDstett, le mouvement du XI» corps au delà de la Sauer; la division badoise gagnera provisoirement Surbourg.

Or, voîcî Tordre pour le V® corps, transcrit par le capitaine Stieler von Heydekampf, officier d'état-major dans ce corps d'armée (1) :

6 août, 1 heure.

Le V* corps différera son attaque jusqu'à l'approche du général von der Tann, dirigé au nord de Preuschdorf. U en est de même de la 21* division {Xl^ corps) qui a Vordre de marcher sur Wœrth. Us ne pourront guère arriver avant une heure ou deux.

Le corps Werder est également appelé, mais il se passera bien trois heures avant son arrivée.

Signé : voN Blumenthal.

Le capitaine de Heydekampf ajoute :

« Cette communication, parvenant au moment précis où « l'ennemi entrait en ligne avec de nouvelles troupes, n'était « pas faite pour éveiller grand espoir. »

La vérité est que, à 1 heure, l'état-major de la IIP armée était très perplexe et ne songeait nullement à prescrire au IP corps bavarois de marcher sur Reichshoffen.

La relation du grand état-major prussien ne dit-elle pas, de la division Bothmer :

« Une partie de l'infanterie, ramenée en désordre du combat « de Langensoultzbach, s'était ralliée derrière ce village, au « sud duquel le reste combattait encore, afin de couvrir la « retraite (2). »

Et plus loin, quand elle apprécie la situation, vers 3 heures (3) :

« Ces corps (V® et XP) s'épuisaient peu à peu dans la lutte « qu'ils soutenaient seuls contre un ennemi aussi brave qu^opi^

(1) Extrait de l'ouvrage : Opérations du V* corps prussien dans la Guerre contre la France^ 1873.

(2) Page 237.

(3) Page 267.

« nidtre, qui pouvait jeter sur eux toutes ses forces depuis « que la 4® division bavaroise était rejetée sur la défensive par « rÎDSUccès de sa tentative sur Neehwiller, et alors que, « d'autre part, les troupes du P' corps bavarois se trouvaient « arrêtées par la crue de la Sauer (1). »

Le IP corps bavarois, lorsque le prince royal arriva sur le champ de bataille, était hors de cause, et, s'il a poussé dans la soirée des détachements sur Reichshoffen, c'est en vertu d'un ordre particulier émanant du général de Blumenthal, après 3 heures, c'est-à-dire au moment où l'issue de la bataille n'était plus douteuse.

L'ordre au P' corps bavarois de laisser ime division en arrière est purement imaginaire.

Nous avons démontré au sujet des opérations de la IIP armée, le 5 août, que la 2® division bavaroise se trouvait, par suite de son ordre de marche et de la nature du chemin à parcourir, hors d'état d'arriver, le 6, sur le champ de bataille.

Donc, l'ordre transcrit par le capitaine de Heydekampf est le seul vrai. .

Examinons-le avec un peu d'attention.

Le général Blumenthal recommande au V® corps de différer toute nouvelle attaque.

C'est que, jusqu'alors (1 heure), celles dirigées sur Elsasshausen avaient donné des résultats négatifs.

Le chef de la IIP armée, ou plutôt son chef d'état-major, est tellement impressionné par la gravité du danger au centre, qu'il appelle à Wœrth toute la 21® division [XI^ corps).

Le prince royal ignorait donc, à 1 heure, que la majorité de la 21® division était engagée, et qu'en particulier la 41® brigade avait subi un échec grave pour avoir débouché

(1) Cette crue n*a?ait pas arrêté les Prussiens du V« corps. Le yéritable motif de Tarrét du P' corps baTarois est imputable à d'autres causes d*ordre moral.

prématupément, de Spachbach et du pont de Gunstett, à l'ouest de la Sauer.

Que cet ordre soit exécuté, la bataille restera indécise!

Heureusement pour l'armée allemande, le général de Bose, en véritable homme de guerre, s'était rendu compte, mais un peu tard, de la situation, et avait pris de lui-même la décision que comportaient les circonstances.

Les attaques dirigées par lui contre la droite française, ont seules permis au V® corps de se dégager de l'étreinte qui l'étouffait et de changer en succès une série d'engagements qui s'annonçaient, tout d'abord, comme le prélude d'une défaite.

La cause réelle du succès de la IIP armée a été indiquée par le major de Hahnke :

« Le général de Bose, informé de la situation du V® corps, « s'était décidé, sous sa propre responsabilité , à agir sur le « flanc droit de l'ennemi (1). »

(1) Opérations de la III^ armée, par le major de Hàhnkb, de Tétat-major, p. 68.

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