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ACTION GÉNÉRALE DES ALLEMANDS CONTRE FRŒSCH^\'ILLER

moitié de l'artillerie de ce corps d'armée prit une deuxième position le long de la route de Wœrth à Gœrsdorf, tandis que les quatre batteries de la 10* division et trois batteries de corps traversaient le bourg pour aller s'établir sur les hauteurs de la rive droite. Auparavant déjà, huit batteries du XP corps, venues de Gunstett par la route de Haguenau, avaient pris position sur le Calvaire et les pentes avoisinantes. Ces batteries avaient efficacement contribué à rompre les attaques françaises d'infanterie et de cavalerie.

Après la prise d'Elsasshausen, les sept batteries du V® corps passées sur la rive droite vinrent se placer, par moitié, à l'est et à l'ouest du hameau, face à Frœschwiller. Elles s'intercalèrent parmi les huit batteries du XP corps arrivées en position de part et d'autre d'Elsasshausen, aussitôt après son enlèvement.

Un peu après 4 heures, il y avait donc 90 canons prussiens tirant, des abords d'Elsasshausen et du sud au nord, sur FrœschwiUer, pendant que 66 canons, dont 24 bavarois, dirigeaient leur feu de l'est à l'ouest, par-dessus la Sauer, sur le même point.

En même temps, l'infanterie du V*, du XP, du P' corps bavarois et de la 2® brigade wurtembergeoise resserrait de plus en plus l'investissement de Frœschwiller.

Au nord, les bataillons bavarois du général d'Orff atteignirent les vergers de Frœschwiller vers 4 h. 1/2, mais n'osèrent pénétrer de quelque temps dans le village pourtant peu défendu de ce côté, faute de défenseurs.

La lutte fut plus vive au sud.

Il ne restait en dernier lieu, à Frœschwiller, pour en défendre les avenues, que la compagnie du génie de la 3* division (commandant Lanty (1), capitaine Gallois) avec quelques centaines d'isolés.

Le 3*^ bataillon de chasseurs wurtembergeois fut le premier

(1) Devenu général de dtTision.

à pénétrer dans Frœschwiller par le parc du château. L'envahissement de toutes parts suivit de près.

Alors on se battit dans les rues, à bout portant; mais la résistance ne pouvait durer dans les conditions où se trouvaient nos soldats livrés à eux-mêmes, sans direction et sans but. Ceux qui ne profitèrent pas, pour fuir, des quelques minutes de répit que procure toujours le désordre des assaillants après un assaut furent poursuivis de rue en rue, traqués à coups de fusil et périrent ou tombèrent aux mains de l'ennemi.

« Pendant quelque temps encore, les Français continuent « une résistance acharnée, mais sans espoir, dans les rues « du village, dont le 94* occupait déjà la portion occiden- « taie (1). »

Tandis que les sapeurs du commandant Lanty défendaient à coups de fusil l'accès de Frœschwiller par la route de Wœrth et que le parc du château Turkeim était le théâtre d'un violent combat, des groupes du 3* bataillon du 48*^ et du 2^ bataillon du 78® tenaient encore les ^dgnes situées à la naissance du grand ravin et empêchaient par leur feu les Prussiens d'en déboucher en vue de pénétrer dans Frœschwiller par les deux issues voisines.

Mais, vers 4 h. 1/2, les Bavarois du général d'Orff s'étant avancés de la partie occidentale du bois de Frœschwiller jusque sur la route du Vieux-Moulin, à l'est et près du village, toute résistance dut cesser sur le plateau.

Dès ce moment, les défenseurs du bois de Frœschwiller étaient perdus.

Commentaires.

Lorsqu'on examine la carte des environs de Frœschwiller,

(I) Historique officiel prussien, p. 276.

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on est surpris de voir que les cinquante et quelques bataillons allemands du V*, du XP corps et de la 2* brigade wurtembergeoise aient pu trouver place, un peu après 4 heures, sur l'arc d'un secteur de 1500 mètres de corde et de 1000 mètres de rayon.

En supposant, dans les V* et XP corps, une perte de 1/5, ce qui est exagéré, l'infanterie qui investissait Frœschwiller, & Test et au sud, aurait dû comprendre au moins 40,000 soldats, tandis que c'est à peine si le terrain qu'elle a occupé au dernier moment permettait d'en loger la moitié, même en supposant une seconde ligne.

De l'aveu de la Relation officielle allemande^ les brigades, régiments et bataillons allemands étaient confondus sur une ligne plus ou moins épaisse de tirailleurs qu'appuyaient, de loin en loin, quelques bataiUojis encore organisés.

D'où vient l'énorme différence, à la fin de la bataille, entre le nombre des soldats allemands en état de combattre et celui des fantassins réellement engagés?

Un colonel (1) d'infanterie prussienne va nous l'apprendre.

L'auteur soutient la thèse suivante : Tordre dispersé convient aux soldats de race latine et ne donne pas de bons résultats avec les soldats allemands « que le désordre désoriente <( complètement et que le manque de chefs bouleverse ».

C'est aussi notre opinion, corroborée, du reste, par les combats dans le Nieder-Wald et dans le bois de Frœschwiller.

Le colonel prussien raconte son arrivée sur le terrain de la

première bataille à laquelle il a assisté en France, étant capitaine et chef de compagnie. A certains détails du récit, on

devine qu'il s'agit de Frœschwiller,

« Nous n'apparûmes que très tard (l'auteur devait appar-

« tenir au 3^ bataillon du 88® ou au 82®, du XP corps) et nous

« traversâmes le champ de bataille à l'endroit où le combat

(I) Song^ iTùnt nuit d^été, raconté par un Vieux Fantassin.

« avait été jusque-là le plus violent (vallon d'Elsasshausen, « environs du Calvaire). Quel coup d'oeil! J'étais depuis longce temps habitué à la vue des morts, aux gémissements des (c estropiés et des blessés, mais je n'avais jamais vu un spec- « tacle pareil à celui qui s'offrit à moi. La campagne était « comme semée de soldats qui s'étaient défilés et qui ne pre- « naient pas part au combat. On aurait pu en former des « bataillons; d'un regard, on en embrassait des centaines. « Les uns étaient étendus par terre, le fusil dirigé en avant, « comme une ligne de tirailleurs attendant d'un moment à « l'autre le retour de l'ennemi. Il était évident qu'ils étaient <c restés couchés pendant que leurs camarades plus braves se « portaient en avant. D'autres étaient tapis dans les sillons « comme des lièvres. Plusieurs s'étaient réunis dans les en- « droits abrités par un buisson et un trou et s'y étaient corn- « modément installés. Tous avaient l'air indifférent; il leur « semblait suffisant que nous fussions d'un autre corps « d'armée pour nous regarder avec la plus grande indiffé- « rence. J'entends crier : En voilà encore qui veulent se faire (( tuer.

« Pendant que nous avancions, quelques balles sifQant

<( à nos oreilles, nous vîmes six hommes accroupis l'un der- « rière l'autre derrière un arbre ; l'arbre n'était pas assez gros « pour cacher un homme; le sixième était un sous-officier; « tout près de l'arbre, il y avait un pli de terrain dans lequel « ces six hommes auraient trouvé un abri. »

Dans notre armée comme dans l'armée prussienne, le défilement en grande bande a été pratiqué en quelques endroits et à certains moments de la bataille.

Les officiers français qui ont eu à traverser plusieurs fois le bois de Frœschwiller, dans l'après-midi, y ont rencontré nombre de soldats qui songeaient à toute autre chose qu'à se battre; mais, toute proportion gardée, il y a eu chez nous moins d'embusqués que dans l'armée allemande.

En résumé, le soldat occidental, si perfectionné qu'on l'ad-

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