CHAPITRE XIX
§ 1. — Combat d' arrière-garde organisé et dirigé
par le général Ducrot.
(Croquis n* 31.)
Lorsque le général Ducrot sut que les contre-attaques de la brigade Maire et de la brigade Wolff avaient échoué, il prit des dispositions pour protéger une retraite désormais inévitable.
Par son ordre, le 3* bataillon du 50* (2® division), le seul intact de ce régiment, alla se déployer sur la lisière orientale du Gross-Wald, au sud de la route de Reichshoffen, face à la partie méridionale de Frœschwiller. En même temps (3 h. 1/2) le 1*' zouaves et les deux bataillons disponibles (1) du 45« (brigade du Houlbec) furent retirés du combat contre les Bavarois et amenés au sud-ouest de Frœschwiller (4 h. 1/2).
Le 3® bataillon du 1*' zouaves, en bataille, ayant derrière chacune de ses ailes un bataillon du 45*, en colonne serrée, laisse Frœschwiller à sa gauche et avance dans la direc^ tion d'Ëlsasshausen, pendant que les 1*' et 2* bataillons du 1*' zouaves forment, avec le 3* bataillon du 50*| un échelon de repli sur la lisière est du Gross-Wald.
- - -- (i) Le i«' bataillon du 45* étoit détaché à Jâgerlhal.
420 !!• PABTIE. — CHAPITRE XIX.
Les trois bataillons envoyés sur Elsasshausen atteignent la crête au sud de Frœschwiller, mais, une fois là, ils sont assaillis par un tel ouragan de fer et de plomb, que les deux bataillons du 45* cherchent vainement à se déployer, se rompent et s'enfuient, laissant au 3* bataillon du 1*' zouaves la lourde tâche de contenir Fennemi.
Les trois batteries (dont une de mitrailleuses) de la division Ducrot s'étaient établies, sur ces entrefaites, entre le Gross- Wald et Frœschwiller. Elles soutinrent efficacement la retraite de notre infanterie, et l'une d'elles (?• du 6*) continua son tir jusqu'à ce que les tirailleurs ennemis fussent dans la batterie; alors seulement, servants et conducteurs se réfugièrent dans la forêt, laissant en position les six pièces et leurs avant-trains.
Atteint de deux blessures et à la recherche d'un poste de secours, nous nous sommes joint au 3® bataillon du 1^' zouaves pendant sa marche rétrograde sur le Gross-Wald.
Ce bataillon formait une chaîne épaisse tirant sans rélâche à moins de 200 mètres, sur une chaîne prussienne également très dense qui avançait en exécutant un feu des plus violents.
Les zouaves chargeaient leurs armes en courant, s'arrêtaient pour faire feu, chargeaient de nouveau, à la course, tiraient encore, après avoir fait demi-tour, et, superbes de vaillance, continuaient ainsi, enveloppés d'un épais nuage de poussière et de fumée !
Pendant la retraite du 3® bataillon du 1®' zouaves sur le Gross-Wald, le général Ducrot envoya le 2« bataillon du même régiment au nord-est de ReichshofFen, entre ce bourg et le Gross-Wald, en deuxième échelon de repli.
La lisière est du Gross-Wald fut défendue pendant quelque temps, puis les débris de la brigade du Houlbec s'écoulèrent vers Niederbronn, à travers bois.
En majeure partie, la retraite de l'armée française s'était
effectuée par la route de Frœschwiller à Reichshoffen ; de là, les groupes et les isolés gagnèrent Niederbronn et allèrent, les uns, à Saveme, par Bouxwiller, les autres, à Bitche. Le plus grand nombre prirent la route de Saverne, marchèrent toute la nuit et atteignirent cette ville, le 7 août avant midi. Quelques centaines d'hommes appartenant en majorité à la division de Lartigue firent leur retraite par Gundershoffen, gagnèrent Haguenau, puis Strasbourg, et contribuèrent à la défense de la capitale de l'Alsace .
Les derniers efforts de la résistance se produisirent sur la hauteur au nord-est de Reichshoffen, où le 2* bataillon du !«' zouaves, rejoint par quelques débris de la brigade Wolff, protégea par son feu Técoulement de l'infanterie et de l'artillerie à travers la grande rue du bourg.
La division Guyot de Lespart (V* corps), déployée au nord et au sud de Niederbronn , offrit à l'armée battue une protection passagère. Cette division se mit elle-même en retraite, vers 7 heures du soir, moitié sur Saverne, moitié sur Bitche.
Commentaires.
Les derniers moments de la lutte à l'ouest de Frœschwiller, en vue de couvrir la retraite et d'arrêter la poursuite des Allemands, ne furent pas sans mérite.
Le fait de placer un bataillon du 45*, en colonne serrée par division, derrière chaque aile du 3* bataillon du 1*' zouaves déployé en bataille pour exécuter une contre-attaque destinée à protéger la retraite du 1*' corps d'armée, constituait un véritable anachronisme tactique.
Ce dispositif, excellent à l'époque des guerres de la République et de l'Empire, présentait, sous le feu de l'artillerie et de l'infanterie modernes, le plus grave danger.
La punition de la faute ne se fit pas attendre.
Les deux bataillons du 45* furent dispersés par les balles et
les obus, tourbilloimèrent et disparurent, tandis que le 3* bataillon du 1*' zouaves put faire bonne contenance, grâce à sa formation mince.
Les actions offensives, si nombreuses de part et d'autre en cette journée, montrent, toutes, que devant des feux violents d'artillerie et de mousqueterie, il ne faut, en première ligne, que des troupes sur un ou deux rangs. Les soutiens doivent suivre en petites colonnes ou en ligne déployée à une distance telle que le feu dirigé sur la première ligne ne leur cause pas de grosses pertes. En fait, le feu du chassepot avait des effets si destructeurs que les colonnes de compagnie prussiennes coururent se fondre sur la chatne toutes les fois que, placées en soutien et à faible distance, elles ne trouvèrent pas à s'abriter.
Les constatations de ce genre doivent nous servir de leçon pour le choix des formations à prendre.
Si le dispositif des bataillons du 45® en colonne serrée, immédiatement derrière une ligne de bataille, était vicieux, par contre, on ne peut qu'approuver la formation, à la brigade du Houlbec, d'un premier repli sur la lisière orientale du Grosser-Wald au moyen de deux bataillons (1*^' du 1«' zouaves et 3* bataillon du 50®), puis celle d'un second repli, avec l'aide du 2* bataillon du !•' zouaves, au nord-est de Reichshoffen. C'est bien ainsi qu'une retraite peut être soutenue, et non par des échelons rapprochés qui se tirent les uns sur les autres ou sont entraînés, dans un moment difficile, à fuir tous ensemble.
La façon dont les zouaves du 3* bataillon du l*"^ régiment exécutèrent leur retraite, en terrain plat et nu, mérite de fixer l'attention. Une troupe excellente reculera ainsi, en couvrant l'ennemi de balles, et celui-ci se verra alors obligé de modérer sa marche pour riposter.
Nous admirons sans réserve la batterie française qui a tiré jusque dans la figure des tirailleurs prussiens, préférant
abandonner ses canons que de perdre l'occasion d'utiliser une boite à mitraille.
L'amour-propre attaché à la conservation des pièces doit faire place à un sentiment mieux raisonné, plus conforme aux exigences de la guerre; car, si, à certains moments, une pièce équivaut à un bataillon, il en est d'autres où elle ne vaut pas la peau d'un cheval.
D'une façon générale, on a pu constater qu'à Frœschwiller, pendant que l'infanterie française combattait en ordre linéaire, l'artillerie française, elle, employait l'ordre dispersé.
Chaque batterie, sauf à la réserve générale, agit, en effet, pour son propre compte, prenant position ici ou là, rompant
le combat à tel moment pour le reprendre à tel autre, se dérobant à tout instant, opérant enfin comme le ferait aujourd'hui une infanterie d'avant-garde très manœuvrière.
Nous ne faisons pas un reproche à notre artillerie d'avoir agi par batteries ou même par sections. Les idées françaises de l'époque le voulaient ainsi, et puis, devant l'écrasante supériorité de l'artillerie prussienne, on a fait comme on a pu.
§ 2. — Détachement de poursuite fourni par la 3^ brigade
wurtember geoise .
{Croquis n» 32.)
On se rappelle que la 3® brigade wurtembergeoise, accompagnée de deux escadrons et de cinq batteries, avait été la seule à pouvoir exécuter l'ordre du général en chef, daté de 1 heure, enjoignant à tout le corps Werder de venir à Wœrth par Dieffenbach.
Lorsque cette brigade déboucha du bois Kreuzhecke, vers 3 h. 1/2, le général de Blumenthal, revenu de ses angoisses, donna contre-ordre et fit partir en toute diligence les deux escadrons et les cinq batteries wurtembergeoises pour Gunstett et Reichshoffen. L'infanterie suivît le mouvement. En
424 n« PARTIE. — CHAPITRE XIX.
examinant la carte, on voit qu'il y a au moins quatorze kilomètres du débouché nord-ouest du bois Kreuzhecke à ReichshofiPen par Gunstett; de plus, le chemin est montueux, étroit et sinueux. Il ne fallait pas espérer que Tinfanterie de la 3e brigade wurtembergeoise pût arriver en temps utile sur la ligne de retraite de l'armée française; en fait, cette brigade n'a pas dépassé le hameau de Ëngelshof, situé un peu à l'ouest d'Eberbach.
Les dçux escadrons et les cinq batteries, attachés précédemment à la 3* brigade wurtembergeoise, prirent le trot et parvinrent, entre 4 et 5 heures, aux environs d'Eberbach; mais les batteries, n^osant pénétrer dans le Gross-Wald à la suite des deux escadrons, s'arrêtèrent et prirent position sur le plateau de Lansberg.
Les deux escadrons continueront donc, seuls, dans la direction de Reichshoffen.
En même temps qu'il dirigeait sur Gunstett et Reichshoffen la cavalerie et l'artillerie de la 3® brigade wurtembergeoise, le général de Blumenthal faisait inviter les troupes de cavalerie, qui seraient rencontrées à proximité de Gunstett, à marcher vivement sur les derrières de l'armée ennemie, en contournant son aile droite.
§ 3. — Détachement de poursuite formé du 14® hussards
et d'un escadron du 14^ dragons.
{Croquis n? 32.)
Le 14® hussards (1), suivi du 4® escadron du 14* dragons (2), se mit donc en devoir de suivre les escadrons et les batteries
(1) Le i4* hussards (21* dÎTision] était depuis le matin en position d'attente à Test du mamelon de Gunstett.
(2) Le 4* escadron du 14* dragons (10* division) était depuis la yeille aux avant-postes du Y* corps près de Gunstett.
wurtembergeois appîvant au trot d'Oberdorf ; mais au lieu de prendre par Schîrlenhof, les escadrons prussiens allèrent directement à l'ouest, sur GundershofFen par Engelshof. Le colonel de Bemuth qui les commandait requit, en passant, une des cinq batteries wurtembergeoises arrêtées au plateau de Lansberg.
§ 4. — Poursuite effectuée par le 32e d'infanterie
avec le 13^ hussards.
Le 13® hussards prussien (1) s'était joint, par ordre du général de Schkopp, aux deux bataillons disponibles du 32* d'infanterie, lequel, après avoir repoussé les dernières fractions de la division de Lartigue au delà (ouest) de Schirlenhof, pénétra dans le Gross-Wald et se dirigea, en côtoyant lentement la lisière occidentale du bois, jusqu'à la route de Frœschwiller à ReichshofTen, qu'il barra complètement vers 5 h. 1/2.
§ 5. — Détachement de poursuite constitué par cinq escadrons de la réserve de cavalerie wurtembergeoise.
(Croquis n« 32.)
On n'a pas oublié les cinq escadrons de la réserve de cavalerie wurtembergeoise avec une batterie, mis à la disposition du général de Bose par le général Werder dès 11 heures du matin. Cette réserve, après avoir traversé la Sauer sur le pont de Gunstett, entre 2 et 3 heures, se dirigea, par Eberbach, sur Reichshoffen. En passant à Lansberg, elle ramassa un groupe de 300 à 400 zouaves et en confia la garde à un escadron.
(1) Le 13" hussards moins un escadron (i2* division) avait accompagné le général de Schkopp à Morsbronn.
§ 6. — Résultats obtenus par les éléments de poursuite
détachés de l'aile gauche allemande.
(Croquis n» 32.)
En résumé, douze escadrons, dont cinq prussiens, et deux batteries wurtembergeoises allaient agir sur les derrières de l'armée française* C'était peu en comparaison du nombre considérable d'escadrons figurant à l'effectif de la III® armée.
Ces douze escadrons formèrent trois groupes, savoir :
1^ Le groupe de la réserve de cavalerie wurtembergeoise (S escadrons), lancée la première sur Reichshoffen avec une batterie ;
2^ Le groupe des deux escadrons de la 3® brigade wurtembergeoise, engagés dans la même direction ;
3® Le groupe des cinq escadrons prussiens escortés d'une batterie v^rurtembergeoise, en marche sur Gundershoffen.
Commençons par le premier groupe.
Les cinq escadrons wurtembergeois de réserve traversent le Gross-Wald, puis se déploient à la lisière nord pendant que la batterie tire sur la route de Frœschwiller à Reichshoffen, couverte de fuyards.
Les deux escadrons provenant de la 3® brigade wurtembergeoise (2® groupe) ont continué vers l'ouest jusqu'aux Forges, puis se sont rabattus, au nord, sur Reichshoffen.
Les 1®' et 2® groupes s'entendent pour pénétrer dans Reichshoffen, au moment où le bourg ne contient plus que des blessés et des soldats isolés, et y font prisonniers deux officiers et 107 hommes.
Ils continuent avec précaution sur Niederbronn, puis, se voyant en butte aux feux des tirailleurs et de l'artillerie de la division Lespart, ils rétrogradent, un peu avant 7 heures, et vont installer leurs bivouacs auprès de Reichshoffen.
Le groupe des escadrons prussiens ne put forcer Gunders-
hoffen, qu'occupaient des soldats de la division de Lartigue, mais il s'empara d'une partie du convoi de cette division, sur la route de Strasbourg, entre Reichshoffen et GundershofTen, à hauteur des Forges. Ensuite, après avoir fait canonner, par la batterie qui l'accompagnait, les groupes ennemis en vue, le chef des escadrons prussiens ramena ceux-ci en arrière, à Eberbach, pour y passer la nuit.
Voilà des opérations de cavalerie qui ne semblent avoir de la poursuite que le nom. Il y a loin de la conduite de ces cavaliers à celle des cavaliers français, le soir du 14 octobre 1806, et des cavaliers prussiens après Waterloo.
Nous verrons un peu plus loin que la poursuite des Bavarois, à l'aile droite allemande, a été plus timide encore; mais avant de la décrire, nous ne pouvons laisser passer inaperçus deux passages du Récit officiel allemand^ relatifs aux exploits de la cavalerie wurtembergeoise :
1® « Bien que cette localité (Reichshoffen) fût barricadée et « occupée par l'ennemi, la cavalerie wurtembergeoise n'hésite « pas à l'aborder le sabre au poing. Traversant les barri- « cades (?) qui ferment l'entrée sud, elle pénètre dans l'inté- « rieur de la ville, où tout se rend sans résistance, »
Nous avons dit plus haut que, suivant V Historique officiel prussien^ le nombre de prisonniers faits à Reichshoffen par la cavalerie wurtembergeoise fut de 2 officiers et de 107 hommes;
2® « Au sud -est, le 4® escadron du 4« régiment de cavalerie « venait de se jeter dans le parc du château de Reichshoffen « (appartenant au comte de Leusse) quand il fut arrêté par la t< rupture d'un pont. Le lieutenant Kurr, devançant sa troupe, « pousse droit sur le château, où il fait prisonnier le général « de brigade Nicolaï^ de la division Conseil-Dumesnil, avec « son état-major, »
Il faut savoir que le général Nicolaï, sérieusement malade, était alité depuis la veille et que son état-major se composait d'un officier d'ordonnance.
§ 7. — Détachements de poursiiite fournis par l'aile droite
allemande.
Passons maintenant à Faile droite allemande chargée, elle aussi, de la poursuite.
Après l'échec suhi, dans la matinée, par la division havaroise de Bothmer, le commandant du IP corps bavarois, général de Hartmann, avait envoyé Tordre, vers 11 heures, à la 3* division bavaroise, alors en observation à Lembach, d'envoyer à Langensoultzbach une brigade d'infanterie et le gros de la brigade de cavalerie.
Ces troupes arrivèrent, près et au nord de Langensoultzbach, entre 2 h. 1/2 et 3 heures.
Le général de Blumenthal, quand il vit la tournure favorable que prenaient les événements au XP corps, envoya au général de Hartmann un ofQcier pour lui prescrire de déborder l'aile gauche française et d'appuyer vers Reichshoffen.
Cet avis parvint au commandant du IP bavarois un peu avant 3 heures, au moment où la 5« brigade, suivie de la cavalerie de corps avec sa batterie à cheval, atteignait Langensoultzbach.
Ordre fut donné à ces troupes de marcher sur Reichshoflfen par Neehwiller.
Elles s'avancèrent lentement sans rencontrer la moindre résistance jusqu'à ce village abandonné par nous, et s'y rassemblèrent, n'osant pousser plus loin parce qu'on se battait encore au sud.
Un bataillon fut envoyé de là sur Frœschwiller.
Lorsque le combat eut pris fin à Frœschwiller, le général de Schleick, chef de la 5® brigade, laissa à Neehwiller la cavalerie, la batterie à cheval et un bataillon, puis continua avec le gros de la brigade dans la direction de Reichshoffen par le chemin qui passe sur la rive droite du Schwarzbach un peu au sud des forges de Rauschenwald.
A partir de ce moment (5 h. 1/2), la brigade de Schleick agit avec rincohérence et la pusillanimité qui caractérisent les opérations bavaroises ce jour-là.
Dès que quelques coups de fusil éclatent dans le bois, on détache une compagnie, voire même un bataillon, pour fouiller le couvert en tous sens.
Le général de Schleick dissémine sa brigade de telle sorte qu'il atteint Niederbronn, à 7 h. 1/2 seulement, avec deux bataillons et deux batteries.
Dans rintervalle (6 heures) un bataillon et deux escadrons avaient occupé la gare et le bourg de Reichshoffen.
Les Bavarois ne pénétrèrent dans Niederbronn qu'après le départ de la division de Lcspart; ils y furent rejoints par deux bataillons de la 4* division bavaroise (1®' et 2® bataillons du 5® régiment), un régiment de cavalerie et une batterie.
Leurs avant-postes furent placés sur les trois routes de Saveme, de Bitche et de Jaegerthal.
Ou lit dans la Relation officielle allemande^ à propos de l'occupation de Reichshoffen par l'infanterie bavaroise :
« Dans l'intérieur de la ville (ReichshofiFen), on capturait « 1300 Français blessés et non blessés, »
Comment concilier cette phrase avec celle, reproduite plus haut, où il est dit que la cavalerie wurtembergeoise avait fait prisonnier, à Reichshoffen, tout ce qui s'y trouvait?
.§ 8. — Passivité de la 4^ division de cavalerie prussiemie.
Et la 4® division de cavalerie, pourquoi n'était-elle pas, la première, à poursuivre l'ennemi battu?
Un auteur allemand (1) donne l'explication suivante :
« Le prince Albert (commandant la 4* division de cavalerie)
(1) Voir, dans la Revue de Cavalerie, les articles ayant pour titre : La Cavalerie allemande.
« voulait réunir sa division à Surbourg (le 5 au soir) pour se « porter, dès le matin du 6, vers Biblisheim, sur un terrain « déjà reconnu, afin de se tenir prêt à intervenir efficacement « en cas de rencontre. Mais il reçut du grand quartier général « Tordre d'aller bivouaquer en arrière des lignes d'infanterie, « à Schœnenbourg et Hunspach ou la 4® division resta immo- « bilisée pendant toute la journée du 6, n'osant marcher au (( canon de sa propre inùiative, parce que ses instructions « semblaient lui attribuer le rôle néfaste de réserve de cava- <( lerie. Mackensen donne de ce fait l'explication suivante : les « officiers d'ordonnance envoyés par le prince Albert pen- « dant la bataille pour faire lever la consigne qui retenait la « division dans ses bivouacs, en seconde ligne, ne trouvèrent « pas à qui parler^ et c'est le soir seulement qu'arriva l'ordre « de se porter en avant. »
Pour nous, la véritable cause du maintien de la 4® division de cavalerie à 14 kilomètres en arrière du champ de bataille résidé dans l'incertitude prolongée du commandant en chef de l'armée allemande au sujet de la tournure que prendraient les événements.
A 6 heures du soir seulement, la 4® division de cavalerie eut l'ordre de venir à Gimstett, et elle n'y arriva qu'à 10 heures du soir.
L'histoire des officiers d'ordonnance du prince Albert ne trouvant pas à qui parler ne supporte pas l'examen.
Le haut commandement prussien se rendait compte des difficultés que présentait le terrain pour l'emploi d'une grande masse de cavalerie pendant la bataille et il savait que devant une infanterie vigoureuse et armée comme était la nôtre la cavalerie n'aurait pas beau jeu.
Mais la 4« division de cavalerie aurait dû être, tout au moins, rapprochée du champ de bataille, en arrière de l'aile gauche de l'armée allemande, afin de pouvoir, en cas de succès, franchir rapidement la Sauer et compléter la victoire.
§ 9. — Pseudo-poursuite exécutée, le 7 août, par la 4^ division de cavalerie.
Le prince Albert trouva, en arrivant à Gunstett, des instructions du commandant en chef lui enjoignant de poursuivre Fennemi, le 7, dès la pointe du jour, sur les routes de Saverne et de Bitche.
Après un repos de trois heures, la 4® division se remet en marche, arrive dans la matinée du 7 à Niederbronn, où elle s'adjoint la brigade de cuirassiers bavarois arrivant de Lampertsloch, et continue sur Bouxwiller, guidée, en quelque sorte, par les débris d'armes et d'équipements semés sur la route.
La division s'arrête à Bouxwiller de 11 heures du matin à 5 heures du soir.
Elle va ensuite jusqu'à Steinbourg, qu'elle atteint entre 8 et 9 heures du soir.
Des traînards français réunis à Steinbourg tirèrent sur la tête de colonne de la cavalerie allemande et firent croire, par leur attitude, à des forces importantes. Le prince Albert prit peur et ramena pendant la nuit ses trente escadrons et ses trois batteries à BouxwHler.
Le contact perdu, le 6 au soir, par la cavalerie de sûreté et repris non sans peine, le 7, à Steinbourg, était de nouveau perdu, et cette fois, pour longtemps»
L'état-major allemand ne connaîtra les mouvements de l'armée d'Alsace, devenue armée de Ghâlons, que par des articles de journaux, et c'est le 26 août seulement, vingt jours après la bataille de Frœschwiller, que la cavalerie allemande retrouvera, pour ne plus le quitter, le contact de l'ennemi»