TRADUCTION DE BOÈCE
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Charles d'Orléans.
Le catalogue de la Bibliothèque de Bourgogne renferme sous le n" 10474 la mention suivante : Boèce, par Charles d'Orléans. Le manuscrit auquel elle se rapporte, offre beaucoup d'analogie avec celui de la Court de May, copié, croyons-nous, en Angleterre, pour Marguerite d'York. L'origine de ce manuscrit est probablement la même. L'on y trouve de plus quelques miniatures ornées de margfwm/es, et la transmission de ce volume s'explique fort bien par le séjour que 6t à Malinesla veuve du dernier duc de Bourgogne. Une main assez récente y a en effet tracé ces mots : Hospitii Mechliniensis Carmelitarum discaicea" torum.
Cette traduction de Boèce est une élégante paraphrase du texte latin : elle ne comprend pas moins de cinq mille vers, et le traducteur y a ajouté deux prologues, l'un au commencement de l'ouvrage, l'autre avant le cinquième livre.
Les circonstances mêmes au milieu desquelles ces vers furent écrits, leur donnent plus de charme et d'intérêt. Charles d'Orléans, captif au château de Bolingbroke, venait d'apprendre la triste fin de Charles VI , abandonné à sa dernière heure de ceux-là mêmes qui devaient tout à sa faiblesse. Tandis que des hérauts anglais escortaient ses restes jusqu'aux caveaux de Saint-Denis, un moine de cette abbaye, associée à toutes les grandeurs comme à tous les deuils de la monarchie, enlevait secrètement la couronne et allait la poser sur le front du dauphin de Viennois ; mais Charles VII n'est encore que le roi de Bour-
ges. Chaque jour, nouveaux revers et nouvelles épreuves. II a autant besoin de consolation que son cousin prisonnier : c'est pourquoi Charles d'Orléans lui offre le traité de Boèce, où il a trouvé lui-même d\itiles conseils.
Vous toas qai ce IWre lires, S'ay failly, TeuUiei m'escuser ; Le grain de la paille eslirés, Et le prendez pour vostre user...
J'ay de cuer et de corps apresté Es mettre translater, affin Que Charte roy, qui a esté Souef nourry, nommé daulphin, En sa nouTcUe magesté.
Ne soit à couroux trop enclin, Quant voit son peuple molesté, Pour ce que mon cuer si désire QuUl règne en santé et en joye, QuMl se déduye et qu'il respire, Son penser, quant il lui anoye, Nérancoliant, et souspire Des nouvelles quelconques qu'il oye :
Dont point ne veulle despire De ce présent que luy envoyé.
Priucipallement ay fait pour luy, Et pour tous mes amis de France, Qui sont prins, desrobé et banny :
Tout convertissent en penance, En leur purgatoire aussy.
Comme Boèce, qu'en grant puissance Fortune mist et enrichy, Mais puis li fist grief muance.
Cette traduction fut donc composée vers 4 422 ou 1423, et c'est probablement le même ouvrage que Gui de Rochechouart désignait ainsi dans l'inventaire des livres du duc d'Orléans, fait en 1427.
« Le livre de Boèce, de Consolation, neuf, historié, oscript en « françois, rimé. »