‹ Frontenac et ses amis; étude historiqueChapitre 8 sur 36 · Z FRONTENAC · texte numérisé non relu

Z FRONTENAC

le soutenir contre ses rivaux, qui tous se confondent avec ses détracteurs, des amis sûrs et bien en place : le duc du Lude, grand maître {Je l'artillerie, le maréchal de Bellefonds, le marquis de Seignelay, le grand Louvois, et luilt quanti. " Mais de tous ceux-là, écrit M. Henri " Lorin, madame de Frontenac fut la plus active. Elle " était en correspondance régulière avec le comte, et c'est ** un malheur que nous n'ayons pu retrouver ses lettres " qui devaient être riches de détails curieux et ihstruc- " tifs ; elle usa de toute son influence, de toutes ses rela- *' tions pour faire prolonger le gouvernement de son '' mari. " (i)

Que penser maintenant de la véracité historique de messieurs Saint-Simon, Tallemant des Réaux et consorts, venant nous dire que des amis dévoués, *' heureux de le dépêtrer de sa femme, " firent nommer Frontenac au gouvernement du Canada, quand il appert que le premier de ces bons amis par l'intelligence, le zèle et l'activité politique est la femme même du lieutenant-général ?

Mais n'anticipons pas ; dans l'ordre de tout bon plaidoyer, les conclusions suivent la preuve faite à l'enquête.

Les affaires de la Nouvelle-France allant de mal en pis, Louis XIV se détermina à révoquer Denonville. Mais auparavant, il fallait lui trouver un successeur, un homme d'initiative et d'énergie, qui fût à la fois diplomate, militaire et bon administrateur.

Depuis son rappel (1682) Frontenac avait toujours

(i) Cf : Lorin, Le Comte de Frontenac, page 28.

Au cours d'une conférence donnée à l'Institut Canadien de Québec, le 9 mars 1880, M. T. P. Bédard disait : " J'ai été assez heureux pour constater d'une manière irréfutable qu'un mémoire déposé aux archives du Ministère des Affaires Etrangères à Paris et intitulé : Défense du comte de Frontenac par un 'de ses amis, est rédigé par la comtesse elle-même. "

Cf : Annuaire de l'Institut Canadien de Québec— année ,1880 page 43.

Malgré ce beau plaidoyer de la plus belle des femmes du royaume, Frontenac fut rappelé (1682). De la Barre lui succéda, puis, à son tour, fut remplacé par Denonville.

vécu à Versailles, pauvre et besoîgneux, n'ayant reçu pour toute faveur, en 1685, qu'une gratification de 3,500 livres. Il était l'hôte ordinaire du maréchal de Bellefonds. Il ne paraît pas qu'il fût très remarqué du Roi. Un hasard — salutem ex inimicis nostris — voulut que Louis XIV jeta les yeux sur lui. Et ce fut le voyage de Callières à Versailles qui provoqua cette bienheureuse entrevue.. Callières, qui possédait toute la confiance de Denonville, était le porteur des propositions du gouverneur-général Denonville à la Cour. Or Callières était lié avec les abbés Bemon et Renaudot, amis de Frontenac et de LaSalle. Ceux-ci, de leur côté, connaissaient fort bien le marquis de Seignelay. " De là, sans doute, ** écrit M. Lorin, la faveur royale alla pour la seconde " fois distinguer Frontenac " Un jour, dans une de ces fastueuses réunions qui avaient lieu à Versailles trois fois par semaine, Frontenac se trouva devant le roi. Louis XIV connaissait fort bien et le mérite et les fautes de l'ancien gouverneur, mais, vu l'état désespéré de la Nouvelle-France, il en était venu, les amis aidant, à la résolution de lui confier derechef l'administration du Canada* L'occasion était unique,' inestimable, et Frontenacj en habile homme, ne la laissa point échapper. Il se justifia des calomnies dont il avait été la victime, et le roi, " dont les paroles sont autant d^ oracles^ " lui répondit : " Je ** vons renvoie au Canada où je compte que vous me servi- " rez aussi bien que vous avez fait ci-devant ; je ne vous ** demande pas davantage. " Cette nomination vengeait Frontenac de ses ennemis et les perdait sans retour. Sa rentrée au pouvoir était pour eux l'écrasement final.

Or, Madame de Frontenac n'était pas demeurée inaclive, et, pendant les sept années de disgrâce, elle avait mis tont à contribution pour rétablir son mari dans la faveur du maître. Sans perdre un seul des influents amis qui avaient assuré, en 1672, le choix et la nomination de Frontenac comme gonvemeur du Canada, la séduisante comtesse en avait encore recruté de nouveaux. Elle agissait à di?tfanre, loin de la Cour, et son pouvoir masqué était d'autant plus fort qu'il semblait en apparence plus reculé

du théâtre de l'intrigue. On pourrait dire de Madame de Frontenac ce que Madame de Sévigné écrivait sur Madame de la Fayette : " Jamais femme, sans sortir de sa place, n'a fait d'aussi bonnes affaires. "

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