SCÈNE VU
CYst écrit ! — C’est bien là 1 — Je m'étonnais aussi Que ma mauvaise chance eût pu tourner ainsi!
— Le sort me souriait; — à présent, il me rase;
Je le reconnais bien, au coup dont il m’écrase!..
— Cet oracle a dit vrai! — le passé m’en répond!..
(Froisiant l'horoscope arec c itère.)
Et ré-ci-pro-que- ment! .. — Oh! — ceci me confond ! —
(Avec terreur.)
— .Ma vie est attachée à ce vieux cacochyme!..
A ce corps tout cassé! — Le souffle qui m’anime,
De là, doit s’exhaler, — un jour, — avec le sienl..
— Sa goutte, c’est ma goutte! — et son rhume est le mien ! Attelé, moi vivant, à ce mort! — Providence,
Tu me combles vraiment 1 — supplice de Mézenceü!
(Avec uu subit attemlrissement.)
— Ah ! l’auguste vieillard ! — moi, qui le houspillais !
— Coudoyais! — rudoyais! — saboulais! — bousculais!..
Qui le laissais, un mois, sans qu’il prît d’exercice!..
Moi qui, — quand il toussait, — lui mangeais sa réglisse!..
— Qui lui buvais son lait de poule! — et tant de fois L’ai laissé se coucher, sans feu, dans les grands froids! —
— Qui le faisais bràilier, après moi, comme un ;\ne! —
— Qui le laissais sortir, en ville, sans sa canne !..
Toujours, comme aujourd’hui! — Moi, qui souvent ai ri Des chutes qu’il faisait sur le dos! — Vieux chéri! ' I Quand tu sonnais, Frontin te disait : « Sonne, sonne!.. »
(Avec mélancolie.)
— Je commence à m’aimer, Géronte, en ta personne!..
— Ces jours que j’abrégeais, je les ai perdus, moi ! —
Mauvais cœur! — c’était moi que je tuais, en toi! —
(Avec une inquiétude croissante.)
— Mais j’y pense, à présent! — que fait-il, ce bon maître?
— Ah! qu’il tarde à rentrer! — Je souffre! — où peut-il être? 11 est, sans doute, allé visiter ses terrains,
Ses maçons. — S’il tombait, et me cassait... ses reins!
Ou, si quelque muraille, à peine terminée.
Me roulait sur... son corps! — si quelque cheminée.
Tout à coup, me tombait sur... sa tète! — Oh! tourment!
Je le vois, sur le sol, mourant... En ce-moment...
— Et puis je meurs! —
(il chancelle.)
Ma vue, à ce tableau, se trouble f Créature sacrée I — ù mon frère! — ô mon double!
Près du pauvre Fronlin, reviendras-tu jamais?..
GE HONTE, au dehors, avec empressement.
— Froutin! — je veux le voirl — Frontin!..
FRONTIN, avec joie.
— Ali! je renais!..
Sa douce voix m’appelle!., il revient!., il remonte...
Le perron !
(il remet l'horoscope dans la poche de la rob* de chambre, et se met à la brosser, tranquillement.)