SCÈNE VIH
FR0N TIN
— Ah! Monsieur!
GÉRONTE, même jeu.
— Viens, serviteur modèle!..
FRONTIN, se résignant.
— Prenons notre courage à deux lèvres...
GÉRONTE
— Viens !..
FRONTIN, au moment du sacrifice, à pari.
— Pouh ! —
Je ne pourrai jamais embrasser ce vieux loup !
Cette face ridée !..
(Au moment d'embrasser Géronte, il s’arrête.)
— O maître! — non! — je n’ose!..
G ÉRONT E , se précipitant sur la joue de Frontin et la baisant sans que Frontin puisse s’en défendre.
— Alors, ce sera moi qui cueillerai ta rose ! —
Coquette!..
FRONTIN , lui échappant.
— Holà! monsieur Géronte, et ma vertu!..
GÉRONTE, tout chancelant, avec sentiment.
— Je me sens rajeunir... auprès de toi... vois-tu !..
FRONTIN, à part, avec désespoir.
— Moi, vieillir de trente ans!..
— Autrefois I
GÉRONTE, familier.
— J’étais un joyeux drille...
(il tousse un peu.)
FRONTIN, à part.
— Vieux poussif!
(Haut.)
s — Monsieur, si j’étais fille,
Vrai, j’aurais peur de vous!..
GÉRONTE, familier.
— Je suis encor gaillard !..
FRONTIN, lui tapant sur le ventre avec la familiarité des farceurs.
— Vous me scandalisez! — Taisez-vous, vieux paillard!..
GERONTE, de même, le poussant du coude.
— Tout comme toi, — malgré ma tète qui grisonne,
On saurait bien encor payer de sa personne;
En mainte occasion, se montrer bravement,
Et, qui plus est, mon cher, s’en tirer galamment!..
(Il va s'asseoir dans sa ganache, en toussant encore.) FRONTIN, à part, le regardant avec pitié.
— Il ne lui manquait plus que courir l’aventure! —
Les vices impuissants sont peints , sur sa figure;
Son visage s'empourpre et son œil se ternit...
— Il me paraît plus vieux, depuis qu’il rajeunit! —
(Céronte est pris d’un accès de toux formidable. — L’écoutant tousser.)
— C’est moi qui tousse ainsi 1 — cet homme m’assassine! Chaque accès de sa toux me brise la poitrine !..
t; ÉHONTÉ, à Frontin, entre deux accès de toux.
— Ta vue est saine et bonne à mon cœur!..
FRONTIN, à lui-même.
— Dans le dos
J’ai des frissons! — Je vois... un suisse !.. des bedeaux!.. Des cierges!., des amis, qui vont, suivant ma bière!..
— On m’emporte au grand trou commun du cimetière...
La terre et les cailloux roulent sur mon cercueil...
Frontin, prépare un crêpe à ton chapeau de deuil! —
Car ta mort, — cette année, — ô mon fils, est certaine!..
GÉRONTE, regardaut toujours Froutin avec joie.
— Je n'ai que cinquante ans! — j’atteindrai la centaine!
(il tousse.)
— Ah! vraiment, du destin je suis favorisé!..
(Nouvel accès de toux de Géronte.)
FRONTIN, frissounant.
— Brrroul — je me sens glacé! — tout cadavérisél..
(Allant à Géronte avec sollicitude.)
— Vous aurez gagné froid, dans votre promenade!
(Avec reproche.)
— Vous n’avez pas encor mangé votre panade ?
— Voulez-vous un bouillon? — Quittez donc vos souliers!..
— Et votre habit!..
(Il lui passe sa robe de chambre.)
— Prenez cette robe! — A vos pieds, Mcttez-moi, promptement, vos pantoufles!..
(il lui met ses pantoufles.)
— Peut-être
Souffrez-vous ?