SCÈNE IX
GÉRONTE, seul, dans sa ganache.
— Quel changement de ton, — d’allures, — de langage! Est-ce bien là Frontin? — Ouais! — Saurait-il? —Comment? C'est impossible I — à moins... Eh! — c est mon changement A moi, Géronte, aussi, qui l’a changé lui-même!..
— C’est si simple d’aimer le maître qui vous aime! —
Oui j je le brusquais trop! — ce bon Frontin 1 — tantôt,
Je l’ai chassé, je crois! — j’attends même un rustaud
Qui doit le remplacer...
(Se levant.)
— Le remplacer! — Quel homme Peut remplacer Frontin? — Quel. est-il? — Qu’on le nomme!
(Pause.)
— Oui dût-il m’en coûter la moitié de mon bien,
11 faut que Frontin vive, et longtemps, et très-bien !..
— Mon intérêt le veutl —
(Réfléchissant.)
— Or çà, que dois-je faire? — Est-il bon que Frontin soit instruit du mystère?
— Vaut-il mieux qu’il l’ignore?..
(Pause.)
— Ah 1 certes, s’il savait Que sa vie est ma vie, à coup sûr, il prendrait Son infime existence en bien plus haute estime!
11 verrait à ses jours, — alors, — un but sublime!..
Et lui, — l’homme de rien, — qui n’avait pas compris
La valeur de sa vie, eu saurait tout le prix ;
Puisque le ciel n’avait qu’un but, en lin de compte.
En créant un Frontin : — faire vivre un Gérante! . .
(Pause.)
— Mais, son âme est vulgaire; — il pourrait s’attrister !
Et puis, s’il savait tout... il voudrait m’exploiter!
— Ne disons rien encor !..
(Axe e inquiétude. )
Que fait-il à la cave?
S’est-il cassé les reins, en tombant?..