SCÈNE III
Qui me font oublier tant de choses utiles!
(Serrant la lettré sur sa poitrine.)
— Oh! maître Armandias, — sublime observateur,
Tuits de science, — abîme, — astre, — esprit créateur,
Pour qui les cieux jaloux ne gardent plus de voiles,
(Après avoir baisé la lettre.)
Voyons ce que t’ont dit, sur mon sort, les étoiles?..
(il lit.)
«Seigneur Géronte, en examinant avec une scrupuleuse at- « lention et, à trois reprises, les astres qui écrivent sur l’azur « assombri du firmament, en lettres de feu, les destinées hu- « maines, j’ai trouvé, enfin, l’étoile qui entretient en vous la « flamme de la vie. — Sa lumière dorée vous promet une exis- « tence encore longue et heureuse, à moins que votre valet « Frontin qui, par une sympathie sidérique, a au ciel la même « étoile que vous, n’en éteigne la lumière, en se laissant mourir.
(Avec stupéfaction, en s'interrompant.)
— Frontin? — Je lis mal !
(il relit.)
Non I — C’est impossible ! — Mais, Pourtant, Armandias ne se trompe jamais!..
— C’est bien son grand cachet ! — C’est bien son écriture !.. Frontin et moi, liés ! — quelle étrange aventure!..
(il poursuit la lecture.)
« 11 est donc de la plus haute importance de le surveiller « avec attention, de le garder de débauches, d’excès de travail « ou de contrariété.
« Je vous envoie, ci-joint, deux anneaux constellés, préparés « d’après les hauts procédés magiques, qui éloigneront de vous « les causes de mort et que vous porterez tous les deux, en « signe d’alliance et de destinée commune; — car l’arrêt est « formel... Géronte doit mourir à la même heure que Frontin... « et réciproquement. « Vale in uno Deo, trino et uno.
« Armandias.»
(Avec foi et résignation en passant, à son doigt, les deux anneaux d'or.)
11 faut subir son destin ténébreux!..
(il reptoie la lettre et la remet, tristement, dans la poche de sa robe de • chambre. — Tout à coup, il s'écrie : )
— Je l’ai chassé d’ici! — Qu’ai-je fait, malheureux!..
(Appelant.)
— Holà! Frontin! liolà! — Mystère impénétrable!..
FRONTIN, de l'intérieur.
— Monsieur, je fais ma malle!..