LE COMTE, LA COMTESSE
LE COMTE, à part.
Mariette a raison... Si je n’avais pas revu la baronne...
(A la comtesse qui se dirigo du côté du boudoir.) Ma chere EVS...
LA CO MT ESSE, s’arrêtant.
Plaît-il ?
LE COMTE
La pluie a cessé. La Victoria est attelée. Vous plairailil de faire un tour au bois ?
LA COMTESSE
Impossible, mon ami, impossible!
LE COMTE
Vous attendez quelqu’un?
LA COMTESSB.
Ce n’est pas mon jour.
LE COMTE
Monsieur de Vertines, ne devait-il pas néanmoins?. . .
LA COMTESSE, T interrompant.
C’est un de vos amis?
LE COMTE
Nous sommes du même cercle.
LA COMTESSE
Il est fort aimable.
LE COMTE
Je ne trouve pas.
Le baron entr’ouvro la porte du fond et éeonte.
LA COMTESSE
Hier au soir, au bal de madame de Milia, il a été le seul qui ait cherché par son esprit à me distraire de mon abandon ; car, depuis notre retour à Paris, vous m’abandonnez un peu, mon cher Henry.
LE CtfMTE.
Moi?
LA COMTESSE
Vos écuries, le jour, votre cercle, le soir... Ah! Je m'ennuierais bien, si monsieur de Vertines...
LE COMTE, murmurant entra ses dents.
Hum ! hum !
LA COMTESSE
Vous toussez? Voulez-vous de ses caramels?
Elle lui offre des boubous.
Des caramels de qui?
THÉÂTRE DES GENS DU MONDE
LA COMTESSE
De monsieur de Vertines... Ils sont excellents
LE BARON, qui écoute toujours, & part.
Adorable!
LE COMTE, l’apercevant, à part.
Il écoute!... à merveille! ... (Haut.) Eh! bien, soit, madame, je dirai avec vous que monsieur de Vertines est fort aimable. Qu’importe, en effet, qu’il ait enlevé sa première danseuse, il y a trente ans ?
LA COMTESSE
C’est faux!
LE COMTE
Demandez plutôt à mon oncle Gontran, son camarade de collège et d’opéra... qui en était alors à sa première chanteuse. ^
LA COMTESSE
Qu’est-ce que cela prouverait?
Qu’ils ont gagné leur premier rhumatisme, le même hiver.
LA COMTESSE
Monsieur de Vertines n’a pas de rhumatismes.
LE COMTE
Pardon; il en a. Seulement, il les cache... Oh! c’est un grand artiste... Il connaît à fond l’art de rajeunir les surfaces.... Admirez ses favoris, ils sont tout blancs à la racine, c’est la nature... toutnoirs, un millimètre au-dessus, c’est la teinture.
LA COMTESSE, souriant.
C’est vrai I
LE BARON, à part, désolé.
Elle en convient!
LE COMTE, prenant snr la table la botte de bonbons.
Quant à ses caramels ! Ah ! ah 1 ah ! Ce pauvre baron ! . II aura donc toujours la manie des sucreries! L’oncle Gontran, il y a vingt-cinq ans, l’appelait déjà le monsieur aux caramels, (n eu m ongc.) Ah! pouah!... Ils sont détestables. .
• LE BARON, & part.
Je voudrais bien m'en aller.
LA COMTESSE, l’apercevant.
Ah ! ciel 1
LE COMTE
Quoi donc!
LA COMTESSE
Rien, mon ami.... rien!..
LE COMTE, allant h elle.
Ma chère Eva, je vous en supplie, allons au bois. Et là, dans une allée déserte et mystérieuse, je vous confesserai loyalement mes fautes, je vous dirai tout ce que mon cœur m’inspirera... et je m'efforcerai de-mériter votre pardon.
LA COMTESSE, surprise.
Mon pardon, Henry 1
LE COMTE
Hélas! je tremble de ne pas l’obtenir... Je suis un si grand coupable.
LA COMTESSE
Ah ! mon Dieu ! Henry, qu’avez- vous donc fait?.. Ditesmoi tout de suite...
THÉÂTRE DES GENS DU MONDE
Non! pas ici! Les murs pourraient avoir des oreilles....
LA COMTESSE
Vous avez raison. Allons vite au bois... Je veux savoir au plus tôt...
Elle va pour sonner.
LE COMTE
Que faites-vous?
LA COMTESSE
Je vais sonner Mariette pour me donner un chapeau.
LE COMTE
Non ! plus de Mariette ! . .. Jete le donnerai moi-même... Viens! viens!
LA COMTESSE
Ah ! mon Dieu ! J’oubliais.. . Et monsieur de Vertines?.. .
LE COMTE
C’est vrai... Tu l’attends.
LA COMTESSE
C’est-à-dire...
LE COMTE
Ne t’inquiète pas; Mariette le renverra., (a part.) Après quoi, je renverrai Mariette. (H»ut.) Viens! viens.
Ils sortent à gauche.