‹ Frontine comedie en un acteChapitre 14 sur 17 · LE BARON, MARIETTE · texte numérisé non relu

LE BARON, MARIETTE

LE BARON, sortant du boudoir et tombant aur un fauteuil.

Ah! Je suis un hommè mort!

F KONTINE

MARIETTE, entrant par la droite en coatnme de paysanne, à part.

Voyons donc si ce costume du temps passé ne lui rappellera pas!..

LE BARON

Mais aussi, pourquoi diable me suis-je obstiné à franchir cette maudite porte?

MARIETTE

J’avais prévenu monsieur le baron. „

LE BARON

Il est de fait que si je vous avais écoutée... (La regardant. Tiens ! vous avez repris votre cornette du pays I

• MARIETTE

Oui, je compte retourner ce soir au village. Tout compte fait, Paris est une ville impossible !

LE BARON

A qui le dis -tu!

Monsieur le baron me tutoie?

LE BARON

Est-ce que je n'en ai pas l’habitude?

MARIETTE

Monsieur le baron l’avait perdue depuis si longtemps.

LE BARON, désespéré.

Laissez-moi la reprendre, Mariette ; je suis si malheureux!

MARIETTE

Allons donc, monsieur le baron, un peu de courage!... Ce n’est pas français de se laisser ainsi abattre.

THÉÂTRE DES GENS DU MONDE

LE BARON

Cela dépend des coups; et je viens d’en recevoir un. . .

• -MARIETTE

Qui vous a vieilli de dix ans en dix minutes.

LE BARON) sé redressant.

Il serait vrai?

Le succès vous soutenait ; il vous abandonne. Adieu, Jeunesse 1

LE BARON

Permets... Je suis encore vert.

MARIETTE

Comme le bois des treillages... quand il est peint.

LE BARON

La sotie comparaison ! Mariette, lu me verras prendre ma revanche.

MARIETTE

Elle est impossible! On connaîtra bientôt votre mésaventure. Le comte a intérêt à la répandre. Avant ce soir, vous serez démonétisé pour toute femme qui se respecte un peu.

LE BARON

Ahl Mariette ! que c’est triste... a mon âge!

MARIETTB.

Ne vous désolez pas ainsi, monsieur le baron... On peut être heureux à tout âge ! Le tout est de savoir s’y prendre. Avez-vous de la famille ?

LE BARON

Non.... Quelques cousins seulement qui guettent mon héritage.

MARIETTE

Des amis ?

LE BARON

Non. J’ai obligé bien des gens ; je n’ai fait que des ingrats!

MARIETTE

Vous reste-t-il au moins une amie?

LE BARON

Non. J’ai fait bien des conquêtes... Je n’en ai pas conservé une seule.

MARIETTE

Profitez-en pour vous marier.

LE BARON

A quoi penses-tu là, Mariette?

MARIETTE

Ne vous a>t-on pas proposé dernièrement la fille du marquis de Las Aranas, grand d’Espagne ?

LE BARON

Je l’ai refusée. .. elle est bossue!

MARIETTE

Dans un pays de montagnes... c’est si peu apparent...

LE BARON

Tu te môques de moi. D’ailleurs, je ne veux pas me marier.

THÉÂTRE DES GENS DU MONDE

MARIETTE

Vous n’avez plus alors qu’un parti à prendre.

LE BARON

Lequel ?

MARIETTE

C’est d’aller vivre à la campagne.

LE BARON

Déjà!

MARIETTE

Ce matin vous n’attendiez que l’occasion d’un premier échec. Je vous réponds que vous n’en trouverez pas de plus complet.

LE BARON

J’ai dit cela ce matin, parce que je croyais en être bien loin... Sans quoi....

MARIETTE

Et tout à l’heure encore. . . ne disiez-vous pas comme moi que Paris était une .ville impossible ! v

LE BARON

C’est vrai.... Mais la campagne?...

MARIETTE

La campagne, monsieur le baron, mais c’est le paradis terrestre... Un château bien chaud l’hiver, bien frais l’été, de vieux vins dans votre cave, de beaux fruits dans votre potager, les pluB jolies poules du pays dans votre bassecour...

LE BARON

Y en a-t-il réellement de jolies dans le pays?

MARIETTE

De superbes! avec de petites houppes sur la tête...

LE BARON

Ce ne sont pas celles-là que. . .

MARIETTE

Et quels plaisirs variés ! Des terres à faire valoir, des chevaux à faire courir, des villageoises à faire danser. Et la chasse! et la moisson!... Au milieu de tout ce monde qui vous aime, bêtes et gens ! Allons, monsieur le baron, vite vos paquets, et en route I

LE BARON

Tu auras beau dire; c’est bien cruel de vieillir, comme ça, tout de suite, sans transition !

MARIETTE

Mais, monsieurle baron, vous n’êtes déjà pas si vieux...

LE BARON

Tu prétendais cependant tout-à-l’heure...

MARIETTE

A Paris... Mais à la campagne, c’est bien différent. Vous avez encore le teint frais, l’œil vif, la mine haute et fière.

LE BARON

Tu me trouvais bien épaissi tantôt !

MARIETTE

A Paris... Mais à la campagne... Je suis sûre qu'avant peu, avec du repos, vies soins, des ménagements...

LE BARON, su redressant.

Certainement que je...

TflÉATRE DES GENS DU MONDE MARIETTE.

Eh! monsieur le baron... Je ne voudrais pas vous rencontrer sur mon chemin !

LE BARON

Eh! eh! Mariette... Je n’en dirai pas autant. Il n’y a pas une de mes fermières qui soit plus accorte que toi !

MARIETTE, saluant comme iido paysanne.

Monsieur est bien honnête!...

LE BARON. '

Mariette, tu es charmante !

MARIETTE

Monsieur veut se gausser de moi!...

LE BARON

Tu es adorable !

MARIETTE

Eh ! laissez donc !

LE BARON

Il ne faudrait pas me défier de t’embrasser sur les deux joues! oui dà...

MARIETTE

Je saurais me défendre ! oui dà !

LE BARON

Oui! à Paris ! Parce que je craindrais le qu’en dira-t-on... Mais à la campagne?...

Venez-y donc !

LE BARON

Eh je ne dis pas non ! ,

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