‹ Froufrou comedie en cinq actesChapitre 76 sur 143 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

GILBKRTB.

Eli bien ?

LA BARONNE

Hum!.. voilà qui ne me satisfait pas. Trop de sérieux sur ce joli front; beaucoup trop de sérieux.

GILBERTE

C'est cela qui vous inquiète?

LA BARONNE

C’est très-mauvais signe, le sérieux, chez les personnes qui n’en ont pas l’habitude... Ce qui m'inquiète surtout, c'est qu'il ne m’est pas très-difficile de deviner le motif....

GILBERTE

Oh ! vous vous tromper....

LA BARONNE

Je me trompe....

GILBERTE

Oui, je vous assure....

LA BARONNE

Tant mieux si je me trompe vraiment, et si certain écervelé de ma connaissance, nommé Valréas, n'est pour rien....

GILBEBTE.

Monsieur de Valréas?

LA BARONNE

Non?

GILBERTE

Eh bien ! si fait, c'est de lui qu’il s'agit.

LA BARONNE

Votons, Gilberte, voyons...

C'est de lui qu'il s’agit, mai» vous vous trompez fort ai vous vous imaginez qu'il (aille craindre... Dans un instant, sans doute, je pourrai VOUS prouver.... (Entre le demeitique emportent nu lettre.) C’est la réponse ?

LE DOMESTIQUE

Oui, madame.

GILBERTE

Ab !.. (Le domestique sort, f.ilberte aprèi sroir lu, tend le lettre A la baronne.) Tenez...

LA BARONNE, lisant.

a Vous m'ordonnez de parlir, je partirai ce soir, o

GILBERTE

Vous voyez bien !

LA BARONNE

Je vois... je vois que le mal est bien plus grand encore que je ne supposais. Pour qu’il vous envoie une pareille réponse, il faut que vous lui ayez écrit, vous, une lettre....

GILBERTE

Une lettre dans laquelle je lui ordonnais de parlir, naturellement.

LA BARONNE

Dans laquelle vous lui ordonniez de!... Voilé où vous en êtes!.. Voyons, Gilbcrle, voyons... Ah! vous vous rappelez comme cela m’a amusée dans les commencements, pendant ces répétitions, il y a combien?... deux mois. Tantque j’ai pu croire que ce n’était là qu'un jeu, une façon agréable de passer le temps... Est-ce que je pouvais supposer, moi?... Je croyais avoir affaircà une femme raisonnable.... à une femme comme moi... parce que, moi, voyez-vous, si l’on venait me parler d'aimer sérieusement un autre homme que monsieur de Cambri, ce serait absolument comme si, après avoir reçu cinquante coups de bâton par devoir, on venait me proposer d’en recevoir cinquanle autres par plaisir... Voilà mes principes!.. Qui eût pu deviner que ces principes n’étaient pas les vôtres?., qui eût pu deviner surtout que ce Valréas, ce charmant garçon, cetamourcux pour rire, s’aviserait d’inspirer un sentiment réel, et de devenir... je ne dis pas dangereux...

G ILBERTË, souriant .

Vous pourriez le dire...

Page 1