PRODUITS DU BANANIER
Fruit au naturel. — ■ Préparations et sous-produits.
Europe. — Devons-nous rappeler les théories de « poussettes » chargées de régimes de bananes que l’on rencontre depuis quelques années dans nos principal es vil les d’Europe? Ce qui lait le succès de ta banane, c’est que sous sa pelure, elle est à la fois un fruit chimiquement pur et le plus complet des aliments. Le pouvoir nutritif de la banane fraîche n'est, pas inférieur à 100 calories par 100 grammes de fruit; c’est-à-dire qu'à poids égal cette valeur nutritive est sensiblement la meme que celle de la viande ordinaire.
Mais il faut manger la banane lentement, de môme que le lait doit être bu par petites gorgées.
Pour la banane desséchée , qui se répand de plus en plus dans l'alimentation courante, le pouvoir calorifique par 100 grammes s'élève à environ 285 calories, il est donc plus de deux fois supérieur à celui de la viaude. La banane confite est un véritable réservoir d’énergétique.
Quant à la farine de banane, très préconisée par les médecins pour les enfants, les personnes délicates, les convalescents et les vieillards, elle mérite, elle aussi, de trouver de larges débouchés parmi les populations des zones tempérées, car, en outre de ses puissantes propriétés nutritives, elle est éminemment digestible, et on peut la préparer au goût des consommateurs. En prescrivant cette farine de banane, la Faculté de médecine n’a fait que sanctionner officiellement ce que les négresses font depuis des siècles : elles sèvrent leurs enfants au moyen de bananes, et elles ne leur donnent que cela.
Fio. 26. — Bananier.
(Cliché : Dépêche coloniale illustrée.)
Au reste nous parlons longuement de ces questions dans notre ouvrage mentionné plus haut.
Les Anglais disent : banana pour les bananes engendrai ; sweet-plantain pour la banane du Attisa sapientum ; les Espagnols appellent le bananier plantano et plantano Guinea pour le AL sapientum. Les Allemands désignent
la banane par le nom de Paradies feigengbaum. Les Ha-
liens préfèrent fico d’Adamo , mais ne disent rien pour Eve.
Les bananes mûres sont exquises en beignets : on saupoudre de sel pour hors-d’œuvre ou de sucre pour dessert.
Afrique. — On y rencontre fréquemment les bananes violettes et bigarreau , citées pour la Guyane française.
La banane cochon , très connue dans toute la zone tropicale, est une sous-variété du AL sapientum ou du AL paradisiaca; cela dépend des pays. Les indigènes la mangent grillée sous la cendre ou bouillie.
A San Tomé, la bananeira maca ou banane à pomme est très répandue.
En Abyssinie est le M . Ensete ; les indigènes prononcent mouz ensiet. Ce bananier ne donne pas de fruits comestibles, mais les Gallas mangent la farine obtenue en raclant l’intérieur des pétioles. La farine est mise à 1ermenter dans des fosses et forme une pâte lett. Les Gallas mangent aussi les racines du bananier.
En Egypte sont des bananiers appelés mouz; en Basse-
Egypte se rencontre le A/. Ensete.
Au Cap-Vert, est le AL paradisiaca.
En Algérie et en Tunisie on aessayé, en vain, d'acclimater le AL sinensis ainsi que le AL superba. On a assez bien réussi pour le AL sapientum , le bananier du H anima , le M, paradisiaca et le AL ornata. Malheureuse.ment on a échoué pour les M usa à fibres.
BANANIER
Pour la Réunion, l’île Maurice, les îles Seychelles, Madagascar, Sainte-Marie, Nossi-Bé, les îles Comores et Zanzibar, nous ne pouvons amorcer aucune étude ici, cela nous conduirait beaucoup trop loin.
Nous en dirons de même pour la Guinée française et
Fig. 27. — Préparation du « Foutou s>. Les « cordons noirs » à Lépreuve !
en général pour toute la Côte occidentale d’Afrique : Sénégal, Côte d’ivoire, Dahomey, Congo, etc.
En Afrique orientale allemande, on s’estattaché à développer considérablement la plantation des divers bananiers; les résultats déjà obtenus ont grandement répondu aux ellorts. Et que dire des îles Canaries où les terrains, par la cullure des bananiers, atteignent le prix de i. 3
10.000 francs l’hectare, voire meme 35.000 francs dans certains cas !
Asie. — Les bananes violettes et bigarreaux de la Guyane française y sont répandues ; au reste nous ne pouvons mieux nous résumer qu’en disant que la collection presque complète de bananiers existe en Asie.
Au Japon, le M . Japonica est appelé bashô ; il constitue un textile de grand intérêt.
En Chine, il est un bananier considéré comme type par plusieurs auteurs, c’est le M . Cavendishii ou M. sinensis ; d’une façon générale les Chinois désignent le bananier sous le nom de tsiu.
Au Tonkin, existe le M. sylvestris dont le nom annamite est chuôi rang. Ce même bananier est appelé dans le Haut-Lagos Kok Khonè pda, ce qui signifie, bananier des forêts, ou encore Kok Khonè Kêne, ou bananier à graines, en langue thaï.
Les Annamites appellent cay chuoien les M. Paradisiaca et M. sapientwn.
En Cochinchine, le bananier de Chine estdit: touillednn ou dan ; les autres variétés sont : touille su, touille hot , touille hot ruong et touille mat.
Voir notre monographie pour la nomenclature complète.
Au Cambodge, le bananier est appelé chec et clivé ; au Siam, on dit Kluee tang tan g ; en Hindoustan, mondam japan et pajam ou montjam. On y voit le M. superba et le M. rosace a.
A la côte de Malabar, le bananier des sages est désigné sous le nom de cadali bala.
Les bourgeons, tiges, feuilles, stipes, etc., peuvent servir pour l’alimentation des bestiaux, notamment des porcs.
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Fro. 28. — Floraison du Bananier (Cliché M. E. Prudhoinme.)
En basse Côte d’ivoire, le fruit du bananier paradisiaca ou banane-cocbon entre dans la préparation du plat national le « Foutou ». C’est un plat de viande ou de poisson relevé d'une sauce à l’huile de palme, ultra-pimentée. En même temps on sert comme accessoires des œufs cuits durs, de la pâte de banane, du riz, du manioc granulé : un peu de tout à l’exception du pain ordinaire. On mange à même le plat et. quand on a la bouche enllammée par le piment, on avale un grand verre d’eau fraîche. Celte recette ferait fureur dans un restaurant à la mode. Malheureusement le foutou est difficile à réussir; il y a là des tours de main insoupçonnés et des cordons noirs devraient fatalement remplacer nos cordons bleus en Europe. — C’est alors que nous en verrions de toutes les couleurs!
Au Congo et au Gabon, on fabrique l'eau-de-vie de banane, en partant du vin de banane ou directement du fruit. Le vin de banane est abandonné durant deux ou trois jours; on le distille deux fois, après lui avoir ajouté de 1 eau.
Quand on travaille le fruit, on préfère la banane-cochon, plus riche en sucre.
Trois régimes sont cueillis avant maturité et on les laisse mûrir suspendus sous une véranda; les bananes bien jaunes sont placées dans une jarre de 50 litres que l'on remplit ensuite d’eau. On laisse fermenter trois jours en agitant de temps à autre. Quand la pulpe est déposée, on couvre le récipient pour éviter toute évaporation. C est alors qu’on distille, en ayant soin de répéter deux fois
1 opération. Soixante bananes peuvent fournir environ
2 litres d’eau-de-vie.
A SanThomé, on choisit la bunaneira quichicha pour la préparation de cette eau-de-vie.
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Fin. 29
fructification du Bananier
Au Congo, les indigènes utilisent la sève du bananier, riche en oléate de potasse, comme d’un liquide mousseux, et avec les cendres des déchets de bananiers, on arrive à fabriquer un savon spécial... Qui na entendu parler du... savon des « Princes du Congo »?
Amérique. — Le Musa sapientum y est désigné sous le nom de camburi : les principales espèces cultivées en Amérique centrale sont: M. paradisiaca, M . sapientum , M. discolor , M . A f ricana.
Au Mexique, c’est le plantano art on qui est le plus répandu; ses rejets sont dits piompollos et la banane sèche plantano possedo.
Au Guatémala, on mange le plantano à l’état naturel, grillé ou bouilli; le banano y est très fertile; le dominico donne une farine très nutritive.
Au Nicaragua existe, en plus des variétés du Guatémala, le guineo ordinaire et le guineo manzano ; on en extrait un vinaigre de première qualité. On préfère pour cela le guineo commun ou guineo manzano. Les fruits mûrs et sans enveloppe sont simplement mis à fermenter.
L’Amérique du Sud est riche en variétés de bananiers.
Au Venezuela se voient les Musa Sinensis et M. para disiaca. Dans ce pays, la farine de banane est appelée musarina.
En Guyane hollandaise, la banane de Surinam est réputée.
En Guyane française, le M. paradisiaca porte les noms de conquin-tay , partira et palourou. Le M. sapientum y donne les figues-bananes ou bacoves, ces dernières encore dites selon leur aspect : banane violette , banane musquée noire , banane musquée blanche , banane créole, banane
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de Pevnambouc , banane -pomme , banane-bigarreau , banane long a.
La farine de banane est répandue en Guyane; elle y est connue dans le commerce sous le nom impropre d’arrowroot ; les Anglais l’appellent conquin-tay ; on dit aussi fécule de plantain.
En Colombie, on cultive surtout le plantano-arton.
En Bolivie, l’espèce préférée est le plantano turco.
Au Brésil, le M. sapientum forme des forêts : bananeira de terra et les régimes sont dits cachos de banana ; d’une façon générale la banane est nommée pacoba; .il est des variétés appréciées : rang a, bananier de Ranima, bananeira p lata, banane d'argent , bananeira maca , banane à pomme ; les sous-variétés marambas et massao , etc.
Le catura y est la forme locale du M. sinensis et les maça ou massao , Ouro , SVzo Thomé relèvent des A/, paradisiaca et M. sapientum.
Citons encore pour le M. paradisiaca les sous-variétés falta , velhaca , cfo /crm, da India et les M. violacea et roxa.
Les Antilles exportent des quantités considérables de bananes sur les États-Unis; les chargements complets, par steamers spéciaux que nous y avons vus, dépassaient de beaucoup l’idée que nous nous en faisions d’après les récits des voyageurs.
Cuba, Saint-Domingue, la Jamaïque, etc., se couvrent de bananiers aux multiples variétés décrites d’autre part. En tête ligure le radjah ou figue-prune des Antilles.
Les Antilles anglaises également sont des pays de grande exportation de bananes; un exemple entre mille: La Barbade exportait dix-huit régimes en 1900; en 1905, elle en expédiait quarante mille.
Au Brésil, les bananes, une fois cuites, sont pilées et mangées à la pâte de manioc.
Ah Pérou, ou met la banane sèche tremper dans l'eau, puis on lui ajoute de la viande salée ou tasajo : le mélange, après cuisson, est un mets très substantiel.
En Guyane, on prépare le foo-foo à l aide de bananes cuites.
A Cuba, la farine de banane est connue sous le nom commercial de bananina. Dans ce pays, on a essayé de fabriquer en grand le sucre de banane.
En Guyane et aux Antilles, on prépare du vin de banane.
\ oici, d’après le Tropernpflanzer , dilférenls usages de la farine de banane en Amérique et au Venezuela où elle es! également connue sous le nom de Musarina.
« 1° A toi commun. — Une cuillerée de musarina, une petite tasse de lait, un peu de sucre et de sel. Après dissolution de la farine et du sucre, séparément, dans un peu d’eau, on mélange; puis on procède à une cuisson de quelques minutes; il reste à ajouter le sel.
« 2° Atol tonico. — Même préparation, avec de l’eau au lieu de lait ; on peut ajouter un peu de clou de girofle, cannelle, anis, fines herbes ou orange.
« 3° Chocolat ou cacao. — On mélange une petite cuillerée de musarina avec une tasse de chocolat ou de cacao, pour faciliter la digestion de ces boissons et les rendre plus nutritives; de cette manière également les estomacs faibles s’habituent au cacao.
« 4° Sopa salapa. — On ajoute à une tasse de bouillon une cuillerée de musarina dissoute dans de l'eau froide et on laisse le tout durant quelques minutes ; on peut additionner de quelques épices.
« 5° Cordial. — On tourne un jaune d'œuf; on le mélange avec 30 grammes de sucre et une cuillerée de
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musarina dissoute dans une tasse de lait ; on peut ajouter un peu de cannelle en poudre.
« 6° Postre. — Trois œufs bien battus, 2ô0 grammes de
Fig. 30. — Régime formé.
sucre en poudre, une écorce de citron, 125 grammes de musarina dissous dans une tasse de lait; mélanger, ajouter 30 grammes de beurre et mettre le tout au four, dans une forme enduite de beurre.
« 7° Torta à la sarten. — 60 grammes de musarina, un œuf bien battu, une tasse de lait, un peu de sel et une petite cuillerée de beurre; mélanger le tout, faire cuire.
« On peut utiliser également la a farine de banane» de la même manière que les « farines supérieures », excepté pour la confection du pain, la banane ne contenant pas de gluten. »
Océanie. — En Polynésie, les indigènes vont parfois très loin sur les lianes des montagnes, à la recherche des régimes de banane, lis mangent crues les bananes-fruits et ils font cuire les bananes-légumes; c’est ainsi qu’ils préparent le fei.
Parfois aussi les indigènes font sécher les bananes mûres, qu'ils fendent dans le sens de la longueur ; ils les mettent au soleil en les exposant sur des claies; quand elles sont sèches, ils en font des paquets qu’ils entourent d’écorce de bananier; ils lient solidement aux deux extrémités à l’aide d’un lien de more ou écorce d vparan.
Dans les îles de Polynésie on appelle le bananier : miera , meia , meita, meika , etc. Le M. Pierrei y est dit portia.
A Tahiti, le bananier est appelé vahi ; les M. Fehi et M . paradisiaca y abondent; ce dernier y a produit une trentaine de variétés ; le bananier huanene est à propager. A citer encore YOrea, le Pivaï , YAivao, la Pahatu aux fruits toujours verts ; la Neinei, à saveur de pomme reinette. Le M. Cavendishii ou de Chine y est appelé kina , de l’anglais chima.
Le suc violet du M. Fehi y est employé comme encre et comme matière colorante; les Taïtiens copièrent les premiers évangiles au moyen de ce suc. Les fruits du M. Fehi sont à pulpe rouge ; on les mange cuits au four fei-pée; la pulpe écrasée et arrosée d eau de coco donne une pâte
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très appréciée des indigènes popoi-fei. Si les fruits sont séminifères, ils donnent de petites graines, irüri, littéralement « petits cailloux ». Dans ce pays, la banane sèche prend le nom de piëré. Nous avons donné dans notre monographie la nomenclature complète des sous-variétés du bananier; nous n'y reviendrons donc pas ici.
En Nouvelle- Guinée, les indigènes se nourrissent du rhizome du bananier qu’ils appellent akarela ou bagana.
Le M.Fehi est appelé daak en Nouvelle-Calédonie; de façon générale les indigènes de ce pays désignent le bananier sous le nom d e poigate pour le M. paradisiaca , puis de mondgui et de ponin.
Les Canaques font cuire les rhizomes d'un bananier poiete et s’en nourrissent; une sous-variété est dite gouine. Le M. discolor y est très abondant, sa banane colabonde est appréciée.
En Malaisie, le M. paradisiaca est appelé pisang en langue haute et gedang en langue basse, autrement dit en langue primitive du javanais.
Dans l’archipel de la Sonde, le M. sinensise st dit canim bala.
A Java, le M. sapientum est appelé pisang bain , et le M. paradisiaca y a produit plus de quatre-vingts sousvariétés que nous énumérons dans notre ouvrage spécial.
On y voit le M. textilis , en malais pisang aetan et les pisang rcidja et sous ou.
La libre de bananier ou chanvre de Manille est appelée à prendre place dans la grande industrie textile.
aQ° ^ ^ ^ ^ 1 a ^ plus haut, de préparer la banane, les Polynésiens confectionnent encore le ma-laloi : bananes fermentées cuites dans l’huile de coco; le wai-hapa , tranches de bananes bouillies dans l’huile de
coco ; le wa-maton est une pâte fermentée de bananes.
A Sumatra, on connaît le kanaya , à Ternate, le fano , aux Moluques, le M. troglodytarum , à Amboine le koela hâter an ou pisang ceram.
C’est des Philippines qu’est originaire la banane bigareau dont nous avons parlé pour la Guyane.
Manille a donné son nom au chanvre de bananier.
Aux îles Marquises, la pièrè est une excellente marmelade aigrelette de banane.
Aux Philippines le chanvre de Manille ou abaca donne lieu à une réelle industrie que nous avons décrite dans notre Bananier. On distingue les qualités suivantes : lapis de abaca , pour les toiles fines et bandala pour les toiles grossières.
Les étoiles faites uniquement d’abaca sont appelées sinamay ; le tinainpipi est une autre étoffe plus fine.
Enfin des essais de la sève des bananiers ont révélé la présence d’un caoutchouc de bananier.