C. — Industrie et usages
Fruit au naturel. — Cueillette. — On ne doit cueillir que des fruits bien mûrs; une fois cueillies, les oranges ne continuent pas à mûrir. Au contraire, les citrons doivent être cueillis verts. Il convient de couper ras le pédoncule, avec une pince coupante, car il y a lieu de redouter des pointes qui blesseraient les fruits. Provisoirement les oranges sont reçues dans des corbeilles doublées de toile; il faut éviter soigneusement toute meurtrissure. Les fruits sont portés dans des magasins très aérés; on les dispose sur des matelas de paille(oû on les conserve simplement dans les corbeilles. C’est alors que la peau, d'abord gorgée d’eau, se dessèche partiellement et devient plus résistante.
Lavage. — Danscertainspays, en Californie, par exemple, les oranges sont lavées afin d’être débarrassées des cochenilles, etc. On a construit à cet etfet des machines spéciales.
Triage. — Les cueilleurs séparent les variétés aux plantations mêmes ; il reste à enlever les fruits défectueux. La classe supérieure comprend les oranges à peau brillante et fine, non attaquées par les parasites.
Calibrage. — Dans les centres agrumicoles on opère souvent sans instrument ; on se contente de l’habileté des ouvrières qui évaluent les dimensions à l’œil.
Il en résulte quatre catégories.
Parfois aussi on utilise un jeu d’anneaux, et on pousse jusqu’à six catégories.
En Amérique, on se sert de machines; on obtient neuf catégories. Or les caisses d'emballage ayant toujours
ORANGER DOUX
les mômes dimensions, on y loge 96, 112, 126, 150, 156,
200, 216, 226 ou 252 fruits.
Emballage . — On emballe dans des barils ou dans des caisses présentant des trous.
Les caisses sont généralement préférées.
Fig. 48. — Passerelle en brousse.
Chaque baril contient environ 300 oranges. Les caisses ont 0m,80 de longueur sur 0ra,30de hauteur et meme largeur.
Au lieu de se servir de planches trouées, on utilise fréquemment des lattes larges et espacées de0m,05 à 0m,0-7. Pour donner de la solidité, les planches de face sont pleines et une séparation également pleine divise la caisse en deux parties égales.
Chaque orange est enveloppée de papier.
Par caisse, on met de 150 à 180 fruits. Au moment de
clouer le couvercle, on presse un peu, car les oranges, en séchant, diminuent de volume durant le voyage.
Il faut avoir soin de n’emballer ensemble que des fruits de meme grosseur et de même maturité.
Barils ou caisses ne doivent être maniés qu’avec précautions, de façon à éviter les meurtrissures.
En Espagne, les caisses sont à deux compartiments et contiennent de 1.000 à 1.064 fruits.
On comprime toujours fortement les oranges afin de les rendre immobiles durant le transport.
Parfois aussi on expédie en vrac. C’est le cas des fruits exportés d’Espagne en Erance.
Pour envelopper les oranges, on a imaginé une machine qui fonctionne en Californie et en Floride. Cette machine travaille à la main ou au moteur; son débit est de 25.000 à 40.000 fruits par jour.
D’ap rès le Maritime Mer chant , le papier vient d’un rouleau continu et la machine empaquette des fruits de tout calibre, depuis la dimension d une boule de billard.
Confiserie. — Lorsque les oranges sont bien mures, on les mange au naturel; mais, si elles sont trop acides, on les prépare en salade avec du sucre en poudre.
On en fait aussi des marmelades et des gelées exquises, etc.
Les fleurs se confisent également au sucre; en partant d’elles, on compose des liqueurs très agréables.
Les zestes servent de base à la préparation d’une teinture propre à parfumer les crèmes, le punch, l’eau sucrée, etc.
Le suc entre dans la préparation des sirops, boissons rafraîchissantes dites orangeades. On appelle bishops une infusion de suc d’orange et de sucre dans un vin léger. C’est une boisson en usage en Allemagne et en Angleterre.
Le vin d' orange est surtout préparé en Floride, aux
ORANGER DOUX
Antilles et en Andalousie. C’est un breuvage capiteux légèrement sucré; il est d'un goût agréable. On le considère comme tonique et hygiénique. Il peut se garder plusieurs années en bouteille, et s’améliore avec le temps. En Andalousie, le vin d’orange provient de la mise en
Fig. 49. — Marchands de primeurs à Darzeeling (Bengale).
(Cliché : Missions Belges.)
cuves de raisins blancs de deuxième cueillette avec des oranges écrasées.
L 'écorce candie au sucre est très appréciée.
Parfumerie. — Par la distillation des pétales de Heurs fraîches d'oranges douces, on obtient une essence de néroli de qualité inférieure à celle donnée par les Heurs de l’oranger amer. Cette essence de deuxième qualité est souvent désignée dans le commerce sous l’étiquette : néroli- Portugal.
La distillation des Heurs d’oranger s’opère dans de
grands alambics cylindriques qui permettent des manipulations rapides.
Les fleurs sont mises dans des paniers en tôle perforée mobiles, placés sur des wagonnets [fig 55).
L’essence est recueillie dans des récipients florentins et l eau qui s’en sépare est mise aussitôt en fûts : C’est l'eau de fleurs d'oranger.
Gomme. — Cuzent a remarqué que les orangers de Tahiti laissent exsuder une gomme blonde, d'un goût, d’abord amer, mais qui devient doux et agréable. Cette gomme est soluble dans l’eau et, d’après Cuzent, on peut l’utiliser eu médecine comme adoucissante et tonique à cause de son amertume franche et nullement désagréable.
Bois. — Il est inodore, blanc avec le centre rougeâtre parfois; les veines ne sont pas apparentes. On peut l’employer en ébénisterie. Dans le commerce, on le confond souvent avec le citronnier-limonier. On en fait descannes, des manches de parapluies et d’ombrelles, dont la valeur marchande est d’environ 15 francs le cent. Il sert aussi à faire des cure-dents, des chevilles, des manches d'outils, etc. La densité moyenne de l’oranger est de 0,793, son élasticité 1,474 et sa résistance à la rupture 1.103.
L'orange douce en médecine.
L’orange est très employée en médecine , c’est un fruit acidulé, rafraîchissant, antiscorbutique, réconfortant, antigastralgique, tonique, antispasmodique, bon dans la toux. Il sert à préparer d’excellentes orangeades.
L’orange empêche les vomissements, les nausées, l anxiété gastrique. L’écorce sèche est donnée en tisane
ORANGER DOUX
dans la cachexie, gonflement abdominal et serait d'autant plus efficace qu’elle est plus vieille. Mêlée avec du miel, elle est employée contre le muguet des enfants.
La graine est employée en tisane et cataplasme contre l’orchite, graine et huile en onctions. L’écorce estemployée également en mélange avec beaucoup d’autres ingrédients, dont le fiel d’éléphant, contre la gingivite, l’ozène, la mauvaise haleine; de même pour la gourme des enfants et l’eczéma de la face.
Avec l’orange on fait des boissons et avec l’écorce un vin amer et tonique.
Le jus épuré et additionné de sirop de sucre constitue une boisson agréable et fortifiante qui peut se conserver.
Si l'on fait entrer dans la confiture d’orange un peu d’écorce râpée, on lui laisse un goût exquis tout en lui donnant des propriétés stomachiques et digestives.
D. — Commerce
Fruit au naturel. — Selon les pays et les modes de vente, les cours peuvent varier considérablement.
A Jaffa (Syrie), les fruits sont vendus sur les arbres, aux commerçants qui supportent tous les risques et toutes les dépenses de récolte, etc.
Une caisse d’oranges de Jaffa contient 144 fruits; le prix payé aux cultivateurs est d’environ 5 piastres turques par caisse, une caisse de Jaffa se vend actuellement, sur le marché de Londres, 14 piastres turques, donc plus cher qu'une caisse de Valence contenant 420 fruits.
U reste un beau bénéfice, comme nous l’avons vu plus haut.
Ln France, les cultivateurs recherchent trop la quan-
ti té et négligent la qualité. Grâce aux engrais et à la culture forcée, les oranges de Valence sont devenues moins sucrées et plus acides.
Jadis, les oranges des îles Açores étaient réputées, par leur qualité, comme les meilleures du monde; on se contenta de cueillir sans apporter de soins aux plantations, aussi la maladie tua les arbres dont quelques-uns avaient près de trois siècles et produisaient de 6.000 à 20.000 oranges. Les exportations des Açores sont insignifiantes maintenant.
Porto-Rico expédie annuellement pour une moyenne
de 65.000 livres sterling d’oranges sur les Etats-Unis.
En ce qui concerne l’importation des oranges, en France, le marché base ses cours sur les offres de l’Espagne (en moyenne, 7 francs le quintal) et sur ce que les droits de douane sont établis : poids net de la marchandise en vrac, par wagons complets; ils sont de 5 francs. Ajoutons les frais de transport — pour Lille, parexemple — et nous arrivons à 19 francs les 100 kilogrammes.
Pour les oranges de Tunisie, remballage est nécessaire. Il faut du bois pour les caisses, du papier, des cercles, des clous, soit 5 fr. 80. Puis viennent les droits sur 116 kilogrammes — poids brut de 100 kilogrammes nets à 5 francs — soit 5 fr. 80; puis, encore un droit de statistique de 0 fr. 10 par caisse (il faut 2 caisses pour 100 kilogrammes), soit 0 fr. 20. Enlin le transport via Marseille-Paris à 95 francs la tonne avec délai de 25 jours coûte 11 fr. 02 ; soit au total 22 fr. 82 ; au lieu de 19 francs que nous avons trouvés, tout à l’heure, pour l’orange espagnole.
Essence de Néroli-Portugal. — Le prix franco bord Messine peut varier de 15 à 25 francs le kilogramme.
L’essence de néroli des fleurs fraîches d'oranges douces
ORANGER DOUX
est dite Orangenbluthen Oel sïiss par les Allemands et Neroli oil sweet par les Anglais.
Fig. 50. — Ferme indigène.
E. — Falsifications
On décèle facilement la présence d’éléments étrangers dans l’essence de Portugal, grâce à son poids spécifique qui est très élevé et à son pouvoir rotatoire remarquable comme intensité.
On falsifie parfois avec des essences de térébenthine, de citron, de petit-grain de bergamote et de linaloë.
Oranger amer ou Bigaradier
Citrus Aurantium. — Variété Bigaradier
Famille des Rutacées
Voir : Plantes à parfums, 4e vol.
« Bibliothèque pratique du Colon », p. 467.
Historique et Généralités. — On croit que la bigarade fut introduite, en Europe, par les Arabes, vers le x° siècle.
— Il fior d'arancio d'ogni fior il ré, « La tleur de l’oranger est la reine de toutes les fleurs », a dit un poète italien.
Il est certain que l’odeur des Heurs d’oranger élait très en vogue au siècle dernier; l’orangerie de Louis XIV était une source de dépenses considérables; il y avait de nombreux orangers en fleurs dans les appartements royaux. A Fontainebleau, on fait encore voir des orangers plantés depuis plus de deux siècles.
On ne sait rien de précis sur l’origine du mot néroli ; certains prétendent qu’il faut le rapprocher de Néron : cet empereur romain aimait tant les parfums que les plafonds de ses salles à manger représentaient le ciel, d’où « pleuvaient » constamment des parfums et des eaux de senteur. D’autres supposent que le néroli a d’abord été fabriqué par les Sabins qui l’appelèrent nero, c’est-àdire « fort », pour le distinguer des autres parfums. Les Sabins habitaient une partie de l’Italie, la Sabine, où l’oranger croît avec vigueur.
ORANGER AMER
Géographie. — Dispersion. — Synonymie
Europe. — Les Anglais l’appellent bitter or Sevilleorange; les Italiens, arancio forte zlmeiangalo ;les Arabes narandj. Le bigaradierest plus cultivé en Europe que dans les pays chauds.
En Europe, on trouve de belles orangeraies sur les côtes orientales d’Espagne ; en Italie, en Sicile et en Erance sur la Côte d'Azur.
Les fleurs du golfe Juan sont très estimées.
C’est au mois de mai que les montagnards des Alpes viennent au golfe Juan pour y cueillir la fleur; ils s’y louent par groupes de cinq ou dix. Les fleurs sont cueillies à la main et tombent sur des toiles, où on les recueille pour les ensacher et les transporter aux distilleries. En France, la culture de la fleur d’oranger occupe deux zones principales : la première, ou zone du littoral, comprend surtout : Vallauris, le Cannet et Cannes ; la seconde s’étend au pied des monts, comprenant : les cantons de Bar, de Vence et une partie du canton de Gagnes.
Amérique. — L’oranger amer se voit à la Martinique.
Asie. — En Annam, le bigaradier est appelé cdy bong ; en Bengali, kaki , khatajamir , naringhi ; en tamoul, nartem.
Afrique. — Tunisie. — Il y a de belles orangeraies, en Tunisie, notamment dans la région de Nabeul [fig . 43). La maison Jean-Marie Vial y possède une importante usine spécialement organisée pour la distillation des fleurs d’oranger.
La figure 52 montre une batterie d’alambics destinés à la distillation des fleurs d'oranger, à l’usine Jean-Marie Yial au golfe Juan; la figure 51 donne l’ensemble d’un gros alambic à vapeur permettant de distiller 3.000 kilogrammes d'eau de fleurs d’oranger par vingt-quatre heures.
Algérie. — Dans toute l’Algérie et principalement dans les montages de la Kabyliese voient de belles plantations d’orangers.
Réunion. — Ils sont assez communs dans cette ile.
Océanie. — Les oranges amères ont été introduites en Polynésie.
A. — Agronomie
Botanique. — Citrus aurantium , variété Bigaradia Linné, Citrus Bigaradia Duhamel, Citrus amara Linné, Citrus vulgaris Itisso.
Arbre. — Petit, à cime touffue et à rameaux épineux. Il est très décoratif. L'écorce est grise et lisse.
Feuilles. — Pétiole ailé. Les feuilles sont elliptiques, aiguës, crénelées.
Fleurs. — Plus grandes que celles de l’oranger doux et très odorantes. Blanches, disposées en bouquets: ce sont les plus grandes et les plus odorantes du genre.
Fruit. — Généralement fort teinté en rouge, souvent rugueux; l’écorce est très aromatique et amère; la pulpe est à jus acide.
Variétés. — Les principales variétés de bigaradiers sont les suivantes : Bigarade commune , Bigaradier cor meule , Bigarade à confiture , Bigarade peau fine , Bigaradier de Grasse , Bigarade Poor man , Bigaradier riche dépouille ,
ORANGER AMER
Bigaradier à gros fruits , Bigaradier à feuilles de saule ,
Fig. 51. — Gros alambic à vapeur pour (leurs d'oranger. j
Cliché : Jean- Marie Vial.
Bigaradier doux , Bigarade Gallesio , Bigarade spatafore.
Fig. 52. — Batterie d'alambics pour la distillation des fleurs d’oranger.
Cliché : Jean-Marie Yial.
Habitat ; Culture ; Rendement. — Un sol argilo-siliceux convient parfaitement.
L’oranger ne fleurit pas avant la quatrième année qui suit la transplantation.
La floraison se produit au retour des pluies, vers fin avril et dure jusqu’en juin.
Pour la cueillette des boutons sur le point d'éclore, on emploie des femmes et des enfants qui se servent de marchepieds et d’échelles doubles.
Un arbre en plein rapport peut fournir annuellement une moyenne de 15 kilogrammes de fleurs. Un prix moyen de vente qui donne satisfaction à tous : planteurs et distillateurs, est celui de 0f, 62 le kilogramme de fleurs.
Le tronc du bigaradier résistant à la maladie du collet ou </ommose, qui atteint facilement l’oranger doux, est préféré, comme porte-greffe, aux autres orangers ; pourtant le bigaradier ne peut servir de porte-greffe au W. Navel qu’il ne nourrit pas convenablement.
Nous avons dit que les fleurs à peine écloses sont cueillies par des femmes et des enfants. La récolte est remise à un agent ou commissionnaire qui pèse les fleurs et les paie de Ür,G0 à 1 franc et plus le kilogramme. On les laisse alors exposées dans une pièce froide jusqu’au milieu de la nuit suivante; puis on les met en sacs pour les livrer à la fabrique avant le lever du soleil. Aussitôt a lieu la mise en œuvre. Il arrive parfois que l’on traite de cette façon, en une seule journée, de 100 à 200 tonnes de fleurs pour une même région.
Après floraison, les arbres sont taillés ; on retire les feuilles des branches élaguées; nous verrons de quelle façon elles sont utilisées.
Gomme il n’a pas été possible de prendre toutes les fleurs, il se produit une fructification très réduite, il est vrai, à l’automne. On prend également ces fruits alors
ORANGER AMER
Fig. 53. — Cueillette des Heurs.
qu’ils sont encore verts ; ils serviront, avec les feuilles, à la préparation de l’essence de petit grain .
C'est à l’automne qu’a lieu la seconde floraison ; elle est parfois suffisante pour que l’on songe à une rentrée industrielle ; en tous cas, cette nouvelle floraison est toujours assez copieuse pour garnir les bouquets des mariées...
B. — Technique
On a pu caractériser les composés suivants : pinène, campbène gauche, dipentène, aldéhyde décylique, acides phénylacétique et benzoïque; un alcool C10H,8O que l’on croit être du linalol gauche, de l’alcool phényléthylique, du terpinol droit, du Tindol, des traces d'acide acétique, d’acide palmitique, un alcool sesquiterpénique Cl’H25OH, ou nérolidol.