Fues classiques de la Suisse
La belle collection de gravures qui vient de paraître sur la Suisse vous est connue. Me proposer de l'accompagner de quelques notes explicatives, c'était aller au devant de mes désirs. Qui ne parle volontiers à la personne qu*il aime des lieux et des souvenirs qui lui sont chers, lorsque ses senti mens sont partagés? Aussi mes pensées étaient auprès de vous^ chacune de mes notices était une lettre que je vous adressais. — Devais-je alors supprimer la véritable dédicace de cet ouvrage, et renfermer dans mon cœur les sentimens de respect qu un républicain porte à un prince de TAllemagne? Non , ne fût-ce que pour la nouveauté dans ces jours de fanatisme politique « et, au risque même d'être déclaré traître et parjure par les zélés de notre bord . je devais parler.
Au besoin l'histoire des guerres de religion — qui n'est pas sans
quelque trait de ressemblance avec notre histoire contemporaine — nous fournirait des exemples d'une semblable amitié qui s'était établie entre des princes protestans et des prêtres de l'antique foi. Ce serait une preuve de plus qu'il a existé dans tous les temps — disonsle à l'honneur de l'humanité '— des hommes courageux qui se sont élevés au dessus des passions qui agitaient leur siècle. A peine au milieu de leur carrière , ces hommes d'élite panriennent au but où d'autres n'atteindront qu'à leur mort ^ ils ne font plus de distinction entre le tablier de cuir de l'ourrier, la chape du prêtre , et la pourpre des rois 5 quelles que soient les formes du gouyemement et celles de rÉglise, ils les respectent; c'est au dessus des misères de la TÎe sociale qu'ils Toient le but auquel l'humanité doit tendre. L'homme qui consacre ses jours au bonheur de ses semblables , dans quelque rang qu'ils soient placés , et qui , s'élerant par son mépris des faux biens au dessus de ce monde où il se sent à l'étroit , Tit en Dieu et avec Dieu, comme] tous, Monseigneur, celui-là seul comprend le véritable renoncement au monde — qui n'est pas le renoncement à ses joies , mais à ses vaines grandeurs. Prince ! voilà le but où vous avez atteint et où je m'efforce de vous suivre , en vous priant d'agréer les sentimens inaltérables d'amour et de respect que porte
à Votre Altesse.
Son serviteur le plus dévoué, Hbvri ZSGHOKKE.
Abbaye de Mori , 9 arril 1834.