LA PRINCESSE HELENE
Nos peintres ont généralement une fausse idée de la dignité de l'art. Il y a quelques années, un faiseur de peinture historique n'aurait pas voulu pour tout l'or du monde dé(jrader son pinceau jusqu'au portrait. Il se serait regardé comme un homme déshonoré s'il avait commis un tableau de genre. C'était une aristocratie plus susceptible et plus éveillée sur son point d'honneur ([ue l'aristocralie de naissance. Une mésalliance n'aurait pas été plus vivement blâmée dans la noblesse qu'une excursion vers les genres prétendus inférieurs chez un citoyen de la république dos arts.
Ces messieurs mettaient leur gloire à composer des tableaux (|ui n'avaient aucnno espèce d'emploi possible par le sujet et la dimension, et dont personne ne savait ({ue faire. Ils avaient la conscience Iran-
148 1 rSAINS ET K AUX-FORTES.
(juille quand ils avaiciil liarboiiillé une luile d'une trentaine de pieds (jue l'on était obligé de déclouer et de rouler comme un tapis pour la loger dans quelque grenier poussiéreux.
Si vous leur aviez demandé une aquarelle, ils vous auraient jeté à la porte par les épaules, sous prétexte (lu'ils ne peignaient qu'en grand et à l'huile. Les plus chatouilleux vous auraient appelé en police correctionnelle comme leur ayant lait une grossière insulte. Comme si un dessin de Camille Roquepelan et une pochade de Decamps ne valaient pas tous les Achilles luttant contre le fleuve Scamandre, tous les Diomèdes et tous les Ajax de ces messieurs de l'Histoire, qui ne peignent jamais que des sujets tirés de la Fable.
Ce dédain superbe commence à tomber en désuétude. On a compris que la seule chose qui dégradât un artiste, c'est de faire mauvais. Les peintres et les statuaires sentent fort bien qu'il est plus honorable de sculpter une jolie tête de canne, une belle coupe, un serre-papier, ou tout autre objet servant à quelque chose ; de peindre un portrait bien campé, bien ajusté d'un beau style et d'une bonne pâte, que de tailler de grandes statues insignifiantes qui embarrassent les ponts et les places publiques, et de peindre d'énormes toiles qu'aucun appartement moderne ne peut plus contenir.
C'est ce préjugé des artistes de l'Empire et du