‹ Fusains et eaux-fortesChapitre 25 sur 32 · RÉPUBLIQUE UE L'AVENIR · texte numérisé non relu

RÉPUBLIQUE UE L'AVENIR

La République ! certainement nous l'acceptons et nous la voulons sans aucune arrière-pensée, franchement, loyalement ; mais le titre seul ne suffit pas, il nous faut la chose. Toutefois, qu'on se rassure, nous ne sommes nullement un républicain de la nuance la plus foncée. Beaucoup de gens parmi ceux (jui la craignent et plusieurs parmi ceux qui l'aiment se figurent la République avec un accompagnement obligé de guillotine, de maximum, d'assignats, de comité de Salut public, de Montagne, de loi agraire et autres moyens terroristes. Cette idée est la plus fausse (jui se puisse concevoir. République veut dire la chose publique, la chose de tout le monde, le gouvernement de tous {)ar tous ; ce gouv(;rnement se réalise au moyen du suffrage universel, qui abolit virtuellement les privilèges de naissance et de la

fortune, puisque chacun est électeur et éligible. L'égalité de droits et de devoirs devant la loi efface dans la société prise au point de vue abstrait jusqu'aux dernières lignes de démarcation. Sous la Iiépublitiue les hommes sont égaux, libres et frères; mais il ne s'ensuit pas de là quils doivent porter des bonnets phrygiens, se proclamer sans-culottes et se couper récipro(|uement la tète, à l'instar de 93.

Grâce à la détestable éducation universitaire que nous recevons, on s'est toujours formé en France, d'après le De vlris ilhcstrlhus et le SelecUe è p'ofanis, un idéal de républi(|ue farouche, pauvre et mal nourrie. Le brouet noir de Lacédemone et les légumes de Cincinnatus ont été proposés à l'admiration de la jeunesse par des maîtres de pension (|ui avaient leurs raisons pour cela. Les mauvaises études classiques sont pour beaucoup dans le coté odieux de la première Révolution. Si les démagogues d'alors avaient été un peu plus instruits, ils auraient modéré leur enthousiasme à l'endroit du Brulus de Tanjuin et du Brulus de César, tous deux patriciens et aristocrates, et de Sparte, ville libre, que servaient deux cent mille Ilotes, plus maltraités (jue des nègres.

Laissons donc en arrière ces déplorables imitations, ces sanglants archaïsmes, et tachons de faire une Répubhquc entièrement nouvelle ; le pire plagiat est celui de l'échafaud et de la misère.

LA UEPriU.lOrK DK L'AVKNIK. -'M

Quel(|iii3 foriiK' (le ^ouvlm'ik-hhjiiI (lu'on adopte, il ne faut pas ouhlici' qu'elle l'epose sur d(is individus douésdepeachaals invariables, dépassions éternelles comme l'humanité. Les religions, les morales, les gouvernements qui contrarient au delà d'une certaine limite ces instincts fondamentaux, ces forces vives, s'usent fatalement et sont éliminés au l)out d'une certaine période que l'on pourrait pi'éciser. Sans s'être donné le mot, la famille humaine marche d'un pas lent, mais égal, vers un but unique : le bonheur.

Obéissant à des lois pour ainsi dire mathématiques, l'humanité s'arrange dans la proportion suivante : l'homme, la société, la religion. L'homme est le type ; la société et la religion, dont les noms ont la même signification étymologique, en réunissent les individus et les dirigent matériellement et spirituellement, toutefois à la condition de n'exiger de lui que les sacrifices possibles à sa nature. Partie du jardin Edénique, l'humanité veut y retourner.

Quel est l'instinct le plus vif de l'homme? Celui de la liberté. Pourquoi désire-t-il être libre? Pour chercher le bonheur. Qu'est-ce que le bonheur? C'est le bien-être intellectuel et physique acquis sans faire tort à personne. Or, aucun état social ne permet cette recherche comme la République telle que nous l'entendons, c'est-à-dire opulente, splendide, spirituelle et polie ; nous ne concevons pas la Repu-

blique chagrine, misérable, inculte et brutale. Nous comprenons Tidéol en plus, mais non l'idéal en moins. Oii'on rêve de rendre les pauvres riches, cela est naliirel; mais rendre les riches pauvres n'est pas dans la logique du désir, émission ascensionnelle de l'àme vers la ielicilé; en un mot, pour atteindre le niveau, nous aimerions mieux, au besoin, hausser les petits que décapiter les grands. La médiocrité ne saurait être un but, et nous repoussons de toutes nos forces l'égalité des envieux. On a supprimé les titres de noblesse; nous aurions préféré qu'on déclarât gentilshonnnes tous les citoyens français. En effet, n'est-il pas noble dans le plus beau sens du mot celui qui n'obéit qu'à la loi et n'a d'autre servitude que la servitude du devoir? Le titre de citoyen romain était supérieur jadis à celui de roi; qu'il en soit ainsi du litre de citoyen français.

L'égalité mal comprise est la source de toutes les dissensions. La société, en bonne mère, ne doit avoir de préférence pour aucun de ses enfants, mais elle ne peut pas faire qu'ils soient pareils. Dans une course, pour nous servir d'une comparaison grossièrement intelligible, on place pour le départ les chevaux sur la même ligne; mais au bout de quelques secondes les distances s'établissent et les concurrents se classent suivant leur force. Autrefois, certaines races pouvaient seules descendre dans la lice, ou obtenaient une avance considérable, tandis que

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