OBSERVATION XXI
Docteur L.…., comme les malades précédents suit les cours de l’Institut de Médecine coloniale; présente les mêmes conditions étiologiques: pharyngite, voix rauque; toux quinteuse, nombreux spirochètes et bacilles fusiformes dans les crachats le 11 mars 1924.
PATAQ
OBsErvaTION XXII
Le soldat H..., 20 ans et demi, de l'infanterie coloniale,
originaire de la Guyane, entre dans le service le 11 février
Débarqué à Bordeaux le 2 février, venant des Antilles, il est atteint de gonoccocie. Le lendemain de son entrée, fièvre (39° 3), ulcération de l’amygdale gauche, odeur fétide de l’haleine, salivation abondante, ganglions sousmaxillaires et parotidiens; très nombreux baecilles fusiromes et spirilles, angine de Vincent. *]
Le lendemain, 39°.6, puis défervescence régulière.
Traitement: badigeonnages bi-quotidiens de novarsénobenzol, gargarismes à la liqueur de Labarraque. Tout
rentre dans l’ordre le 17 février; état normal (sauf la
blennorrhagie qui continue), avec apyrexie complète jusqu’au 2 mars, où apparaît un petit mouvement fébrile, avec minimum de 38° 4, le 4 mars, accompagné de quintes de toux très fréquentes, nocturnes et matinales, très rares dans la journée, douloureuses, quintes à vide, suivie d’une expectoration rare, non sanguinolente, renfermant de très nombreux spirilles et des bacilles fusiformes.
Des frottis de contrôle prélevés au niveau des amygdales et des sillons gingivaux ne renferment que de très rares spirilles, tandis que les crachats expulsés après les quintes en sont extrêmement riches.
A l’auscultation: bronchite du sommet droit avec respiration soufflante et râles localisés au sommet.
Examen radioscopique: image pulmonaire normale. Ce n’est que le 3 avril, après une période apyrétique de près d’un mois, qu’une nouvelle poussée thermique, identique à celle du début de mars et accompagnée d’une expecto-
a Aie
ration sanguinolente, abondante, toujours très riche en spirochètes et bacilles fusiformes, apparaît, inodore.
Recherche du bacille de Koch: négative, les 11 mars, 4 et 15 avril. :
Cuti-réaction à la tuberculine: négative.
Réaction de Wassermann dans le sang: négative.
Voir courbe de température, page 46 bis.
Ogservarion XXIII
Ne. v. Tr, tirailleur annamite, en France depuis dixhuit mois.
Entre le 21 mars 1924 pour stomatite de Vincent. Il présente, disséminées sur toute la muqueuse buccale, de, nombreuses ulcérations grisâtres, fourmillant de spirilles et de bacilles fusiformes,. ,
Les dents sont déchaussées, quelques petites ulcérations sur les piliers et des deux amygdales. Gros ganglions sous et rétro-maxillaires. Bave continuellement, odeur repoussante.
Traitement: badigeonnages au novarsénobenzol, au bleu de méthylène; gargarismes à la liqueur de Labarraque.
Fièvre pendant six jours. Guérison des lésions le 7 avril. Le 25, mouvement fébrile de peu d'intensité (38° 8), quintes de toux très violentes, nocturnes.
Signes stéthoscopiques de bronchite aux deux bases, avec sibilances «et râles muqueux.
Expectoration très abondante, renfermant de très nombreux spirilles et bacilles fusiformes ; pas de sang.
Recherche des bacilles de Koch: négative; cuti-réaction à la tuberculine: négative; réaction de Wassermann dans le sang: négative.
nd de
OBsERvaATION XXIV
Mme G..., 47 ans. Tousse depuis la fin du mois d’avril 1924 par quintes nocturnes et, matutinales très pénibles, occasionnant de la suffocation, et que des médicaments divers ne modifient pas (benzoate de soude, aconit, capsules de goudron, créosote, tolu).
Début par catarrhe oculo-nasal, très marqué pendant trois ou quatre jours, puis laryngite (voix rauque) et douleur à la déglutition.
Le 14 mai; vient nous voir, effrayée par un crachement de sang très abondant, survenu dans la matinée; sa mère étant morte de tuberculose pulmonaire, croit avoir, elle aussi, de la tuberculose.
Râles de bronchite généralisée; pas de bacilles de Koch; mais très nombreux spirilles et bacilles fusiformes dans les crachats. Nouvelles hémoptysies les 15 et 16 mai: aspect d’une hémoptysie tuberculeuse assez abondante; mêmes constatations microscopiques. Pas de fièvre, légère céphalée.
Le 20 mai, présente, sans prodromes marqués, sans fièvre, une éruption généralisée sur tout le corps: face, cou, tronc, membres, aussi bien en avant qu’en arrière. Eruption d’aspect scarlatiniforme: plaques rouge vif, légèrement saillantes, non prurigineuses, quelques-unes atteiognant la dimension de la paume de la main.
Au niveau des mains, l’éruption gêne les mouvements des doigts et donne l'impression de gonflement sans douleur. Cette éruption se maintient aussi rouge pendant 48 heures, puis diminue d’intensité et disparaît progressivement en l’espace de dix jours. Le 30 mai, elle a à peu près disparu sans desquamation consécutive.
En même temps que cet érytlième, une légère diarrhée
s’est manifestée, qui a duré trois jours, à raison de trois à quatre selles liquides dans ‘les 24 heures. Le foie, légèrement douloureux à la pression, n’a pas paru augmenté de volume; rate non percutable; quelques nausées le 20 mai, jour de l’apparition de ces phénomènes.
Urines foncées, réaction de Hay positive, le 22 mai, deux jours après le début de l’éruption; négative le 2 juin, après la disparition de l’éruption. T'einte subictérique des conjonctives pendant une semaine.
Arthralgie dans les articulations des membres infé-
rieurs, genoux et cou-de-pied.
Tous ces phénomènes ont apparu sans qu’il soit possible de les rattacher à une intoxication alimentaire quelconque (pas de conserves, pas de poisson, pas de coquillages, régime à prédominance végétarienne) ou à une intoxication médicamenteuse, le traitement consistant uniquement en inhalations d’un mélange de goménol, eucalyptol, essence de térébenthine dans de l’alcool.
Par la suite, en raison de la persistance des quintes de toux, a été soumise au traitement par le stovarsol; en a absorbé 14 grammes en quinze jours : ‘effet sédatif remarquable : plus de toux et disparition des spirochètes.