Questions historiques^ p
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de naissance, qui ne pouvait se communiquer que par le sang, et qu'à côté de lui surgit de bonne heure une noblesse nouvelle, qui fiit par excellence la classe dirigeante de TEtat, et à laquelle tous avaient accès par la gestion des hautes magistratures.
S'il était possible de suivre pas à pas les divers chapitres de la Cité antique^ on reiftarquerait partout le même procédé. Il n'est rien dans l'histoire des institutions de la Grèce et de Rome que M. Fustel de Coulanges ne ramène à l'histoire des idées religieuses; et, comme il met au service de cette opinion toutes les ressources d'un esprit aussi puissant qu'ingénieux, le lecteur finit par se persuader que la religion a été véritablement le facteur unique de l'évolution politique et sociale des peuples anciens. Il a beau se dire que ce doit être là une interprétation partielle des choses; malgré lui il est entraîné par cet engrenage de déductions rigoureuses, et il en arrive à penser, comme le voulait M. Fustel, que ces deux sociétés sont absolument inimitables, que (( rien dans les temps modernes ne
leur ressemble », et que « rien dans l'avenir ne leur ressemblera * ».
Or c'est ici précisément qu'est l'erreur. Si grandes, en eflfet, que soient les différences qui nous séparent des Grecs et des Romains, il y a entre eux et nous de frappantes analogies. Un Athénien du iv* ou du v® siècle est peutêtre plus voisin de nous qu'un Français du moyen âge, et j'imagine que César, Pompée, Cicéron, Démosthène, Périclès et même Solon, ne seraient pas trop dépaysés dans l'Europe contemporaine. Nous n'avons pas les mêmes idées religieuses que les anciens; mais nous avons les mêmes besoins physiques, les mêmes préoccupations matérielles qu'eux, et nos actes publics ou privés sont déterminés, au moins en partie, par les mêmes intérêts que les leurs. M. Fustel s'en rendait compte mieux que personne. L'auteur de l'étude sur Polybe^ celui qui a tant insisté sur la prépondérance qu'ont eue dans tous les pays les questions économiques, celui qui a cherché dans la pra-
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FUSTEL DE GOULANGES.
tique du précaire la clef de Thistoire intérieure de Rome jusqu'à TEmpire *, n'était pas homme a méconnaître tout ce qu'il entre de considérations de ce genre dans les mobiles humains.
Si dans la Cité antique il ne les a point signalées, (?e n'est pas par ignorance, c'est en vertu d'un dessein prémédité. Il savait *bien qu'il laissait dans l'ombre une multitude de faits qui, pris en eux-mêmes, n'étaient certes pas négligeables; mais l'objet de son livre, comme d'ailleurs de tous ses premiers travaux, était de prouver une thèse, et il écartait d'emblée les tçxtes qui n'ét&ient pas utiles à sa démonstration.
La théorie qu'il avait en vue acquérait par là un relief extraordinaire; mais, n'étant fondée que sur la moitié des faits, elle n'était qu'à moitié vraie; elle énonçait avec force une vérité, elle n'énonçait pas toute la vérité. M. Fustel ne dit rien de faux sur l'âme gréco-romaine ; mais comme il n'en retrace pas tous les traits, i\ risque de tromper ceux qui seraient tentés