‹ Fustel de Coulanges (volume 2)Chapitre 23 sur 96 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

L'enseignement de Fustel de Goulanges à rÉcole normale supérieure et à la Sorbonne.

Je me rappelle encore Timpression que M. Fustel de Goulanges produisit en 1871 sur ma promotion. Nous avions été habitués jusquelà h un enseignement très dogmatique, le seul d'ailleurs qui convienne à des élèves de lycée, et brusquement nous nous trouvions en présence d'un maître qui nous invitait à ne jamais le croire sur parole, qui même nous provoquait à la controverse. L'auteur de la Cité antique nous paraissait pourtant plus que personne digne de prononcer des oracles, et nous attachions tous une valeur exceptionnelle à ses

moindres affirmations. Mais cela même doublait à nos yeux le poids de ses conseils. Le langage qu'il nous tenait à cet égard n'avait en soi rien de bien original; mais il était tout nouveau pour nous, qui étions à peine échappés du collège, et il nous remuait profondément parce qu'il empruntait une autorité particulière à la bouche d'où il sortait.

Cet appel adressé à notre liberté intellectuelle avait encore un autre attrait : il nous inspirait une conBance presque illimitée dans nos propres forces, et nous donnait au moins l'illusion de penser que nous étions aptes aux plus difficiles entreprises. Quels beaux projets nous avons alors formés! Quelles vastes ambitions nous avons conçues ! Et quel ravissement quand nous avions la chance de découvrir, en attendant mieux, une petite nouveauté qui, après examen, n'était souvent qu'une erreur! «L'enseignement, disait plus tard M. Fustel, doit être un éveil des esprits. Au grand eflFort que fait pour chaque leçon le professeur répond une impression vive de l'étudiant ou de l'auditeur; son esprit est excité, et d'une certaine façon

sa FUSTËL DE GOULANGES.

travaille. » La méthode allemande, qui consiste à dicter presque une série de cahiers à peu près immuables, (c laisse l'étudiant passif; avec la méthode française, quand elle est bien pratiquée, il est actif et toute son intelligence est mise en mouvement * ». Ce mérite que par politesse il attribuait à tous ses collègues, il le possédait, quant à lui, au suprême degré.

S'il en est parmi ses élèves qui ont l'amour désintéressé de la science^ le goûtdes recherches ardues, l'âpre passion du vrai, c'est à lui qu'ils en Éotit redevables ; t'est lui*quia déposé dans leur cœur une parcelle du feu sacré qui l'ani* mait ; c'est lui dont l'ardeur continue d'échauffer leur parole et leurs écrits.

Bien qu'il fût spécialement chargé de l'histoire des Grecs et des Romains, M. Fustel de Coulanges nous parlait volontiers des peuples de l'Orient ; il nous fit même quelques leçons sur les Gaulois. Dans ce domaine qui lui était peu familier, il éprouvait une certaine gêne : il ignorait la langue des documents originaux,

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