Questions historiques ^ p. 3 et suiv
Les « préjugés » politiques et religieux, au sens étymologique du mot, ne sont pas moins funestes à la vérité. Voyez combien nos meilleurs historiens ont cédé à l'esprit de parti. Augustin Thierry est toujours demeuré à l'écart des affaires publiques, et pourtant il avoue que, s'il aborda l'étude de l'hjstoire vers 1817, ' ce fut pour y trouver des arguments k l'appui de ses opinions. Plus tard, cette étude lui plut pour elle-même; mais il ne cessa pas « de subordonner les faits à l'usage qu'il en voulait faire ». Il était tellement hanté par la pensée du présent que la « catastrophe » du 24 février 1848 lui arracha la plume des mains. Par cette révolution, l'histoire de France lui parut « bouleversée autant que l'était la F'rance elle-même * ». Le passé n'avait plus de sens îi ses yeux, du moment que la royauté bourgeoise de Louis-Philippe était par terre. Pour Michelet, on sait comment ses idées sur la vieille France se transformèrent à mesure que s'accentua son hostilité contre la religion
1. Préface des Lettres sur l'histoire de France. — Préface de V Essai sur l* histoire du TierS'Etat.
eatholique et contre la monarchie. Quant à Guizot, ses ouvrages sont surtout des leçons « de politique rétrospective * )>. Il apprécie les événements plus qu'il ne les raconte, etilles juge d'après les vues quelque peu étroites'd'un doctrinaire de 1830. Il a dans sa tête un certain idéal de gouvernement, celui-là même qu'il essaya de réaliser, et il distribue l'éloge ou. le blâme entre les divers régimes dont il
parle, suivant qu'ils s'en rapprochent ou qu'ils s'en éloignent.
M. Fustel de Coulanges a constamment lutté contre cette tendance; et il a prouvé par son propre exemple qu'on pouvait éviter ce travers. Il n'avait pas de croyances religieuses; personne cependant n'a mieux saisi que lui l'esprit des religions antiques, et un écrivain catholique qui lui est peu favorable, M. Kurth, reconnaît qu'il a eu « le sentiment très profond de la place qu'avait l'Eglise dans la vie des hommes de l'époque mérovingienne ».
Ses papiers inédits nous révèlent qu'il avait,