‹ Fustel de Coulanges (volume 2)Chapitre 71 sur 96 · Le Bénéfice, p · texte numérisé non relu

Le Bénéfice, p

. 2. La Gaule romaine^ p. i35.

SA PHILOSOPHIE DE l'hISTOIR^. 205

guère, en général, k violenter les populations qu'ils gouvernent, et, si par hasard ils en conçoivent l'ambition, ils se condamnent à un échec infaillible.

Dans une discussion mémorable qui eut lieu à l'Institut, M. Fustel prononça une parole qui étonna beaucoup. « Ce qui caractérise le véritable homme d'Etat, dit-il, c'est le succès*. » Le succès, en effet, est l'indice qu'un homme politique a deviné les besoins réels de ses contemporains, et qu'il leur a accommodé ses plans. S'il eût voulu agir autrement, il n'aurait recontré qu'hostilité ou indifférence, et son œuvre eût été dès le début frappée de caducité. Un

1. (i Ce n'est pas que nous adorions la fortune, mais c'est parce que le gouvernement des peuples n'est pas une spéculation pure. Il ne suffit pas à l'homme d'Etat comme au philosophe que ses yues soient conformes à un idéal de morale et de logique; ce qui importe ayant tout, c'est qu'elles soient applicables. Il faut qu'elles s'adaptent aux intérêts complexes, aux besoins variés, même aux passions et quelquefois aux préjugés ou aux erreurs des hommes. C'est alors seulement qu'il peut exercer une action sur la société, et la rendre ou plus forte, ou plus prospère, ou meilleure. S'il ne réussit pas, si la société sort de ses mains telle qu'il l'avait reçue, on pourra dire de lui qu'il est un penseur profond ou un courageux initiateur; on ne reconnaîtra pas volontiers qu'il soit un homme d'État parfait. » {Compte rendu des séances de V Académie des sciences morales, t. CVII, p. 428.)

homme d'Etat qui échoue, comme Turgot, est presque toujours victime du désaccord qui existait entre ses propres vues et les vœux de Topinion publique*. On peut poser en règle qu'un événement qui procède exclusivement de la fantaisie d'un individu restera à peu près stérile. Le couronnement de Charlemagne comme empereur « a eu peu de portée sur la marche des institutions du pays* », parce qu'il né fut ni réclamé ni attendu par les populations. Il est même assez fréquent qu'une réforme produise de tout autres effets que ceux qu'en espérait son auteur. Les Carolingiens imaginèrent de fortifier leur autorité par le sacre; ils comptaient qu'en se présentant à leurs sujets comme les délégués directs de Dieu, ils n'en seraient que mieux obéis. Or il advint que la puissance énorme qu'ils tiraient de là

1. « L'opinion publique que l'histoire doit observer et constater n'est pas l'opinion du petit nombre d'hommes qui pensent, c'est l'opinion de la foule qui vit. Cette opinion publique n'est pas une idée pure qui parte de l'intelligence

de^ plus éclairés ou de la conscience des meilleurs ; elle sort *

des intérêts les plus égoïstes et des sentiments les plus étroits, » (Compte rendu, p. 470.) î

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