‹ Fustel de Coulanges (volume 2)Chapitre 81 sur 96 · Questions historiques f p · texte numérisé non relu

Questions historiques f p

Voilà au fond le vrai sujet, et voilà aussi la doctrine que M. Fustel répudie.

Il semble que rien ne soit plus aisé que de distinguer la propriété collective et la propriété privée. Mais les historiens s'y sont plus d'une fois trompés. Il est donc essentiel d'écarter au préalable toute cause d'équivoque.

Dans le régime de l'indivision, la terre est la propriété collective « de tout le peuple, de toute la tribu ou de tout le village ». Alors, « de deux choses l'une : ou bien elle est cultivée en commun, ou bien elle est partagée chaque année par ce peuple, ou cette tribu, ou ce village ». L'individu n'exerce sur son champ qu'un droit de culture et de jouissance. « Il ne peut ni vendre, ni faire donation, ni laisser à ses enfants ; nul n'hérite et il n'y a pas de testament. »

Quant à la propriété privée, elle est susceptible de revêtir deux formes différentes. — Si elle est purement individuelle, « non seulement l'homme possède le même champ toute sa vie; mais encore il peut le vendre, il peut le donner, il le laisse à ses enfants ou le lègue à qui il

veut ». Si elle a le caractère familial, ce n'est pas l'individu qui la possède, c'est la famille, la famille présente et la famille future. On la reconnaît à ce triple signe, qu'elle est héréditaire, qu'elle ne passe pas aux femmes, lorsque celles-ci émigrent par le mariage dans une autre famille, que la vente et le testament sont prohibés ou du moins subordonnés à des restrictions qui les rendent fort rares.

C'est ce dernier genre de propriété que M. Fustel place au début des sociétés.

En Grèce, le fait est tellement avéré qu'on n'a, pour en fournir les preuves^ que l'embarras du choix.

Sur les Gaulois, il n'ose se prononcer. Il croit, d'après le témoignage de César, que la propriété privée dominait parmi eux au moment de la conquête, mais il ignore si c'était la propriété familiale ou la propriété individuelle*.

Il est beaucoup plus explicite sur les Germains. L'examen minutieux du livre de Tacite

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