‹ Fustel de CoulangesChapitre 57 sur 82 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

r les questions s octale B-

Les questions sociales eurent de tout temps pour M. Fustel de Coulanges un vif attrait.

Comme il pensait que l'intérêt est le motif principal des actions humaines, que la protection des intérêts privés et des intérêts collectifs est l'objet esseatiel de la société, que les querelles des partis, que les guerres internationales portent presque toujours sur des questions d'intérêts, il recommandait à l'historien d'examiner avant tout comment chaque peuple avait conçu et organisé la propriété, la justice et l'impôt, et c'est ce qu'il ne manquait pas de faire lui-même. A In Sorbonne, il choisit

220 PUSTBL DE COULANGBS.

successivement pour sujets de cours la propriété foncière en Grèce, à Rome, et dans la Gaule franque. C'est encore cette institution qu'il décrivit avec un soin tout spécial dans son grand ouvrage, et, comme s'il eât estimé que le problème n'était jamais assez élucidé, il en reprit les parties les plus obscures dans une série de monographies détaillées.

Dans cet ordre d'idées, un des points qui le préoccupèrent le plus vers la fin de sa vie, ce fut de savoir quel avait été le mode habituel de propriété à l'origine des sociétés. On répète volontiers que les hommes ont partout commencé par le communisme et qu'ils ne sont arrivés à la propriété individuelle qu'avec une extrême lenteur. Cette opinion s'appuie sur deux sortes d'arguments. D'abord, on croit saisir la trace de l'indivision primitive du sol dans une foule d'usages qui se sont perpétués au milieu même de l'époque oii l'indivision avait disparu. En outre, partant de ce postulat que les sauvages actuels reproduisent trait pour trait la manière de penser et de vivre des premiers hommes, on suppose que les ancêtres les

d;,Googlc

loi? La comparaison ne devrait venir qu'aprèi une étude scrupuleuse et complète de chaque peuple. En histoire comme en toute science, l'analyse doit précéder la synthèse. Je voudrais que l'histoire du mir russe, celle du village hindou ou javanais, celle de la communauté agricole de Croatie, et même celle de la mark germanique fussent plus nettement connues qu'elles ne le sont, avant qu'on tirât du rupprochement de ces connaissances une conclusion générale. Je souhaiterais qu'une première génération de travailleurs s'appliquât séparément à chacun de ces objets et qu'on laissât à

D..„-:;c:,G00gIe

ETUDES BUn LES QUESTIONS SOCfALES. 233

la génération suivante le soin de chercher la loi universelle <}ui se dégagera peut-être de oes études particulières '. »

Ce programme, il tâcha de l'exécuter luimême en ce qui concerne les Grecs, les Gaulois et les Germains. Pour les premiers, il a rédigé un mémoire assez développé sur Sparte. II choisit Sparte parce que c'est précisément « une des villes anciennes que l'on présente volontiers comme ayant pratiqué la communauté le plus longtemps ou eu ayant au moins conservé des vestiges* ». On y a rattaché après coup deux fragments inédits, dont l'un sur la Grèce en général et l'autre sur Athènes. Ce ne sont là évidemment que des ébauches, parfois un peu sommaires, mais dignes pourtant d'être livrées au public. Pour les Gaulois, il écrivit seulement une dizaine de pages contre une théorie de M. d'Arbols de Jubainville *. Il s'étendit beaucoup plus sur les Germains.

Page 1