‹ Fustel de CoulangesChapitre 6 sur 82 · Lettre du 4 jaiiTiei 136â & U. Perrot · texte numérisé non relu

Lettre du 4 jaiiTiei 136â & U. Perrot

□aissances. Il ne se souciait pas davantage d'encombrer ses leçons d'une foule de détails secondaires et de curiosités insignifiantes. Il estimait qu'en histoire le difBcile est de choisir, et il possédait lui-même un flair merveilleux pour discerner les points saillants d'une question, si bien qu'après l'avoir écouté on emportait une notion précise et durable du sujet. Les menus faits n'avaient de valeur à ses yeux que par les idées générales qui s'en dégageaient naturellement. S'il rappelait une anecdote piquante, un trait de mœurs original, ce n'était pas pourdivertirl'assistance, c'était pour peindre un homme ou une société.

Une fois, il définit en ces termes le caractère romain :

« Ce qu'il y a de plus beau chez le Romain, c'est l'attachement à la cité. Jamais il n'agit contre les intérêts de l'Etat. Dépositaire des fonds pubHcs, il se garde de s'en approprier un sesterce. On ne le voit pas, même en temps de guerre civile, faire, comme le Grec, alliance avec l'étranger. Qu'Hannibal se présente aux portes de Rome déchirée par les discordes

î.Gooj^lc

LE SÉJOUR A STnASBOCRG. 2t

intestines : aussitôt les dissensions cessent et tous se tournent contre l'ennemi commun.

Devant l'étranger, le Romain ne montre ni bassesse ni corruption. Scipion vient de prendre en Espagne une ville carthaginoise. Ses soldats lui amènent la plus belle des captives. Ils savent ce qu'ils font; mais le général voit les Espagnols qui le regardent; il la renvoie pour faire dire que les Romains sont vertueux. »

Voici encore de quelle façon il entama la description de la conquête de l'Angleterre par les Normands :

H Je m'arrête à cet événement parce qu'il caractérise le mieux l'état moral et social d'alors. 11 permet de toucher du doigt les motifs des actions des hommes de ce temps; on voit en jeu leurs pensées, leurs sentiments, eurs passions, leurs convoitises, en un mot .es vrais ressorts qui donnaient l'impulsion k leur cœur. Tout est triste, petit, odieux, chez les vaincus aussi bien que chez les vainqueurs. il n'y a de grand que les souffrances. Augustin Thierry a fait son récit en artiste ; il nous

21 FUSTEL DB GOULANGBS.

intéresse aux victimes; il répand des fleurs sur leurs tombes. Je ne l'imiterai pas. En consultant les documents authentiques, je ne trouve rien à louer, même chez les Saxons. Il faut les plaindre, mais non les absoudre. »

Dans une ville aussi sérieuse que l'était Strasbourg, cette élévation de jugement et de langage attira vite l'attention. Bien que la Faculté fât logée dans un quartier peu accessible, on se pressa de plus en plus aux leçons de M. Fustel, et il eut assez promptement un auditoire régulier de trois cents personnes. Son succès ne fut pas une simple affaire de mode. On accourait vers lui pour s'instruire autant que pour se distraire, et le professeur eut la satisfaction de parler devant des élèves à barbes grises qui prenaient des notes avec tout le zèle de la vingtième année. Puis, à la sortie du cours, c'étaient dans la longue rue Snint-Guillaume des conversations interminables où chacun trahissait « par la vivacité de ses gestes et de ses paroles » le plaisir qu'il venait d'éprouver et l'impression qu'il venait de r

î.GoogIc

LE SEJOUR À STBÂSBODBG. 3S

Si flatteuse que fût pour lui cette agitation intellectuelle, M. Fustel nourrissait encore une autre ambition. Il aurait voulu créer auprès de sa chaire un laboratoire de recherches historiques, analogue à ces « séminaires » d'Allemagne dont la légitime réputation humiliait son patriotisme. Mais ce qui manquait alors le plus à notre enseignement supérieur, c'étaient les étudiants assidus.

M. Duruy essaya de lui en procurer par le décret du 11 janvier 1868, qui instituait dans certains lycées des emplois de maîtres auxiliaires astreints à suivre les conférences des facultés préparatoires à la licence; c'est ce qu'on appela assez improprement des a écoles normales secondaires ». M. Fustel applaudit à cette innovation j mais, au lieu de s'enfermer dans les étroites limites des programmes d'examen, il prétendit dresser les jeunes gens qu'on lui confiait au travail libre et désintéressé. Dans ces entretiens familiers où il se faisait leur collaborateur, les exercices étaient très variés. Tantôt on commentait un document tel que la Germanie de Tacite, le De

FUSTBL DE COnLANGES.

( de Cicéron. VHistoire des Golha de . Tantôt on discutait les théories d'un moderne, comme l'Esprit des lois, les rs romains de Belot, ou la Politique de

Tantôt on exposait, autant que possirès les textes, uoe question d'histoire , et c'était avec une incomparable sûreté >de <]ue M. Fustel rectifiait les opinions s devant lui.

ceux qui travaillèrent sous sa direction un spécimen des observations critiques sseur. 11 s'agissait ce jour-là du traité let.

onne à la loi, disait M. Fustel de Couine origine divine, et, en attendant, il un pacte solennel par lequel les

conviennent ensemble de ce qui est re pour former leur société. Il fait

les ministres de Dieu, les lieutenants , même des dieux sur la terre, et pourle les affranchit pas de la loi, œuvre nme. Les sujets, d'après lui, doivent ce une entière obéissance; mais la est ordonnée contre le roi, quand il

Page 1