LE SEJOUR A STRASBOURG
commande contre Dieu.... Ce livre, en somme, est singulièrement pauvre d'idées et de vérités. Bossuet était, en matière de fçouvernement, plein d'inexpérience. Cela n'est pas étonnant chez un prélat du temps de Louis XIV : le clergé d'alors vivait trop séparé de la société laïque. Au moyen âge, beaucoup d'évéques et d'abbés étaient des seigneurs féodaux et connaissaient les affaires. 11 s'en trouve jusque dans les temps modernes qu'on voit s'initier de bonne heure à la politique et à la diplomatie. Richelieu s'était destiné au gouvernement avant d'être évèque. Bossuet appartient à une génération où le haut clergé ne portait plus son attention de ce côté '. »
Dans les premières années, M. Fustel se plut beaucoup à Strasbourg. « J'aurais grand tort de me plaindre, écrivait-il le 13 juin 1862. Je suis heureux, j'ai reçu bon accueil, je travaille, et j'ai une liberté complète. » Mais bientôt l'humidité du climat amena des maux de gorge, des rhumes, des migraines, qui le
condamnèrent à se ménager, qui même l'obligèrent en 1866 à aller chercher dans le Midi de la France un ciel plus clément. On lui conseillait de demander son changement. 11 s'y refusa; il lui en coûtait trop de quitter une ville où il était entouré des plus ardentes sympathies ', et où il sentait que son enseignement « portait quelques fruits ».
Mais s'il lui répugnait de se déplacer en province,, il se prenait à désirer de plus en plus quelque chaire parisienne. Il redoutait ■ pour sa santé d'esprit un séjour trop prolongé, même dans la faculté qui lui était échue. « La province a du bon, disait-il; mais encore n'en faut-il pas abuser. Je crains de m'endormîr; je deviens paresseux; il me semble que mon sang circule moins vite qu'autrefois. Personne avec qui causer. On échange des nouvelles, mais des idées jamais. Pas d'amis, j'entends pas de compagnons d'étude et de pensée. Pour le travail, je suis comme seul au monde, toujours avec moi-même, ne recevant des autres
I. Au mais d'octobre 1868, son audiloire lui offrit un? médaille comméiDoratiTe en\émoiiraage d'estime.
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aucune impulsîoD, aucune chaleur. Quand mes forces seront épuisées, quand j'aurai attrapé le fond du sac, que deviendrai-je? Et pourtant je travaille, je travaille même beaucoup; mais à quoi me sert mou travail? Quand j'ai employé toute ma semaine à creuser une question, arrive le samedi; je parle pendant une heure, et puis verba volant, autant en emporte le vent. Il ne me reste de tout cela que des applaudissements, c'est-à-dire un peu moins que rien. Je suis las de travailler pour si peu de chose '. »
Aussi, lorsqu'en 1870 une vacance se produisit à l'École normale, il saisit l'occasion avec joie. Il eut plusieurs concurrents, dont un surtout, Taine, était particulièrement redoutable. On ne le vit pas cependant se précipiter vers Paris pour y défendre sa propre candidature. Il laissa ses amis et ses livres agir pour lui *. Un de ceux qui le patronnèrent le plus chaudement, ce fut M, Duruy, qui déjà pendant son ministère avait songé à le tirer de