‹ Fustel de CoulangesChapitre 77 sur 82 · LES DERNIERES ANNEES. 2G · texte numérisé non relu

LES DERNIERES ANNEES. 2G

pagne qu'il possédait à Massy, ut dès lors il ne quitta guère son lit, tout en continuant de travailler.

Le hasardm'ayant fixé pour les vacances dans son voisinage, j'ai assisté de près aux progrès de sa maladie. Au commencement d'ao&t, il se faisait encore de grandes illusions; il craignait seulement de ne plus pouvoir remonter dans sa chaire; mais quelques semaines après, il se sentit perdu. 11 attendit la mort avec résignation. 11 tenait pourtant à la vie, non pour lui, mais pour sa famille dont il était l'orgueil, pour la science à laquelle il devait ses joies les plus vives, pour son œuvre qu'il regrettait de laisser interrompue. Il s'intéressait toujours à ses amis; il songeait à l'École normale, qui n'avait jamais cessé d'avoir ses préférences. II garda jusqu'au bout toute salucidité d'esprit, et il est doux de penser que cette belle intelligence ne s'est éteinte qu'avec la vie.

Je le vis pour la dernière fois le 9 septembre. Sa langue était épaisse et sa parole confuse; la mort évidemment planait déjà sur lui. Il souffrait peu, sauf dans ses quintes de toux;

voulez me revoir, me dit-il, ne tardez pas trop. » Il mourut le jeudi 12 septembre, h onze heures du matin. Bien qu'on fût au milieu des vacances, plusieurs de ses confrères de l'Institut, de ses collègues de la Sorbonne, de ses anciens camarades et de ses élèves, accoururent autour de son cercueil. Par son ordre exprès, aucun discours ne fut prononcé sur sa tombe.

Dans une note antérieure de quelques années, il avait déterminé lui-même le caractère qu'auraient ses funérailles. Je cite ces lignes, parce qu'il me semble que soa àme s'y peint tout entière : » Je désire un service conforme à l'usage des Français, c'est-à-dire un service n l'église. Je ne suis, à la vérité, ni pratiquant, ni croyant ; mais je dois me souvenir que je suis né dans la religion catholique et que ceux qui m'ont précédé dans la vie étaient aussi catholiques. Le patriotisme exige que si l'on ne pense pas comme les ancêtres, on respecte au moins ce qu'ils ont pensé. »

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