‹ Fustel de CoulangesChapitre 76 sur 82 · LES DERNIERES ANNEES · texte numérisé non relu

LES DERNIERES ANNEES

M. Perrot, lui était connu; il était assuré, m'écrivait-il, qu'après lui « l'École ne courrait aucun risijue u; il n'éprouvait donc « aucun scrupule à se retirer ». Dans une lettre qu'il lui envoya à cette occasion, M. Jules Ferry, alors ministre de l'instruction publique, lui exprima « sa haute estime pour les éminents services qu'il avait rendus n à cette maison, et « ses regrets très vifs d de ne pouvoir empêcher son départ.

Ce fut pour lui une véritable délivrance. Il retourna avec bonheur a la Sorbonne, à son enseignement, à ses études. La science, qu'il avait un moment délaissée, semblait avoir pour lui un charme tout nouveau ; ii se voua à elle sans ménagement. Les six années qu'il vécut

encore furent très fécondes. Tandi:

que

période comprise entre 1870 et 1883 il n'avait publié que le tome I de ses Inslitutions et divers mémoires ou articles de revue, de 1883 à 1889 il publia les Recherches sur quelques problèmes d'histoire, la Monarchie franque, V Alleu et le domaine rural. En même temps il écrivait sur le Bénéfice un volume qui parut

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peu après la mort, et il recueillait d'altondaiit* matériaux pour la refoate complète de celui qui traitait de l'Empire romain et dei invasion! '.

On a attribué cette fougue d'activité à un motif intéressé. « Il voyait, a-t-on dit, investi peu à peu par ses coucurents le terrain oii ii s'était établi. Tandis qu'il s'attardait à ses opérations de siège et se laissait tenter par les sorties, des œuvres rivales de la sienne s'élevaient aux alentours et la place qu'il disputait si vaillamment était comme entreprise de tous les cptés à la fois '. »

C'est, à mon avis, mal connaître le caractère

de M. Fustel que d'expliquer ce redoublement

d'ardeur par le désir d'aller plus vite que ses

confrères en érudition. Nul n'a été moins

jnloux que lui des travaux d'autrui. Loin de

vouloir se réserver !a possession exclusive du

domaine qu'il fouillait avec tant d'acharnement,

1. Il gongeait également it remanier \a Cilé antique. • J'ai toujours le désir de refaire une nouvelle édition in-S, qui «oit au courant des traïaui récent! et o£i les note* eoient plu* abondantes. J'espère que ce sera bientAt. • (Lettre

du 26 octobre 16Si.) î. Albert Sorel, Nolicc, p, 31.3Î,

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il conviait à la même tâche tous ceux qui se croyaient de force h s'y associer. Il savait bien qu'il aurait toujours quelque chose à dire après eux, et, quand même il n'aurait pas nourri cet espoir, il aimait trop la science pour s'alarmer du concours que de bons esprits pourraient lui prêter.

S'il parut désormais se hâter davantage, ce fut en réalité parce qu'il bénéficiait maintenant du long et patient labeur des vingt années précédentes. Il commençait, suivant sa propre expression, M à avoir beaucoup d'acquis »; son talent était dans toute sa plénitude; sa méthode était devenue plus exacte et plus rigoureuse; bref, il se trouvait admirablement préparé pour exploiter le riche fonds de fails et d'idées qui s'était formé en lui.

Le malheur est que sa santé ne répondit

pas

I son ambition. A dire vrai, elle n'avait

jamais été bien solide. Déjà à Strasbourg il se plaignait de ses névralgies, de ses accès de fièvre, de l'extrême fatigue qui l'accablait au mois de juillet, de la dure nécessité qui par moments le condamnait à fermer ses livres. A

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Paris il y eut d'abord une amélioration sensi- I)le ; mnis, comme il s'imposnit un travail assidu de huit à dix heures par jour, qu'il se refusait tout exercice physique, tout repos, même pendant les vacances, qu'il ne donnait aucun relâche à son esprit toujours tendu par l'étude, son corps finit par s'user. Étant directeur de l'Ecole normale, il eut une crise assez grave qui inquiéta sérieusement son entourage. Néaumoins il se soutint encore, malgré une toux opiniâtre qui le lassait et l'énervait de plus en plus. Il aurait dû s'astreindre alors à un régime plus raisonnable et mieux appropriéà son étut. Jnmais, au contraire, il ne fut plus âpre à la besogne. On eût dit qu'un pressentiment secret l'avertissait de sa fin prochaine et l'invitait à produire d'urgence tout ce qu'il avait découvert de vérités, tl alla passer deuxhivers consécutifs à Cannes et a Arcachon ; mais il eut soin d'emporter avec lui ses livres et ses notes, pour y achever chaque fois un volume.

Quand il revint du Midi au mois d'avril 1889, il était visible que ses jours étaient comptés. Il s'installa bientôt dans la maison de cam-

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