ACTE V. — SCENE III
Idiol à ce point d'aimer son assassin.
Pour loi î
MOSQUITO
Pour moi? Qui donc m'assassine?
l'autre taureau.
Ton frère.
MOSQUITO
Gil! C'est pour me tuer...
l'autre taureau.
Ce n'est pas pour te traire, Je suppose...
MOSQUITO
Que Gil m'a conduit?... Est-ce donc De cela qu'il semblait me demander pardon?... Non ! il aurait pleuré.
l'autre taureau.
Veau !
MOSQUITO
Non !
l/ AUTRE T AT RE AU.
C.œiir cliai'i table, (".ombien donc étions-nous d'abord dans cette élable? Cinq. Et nous ne restons maintenant que nous deux. Les trois qui n'y sont plus, qu'est-ce qu'on a fait d'eux ? (.^.rois-tu qu'ils soient coucliés au fra.s sous la feuillée? Tiens, ton frère a laissé la porte entre -baillée; Pe la place où je suis, je peux voir. Quel charnier! Les deux premiers sont là, gisants. Mais le dernier Est debout, et combat. Bien, camarade! Ah! comme On l'environne ! Il vient de renverser un homme. Perce-le de ta corne ! On agite un drapeau Pour l'attirer ailleurs. Des flèches dans la peau! Le sang sort de son front que la pointe déchire Et lui remplit les yeux.
MOSQUITO
Tu mens! car j'entends rire.
l'autre TAUREAU.
Aux éclats.
MOSQUITO
Eh bien donc?
l'autre taureau.
Jamais pareils transports
AGTK V. — SCHNE Iir. 2.}o
N'ont exprimé lu joie humaine.
MOSQUITO
Eh bien, alors?
l'autre taureau. Eh bien, alors, mon cher, c'est très comique, un rnle.
MOSQUITO
Si tu disais vrai!... Non ! le soleil en est pâle !
Non ! Tuer est affreux déjà, mais, — tiens, tais-toi ! —
Tuer joyeusement ! C'est une sombre loi
Que celle qui contraint l'homme au meurtre, sous peine
De mort. Mange ou péris. Il frappe donc, sans haine.
Et comme on se résigne à la nécessité.
Il souffre autant que nous de son atrocité,
Et bien des fois sans doute, avant qu'il se décide,
Il hésite longtemps du meurtre au suicide.
Alors je lui pardonne, et je le lécherai
Pendant qu'il me tuera. xMais si tu disais vrai...
Si l'homme... Je te dis que ce n'est pas possible!
Le massacre content ! le ràlement risible !
Non ! L'homme, qui nous est supérieur, gaîment
Assassiner ! non ! non ! faire un amusement
D'un supplice effroyable encor que légitime!
Tuer par jeu, luer en raillant la viclime, Tuer en éclatant de rire !
l'autre taureau.
La façon M'importe peu. Mon cher, tu m'as l'air d'un poisson Qui s'inquiéterait de la sauce à laquelle ïl doit être mangé. Que ce soit dans l'écuelle D'un mendiant ou bien dans l'assiette d'un roi, Au rire ou bien aux pleurs, que je sois mangé, moi, Ça m'est égal. Pourtant, si peu que Dieu m'exauce, Je tâcherai de faire à ma mort une sauce Piquante.
Entre un homme.
L HOMME, à Mosquito.
A toi. Viens.
MOSQUITO
Où ? Pourquoi n'est-ce pas Gil
Oui m'emmène ?
L AUTRE TAUREAU
11 a honte. Ou peut-être craint-il Que, te voyant livré, ta corne ne te venge.