LE ROCHER
Oh ! comme ce doit être admirable de vivre ! A peine si j'éprouve, au plus aigre du givre, Ou lorsque juillet vient incendier l'azur. Un sourd tressaillement dont je ne suis pas sûr. Quand donc existerai-je? Oh! si j'étais un chêne! Oh! sentir circuler la sève dans sa veine, Bouger, trembler, frémir, se tordre, se baisser, Rendre aux vents leur soufflet, aux brises leur baiser Souffrir lorsque l'hiver fait de vous un squelette, Haïr novembre, aimer avril qui vous complète Et qui n'a qu'à loucher votre ramure en deuil Pour vous empanacher de verdure et d'orgueil. Voir remuer son ombre au soleil qui la tranche. Avoir ce colossal bonheur d'un bout de branche