LE CHÊNE
Qu'appelles-tu monter? C'est vrai, mon front superbe S'élève un peu plus haut que celui du brin d'herbe, Mais est-ce que le sol ne me tient pas le pied? Je remue? à quoi bon? Le passant qui s'assied Se lève, le bateau qu'on amarre à la grève Se démarre et s'en va, le nuage et le rêve S'enfoncent éperdus dans les cieux élargis, L'eau court, le lièvre fuit, le ver rampe, — je gis. Je suis le prisonnier de la terre profonde. Et, que la feuille tombe ou que la neige fonde. Chauve ou chevelu, nain ou géant, ma prison Me conserve, — et partout au fond de l'horizon J'entends un vague appel de voix mystérieuses. Comme il doit se passer des choses curieuses Derrière ce coteau qui m'empêche de voir! Quel éblouissement d'aller, d'être le soir
nO FUTLllA.
Où l'on n'esl pas le jour, (radiuirer, de roiinaîlre! On se transforme alors! vagabonder, c'est naître A chaque pas; on mêle à soi le continent, L'océan, le vallon, le mont, l'homme, et, prenant A la lerre et prenanl au ciel, ou amoncelle Dans son être agrandi la vie universelle. Moi, i'aire un pas, oui, rien qu'un pas, je ne le puis. Tu vois un malheureux qui meurt au fond d'un puits. Je donne la vie? oui, la mienne. Oh! quelle chaîne! Oh! quel être chétif et débile qu'un chêne ! Sais-tu de qui suis jaloux? du roitelet. Pendant que ton désir d'être en bois s'exhalait. J'en regardais un. Tiens, le voici qui sautelle Sur mes branches; attends un peu ; sa petite aile S'ouvre : — cours après lui ! Tous ces joyeux marmots Qui viennent un moment jouer dans mes rameaux Et qu'on dit mon plaisir — sont ma grande amertume. Car qu'est-ce que la feuillle à côté de la plume ? Ils viennent s'il leur plaît, et s'ils changent d'avis Ils s'en vont. Moi, je reste. Et tu crois que je vis! Et tu rêves que j'aime avril! Ce qui me charme, C'est l'hiver, c'est l'horreur du vent, c'est le vacarme l>es trombes d'équinoxe, et l'air est à mon gré Ouand je vois accourir le nuage effaré. Et venir de partout sur moi des avalanches