ACTE II. — SCENE III
Il faut donc que l'idée ou le dogme périsse.
Quoique la force aussi par moments se hérisse Contre nous, elle sait au fond que rien n'est tel l*our son bien que l'accord du trône et de l'autel ; Sa puissance sans nous est tout extérieure ; Elle a le corps, mais l'âme, hostile, attend son heure. Nous, de notre côté, nous ne sommes complets Qu'en l'ayant avec nous. Ce que sont les valets Au maître, au front les bras, les mots à la pensée. Les rois le sont au prêtre. A soi-même laissée Et sans arme, la loi divine est en péril. Le meilleur ouvrier ne fait rien sans outil. Les prédications de Bossuet sont vaines Tant que Louis n'a pas converti les Cévennes, Et si tous les dragons du roi ne sont pas là, L'archiprêtre François Langlade du Chayla Ne peut guère arracher la barbe aux hérétiques ; Le vague grondement des bandes frénétiques Dont les villages sont devenus des charniers Le retient d'allumer aux mains des prisonniers Des morceaux de coton trempés d'huile et de graisse, Et la frayeur lui gâte un peu cette allégresse De répondre, joyeux de voir leurs doigts ardents, Par des éclats de rire aux grincements de dents ! Pour traquer, pour forcer, malgré leurs mille pistes,
78 FUTUUA.
Ce vil gibier, rêveurs, poêles, journalistes,
Philosophes, savants, carabins, basochiens,
Nous sommes les chasseurs et les rois sont les chiens.
Nous devons les soigner comme une brave meute
Qui travaille pour nous. — Ainsi, dans cette émeute,
L'intérêt de l'Église est avec l'empereur.
Écrasons à jamais ces fabricants d'erreur
Qui voudraient nous voler l'enseignement du monde.
A mort ! Tout est pour nous contre leur tourbe immonde.
Nous n'avons pas contre eux les femmes seulement
Et les simples de cœur et le fourmillement
Des paysans obscurs, — nous les avons eux-même !
Et de leur première heure à leur heure suprême.
Qui donc se mariera sans le consentement
Du prêtre? Qui de ceux qui le plus fortement
Portent dans la cité l'orgueil de leur système
Y croit jusqu'à laisser ses enfants sans baptême ?
Combien osent mourir sans nous? Donc, ils ont beau
Arborer un semblant de doctrine en lambeau,
L'Église, en qui tout naît, tout crée et tout retombe.
Est leur berceau, leur lit nuptial et leur tombe.
Profitons d'eux contre eux. Frappons et qu'au matin
Leur existence soit un souvenir lointain !
Mais laissons un moment la victoire incertaine. Vous savez que l'épée est aisément hautaine.