‹ FuturaChapitre 42 sur 131 · ACTE II. — SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE II. — SCÈNE IV

LE LlEUTEiNANT, Oclalaut de rin-. — Au chirur-ion.

C'est le malheur dont tu nous menaçais? Oh bien ! si les sorciers obtiennent ce succès, Ils peuvent nous cracher leur plomb sans intervalles, Et nous les supplions de nous truffer de balles ! — Ah çà, vas-tu finir d'être pâle, crétin! — Voilà de quoi nous faire oublier le butin Et décontenancer toute une infanterie , Une balle qui fait cette plaisanterie De rendre ses blessés plus frais et plus dispos ! Est-ce que tu nous crois plus bouchés que les pots? Il n'est qu'un fait réel , et gai pour qui raisonne : C'est que leurs balles n'ont encor crevé personne ! Comment cela s'est pu, par un tour de sorcier Dont nous devrions rire et les remercier Ou bien parce qu'ils n'ont que des fusils sans force Dont la balle s'émousse à notre rude écorce, Le motif m'est égal, je vois le résultat : i\os hommes sur leurs pieds, sains, en meilleur état. Quant à m'imaginer — mais faut-il être bête! — Qu'ils ont réellement des balles dans la tête, Je m'en prive avec soin. Et quand ils en auraient, Je te demande un peu 'ce qu'elles leur feraient Du moment que la chair n'est pas même froissée !

Qu'iraienl-elles chercher dans nos fronts? la pensée?

Fracasser notre esprit, tuer notre moral,

Faire des gens de guerre un carnage idéal,

C'est l'espoir de ces fils sans barbe? Il m'épouvante!

Il ne se passe pas de jour où l'on n'invente

De nouvelles façons de balle ou de boulet,

Mais très sincèrement ce progrès-ci me plait;

— D'autant plus qu'il est bien possible qu'on s'obstine Chez nous aux errements de la vieille routine ,

Que vraisemblablement nous nous contenterons

Du boulet ordinaire et que nous garderons

Une fidélité stupidement têtue

A la balle arriérée et classique, qui tue.

Je suis très généreux, garçons, je recevrais

De faux coups de fusil et j'en rendrais de vrais!

— Ah! ce serait leur rêve idiot? Aux mitrailles. Qui sur les durs pavés répandent les entrailles, Au sabre dont l'acier fait d'un homme un haillon De chair rouge, au mortier qui fauche un bataillon, A la mine, à la charge, à l'assaut, leur vengeance Répondrait en frappant quoi? notre intelligence?

Ah ! c'est donc pour cela qu'ils prennent comme engins Des lettres ! Ah ! c'est très amusant ! Ces gamins Veulent nous imprimer! ils font' d'un homme un livre !

— Dis donc, je vais te lire! Ah! ali ! il fait bon vivre!

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