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SCENE y

Dans un cimetière.

On .'ipporto les tués de la bataille. Foule énorme. On descend les riii']is dans les fos.ses. — Un blessé s'avance.

LE BLESSE

('.eux dont les braves corps sont cloués dans ces bières .\o sont pus morts. Ils sont couchés, figures fières,

Travailleurs généreux , (iomnie on prend son repos quand la nuit est venue. Mais qu'ils dorment en paix ! leur œuvre continue

Et travaille pour eux.

Quand on meurt pour l'idée, on ne meurt pasi Us vivent Dans ceux qu'ils ont sauvés, dans les foules qui suivent

Leur corps chargé de fleurs, Dans ce qu'ils produiront de vaillance et de flamme,

136 FUIUUA.

I»ai»s nous tous, dans nos lils, dans les (Mifanls dont rànic Sera faite des leurs.

Si Ton demande à ceux que les lomps verroni naîliv h'où vient la liberté, la fierté, le bien -être,

La fin de Loyola, h'où vier.l la clarté vraie après les lueurs fausses, |)"oii vient tout ce qu'ils ont, ils montreront ces fosses

Et diront: ('/est de là!

Oui, vous vivrez, amis. Et vous vivrez sans terme. Tant ([ue l'homme ouvrira les portes qu'on lui ferme,

Tant que , malgré les vents Et les périls, les bons oseront l'abordage De quelque grand demain, vous vivrez, forts, et d'âge

En âge plus vivants!

Augmentés de tous ceux que votre esprit pénètre. Vous serez tous les jours plus vastes. A votre être

Dès aujourd'hui si grand Les générations s'ajouteront, ravies.

L'avenir vous rendra des milliards de vies

Pour une qu'il vous prend.

ACTK ni. — SCENE V. i:r

La mort pour le progrès est la grande naissance. C'est lu perpétuelle et splendide croissance ,

C'est la paternité Sans fin. Multipliez comme le grain qu'on sème. En entrant dans le sol, chacun n'est que soi-même:

Il sort humanité.

LA FOULi:.

Vive l'humanité 1

Les fossoyeurs joLtcnl la première pelletée.

L ARGHIl^RKTRE.

<juoi ! sans une prière!

Est-ce donc que ces morts n'avaient pas d'Ame?

LE BLESSÉ

Arrière, Prêtre! Va proposer tes psaumes autre part.

l'archiprktre.

Ainsi, sans viatique en ce sombre départ,

Sans que pour leurs péchés on ait demandé grâce.

Sans l'adieu de la foi , sans christ qui les embrasse ,

Sans que par l'eau bénite ils aient été lavés ,

Tu vas les enfouir comme des chiens crevés !

i;{S FUTUHA.

S'ils ne sont qn'une chair que déjà le ver mange, Si fu ne vois en eux qu'un vil reste de fang;c <Jiii l'ait boucher le nez même à tes guenillards, Tu n'en aurais pas dû salir ces corbillards Ni le jour : c'est la nuit qu'au moins ces pourritures Auraient dû s'enlever, el dans d'autres voitures, Et tout ce cimetière est saisi de courroux De te voir employer à leur creuser des trous Ceux dont jusqu'à présent les pioches et les pelles Travaillaient pour des corps sacrés par les chapelles. JNe déshonore pas ces hommes plus longtemps; Ils n'ont à s'occuper que des morts pénitents Dont l'absolution dans le sépulcre dure. Mais pour ces excréments, pour cet amas d'ordure Dont l'immense étalage insulte aux cieux vengeurs, Les fossoyeurs qu'il faut, ce sont les vidangeurs! Si vous êtes pourris par votre iiépublique Jusqu'à ne pas vouloir d'un prêtre catholique, Prenez qui vous voudrez , un bonze , un talapoin , Un iman , un rabbin, un pasteur! Il n'est point De religion vraie en dehors de la nôtre. Mais philot (jue pas une appelles-en une autre; Sinon chrétien, sois juif ou sois maliométan. Es-tu donc à ce point un suppôt de Satan De n'avoir aucun Dieu?

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