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ACTE IV. — SCÈNE IV

FOURRAILLON.

C'est que vous n'avez pas de sensibililé.

LE REÎTRE

J'en ai, mais pour sortir de ma tranquillité

Il me faut un sujet autre qu'un badinage.

Les exécutions, marmot, c'est de ton àgc.

Celui qui n'a rien vu peut, je le lui permets.

Trouver cela plaisant; mais si tu vas jamais

A la guerre, et qu'alors il souffle un vent de houle,

Tu sauras ce qu'on doit nommer du sang qui coule !

Tu verras là de vrais spectacles, des milliers

De moribonds hurlant, des yeux dans tes souliers,

Une plaine rougie où l'on croirait qu'on nage;

Tu connaîtras le sac des villes, le carnage

Des femmes qu'on écrase un enfant dans les bras.

Le feu qu'on met, les vieux rôtis comme des rats.

Les malades guéris à jamais, et les dômes

Qui font en s'écroulant des marmelades d'hommes.

Voilà ce que j'appelle un divertissement!

Ça chatouille l'esprit. Mais le retranchement

D'un seul homme! Du sang à noyer une mouche!

Il m'en faut un peu plus pour me rincer la bouche !

Et nous sommes dix mille à nous en régaler!

Un seul homme ! prenez garde de vous soûler.

1 rnuA.

J'ai vu tous tes joujoux, écliafaud, pal, potence. Saclic que, sans compter mes meurtres à distance, deux que les coups de feu faisaient au loin pleuvoir, Sans les meurtres perdus que je n'ai pas pu voir, J'ai fait dans un seul jour cette besogne honnête De crever six mortels avec ma bayonnette. Voilà tuer! — Une autre infériorité Des exécutions, c'est noire oisiveté.

Tout le plaisir est pour le bourreau. Lui seul cogne. Comment ! il va s'emplir de sang comme un ivrogne Et garder tout le meurtre, et tu n'es pas jaloux ! Quoi ! tu seras content quand on tuera sans nous ! Fainéant! Moi, tout vieux que je suis, ça m'embête, Et ça me donne soif de casser quelque tête. Qu'on ne m'agace pas, ou gare un mauvais coup !

Mais n'exagère pas ma critique. Après tout, Je ne veux nullement nuire à la guillotine. Ma seule objection, c'est qu'elle est enfantine; Mais je ne la hais pas, et j'y viens, sans ardeur. Je trouve le bourreau gentil dans sa fadeur. 11 est des échelons jusqu'au bonheur suprême, Kt voir tuer existe après tuer soi-même. La foule qui s'étouffe a raison; je conçois Que ces distractions caressent les bourgeois; Moi, je suis un soldat. J'ai vu la moins canaille

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Des exécutions, — après une bataille,

Vingt prisonniers, dont un de quatrevingt-sept ans,

Un de douze bientôt: — j'ai bâillé tout le temps.

FAUST, déguise.

Gamin, ton pied de nez peut être une réponse. Laisse-moi le traduire. — Ainsi, ce reître énonce Qu'un homme pour dix mille est un pauvre repas Et que, ce vil dîner, on n'en est même pas. C'est son objection, n'est-ce pas? tout entière. Deux erreurs. Tu ne vois, reître, que la matière. Mais tu me répondras que le côté moral Des choses n'est pas fait pour un vieux caporal.

Matériellement, Chariot seul exécute; Mais sois spirituel une seule minute :

Qu'est-ce donc que Chariot exécute? la loi. Or, la loi, qui la fait? tout le monde, moi, toi, La nation, par ceux que choisit son suffrage. Conséquemment, Chariot ne fait que notre ouvrage; Nous sommes le poète, il n'est que notre acteur; Le bourreau véritable est le législateur. Donc, c'est nous qui tuons. Pas nous-mêmes? Je t'aiiiK Faut-il, pour bien dîner, qu'on ait tué soi-même Le mouton, assommé le bœuf, saigné le veau? Ce serait par exemple un principe nouveau

188 FUTL'RA.

Ouo rassaisoiineinoiil <l'uiic cliùrc parlailu

l'ùl (le salir ses mains aux boyaux de la bête!

Le eoi'ps luiniaiii non [)his n'est pas propre à toucher,

Kt l'on a son bourreau comme on a son boucher.

Deuxième point. Mais (|U()i ! rien qu'un homme! à dix mille! Voilà grand chose auprès du meurtre d'une ville Ou bien d'une bataille entre deux nations ! Tu nous reviens avec des indigestions D'escadrons en hachis et de femmes grillées, Et le ventre rempli de terribles mêlées, Et, nous trouvant émus d'un cou qu'on va couper, Tu te moques très fort de notre humble souper. Ce maigre égorgement, cette tuerie étique Te semblent suffisants pour des gens de boutique. Un autre comprendrait que c'est ce seul mourant Qui fait précisément notre meurtre plus grand !

Qu'est-ce que vous frappez? des gars de votre espèce En nombre égal au vôtre, une furie épaisse De tueurs par leurs chefs et la poudre enragés. Avec de bons fusils excellemment chargés Et des canons ravis de vou^ cracher des trombes De mitraille, d'obus, de boulets et de bombes; Les régiments de ligne à s'approcher sont prompts, Et la cavalerie, à grands coups d'éperons, Éventre vos carrés, et sa lance est pointue;

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