‹ FuturaChapitre 91 sur 131 · ACTE IV. — SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV. — SCENE IV

Alors, il faut tuer ou mourir. Donc, on tue.

Mais n'appelle pas ça meurtre, ce n'est qu'un duel :

Tu te défends. Bon reître ! il se trouve cruel !

Innocent ! — Nous avons, nous, au lieu d'une armée

Forte en gueules de bronze et de nous affamée,

Un seul être, parfois une femme, à moitié

Morte de peur, les mains au dos, criant pitié.

Et contre cette femme en larmes qui s'écroule,

Tu dis qu'on est dix mille ? on est bien plus ! la foule

Qui grouille ici d'abord, et puis la troupe, et puis

Derrière nous la ville, et puis tout le pays

Du prince à l'ouvrier et du soldat au prêtre,

Trente-six millions d'hommes contre un pauvre être !

Je ne dis pas assez, toute l'humanité.

Le nombre ajoute au fait sa monstruosité.

Quand tu viens comparer nos actes, tu me navres. Tu te vantes d'avoir un jour fait six cadavres? Six en un jour ! le sage est satisfait de peu. Et combien dans ta vie? une centaine? peuh ! Je t'apprends que tes mains près des miennes sont vierges. Un seul piment a plus de goût que vingt asperges. Cent verres d'eau sont moins qu'un verre de poison. Quand tu multiplierais tes exploits à foison, Quand ton total serait sérieux, quand les chiffres S'effraieraient de compter les morts dont tu t'empiffres,

Tu serais dovaiil moi, bougoaiie s'il le plaît, Le bébé que nourrit une goutle de biiL, Le seul égorgemeni (|ui ne soil })as futile, Ce n'est pas six tués par un, ni cent, ni mille, Ni cent mille : la grande extermination, C'est un homme tué par une nation !

Ainsi, nous égorgeons bien plus que vous. J'ajoute : iîien mieux. Ce fort dîner dont ta barbe dégoutte. Comment le faites-vous? Brutalement, les yeux Aveuglés de fumée, assourdis, furieux, A la hâte, en courant où le clairon vous sonne; Vous mangez dans le tas, sans déguster personne, Sans qu'un rfde soit plus ou moins délicieux ; Vous fusillez parfois vos prisonniers, c'est mieux. Mais vous les fusillez pendant l'affaire, ou presque; Le lendemain matin, on est chevaleresque Et l'on achèverait à peine les blessés; Anges ! Mes échafauds ne sont pas si pressés ; Je fais de chaque meurtre une fête infinie. Ce n'est pas toi qui sais fignoler l'agonie ! Quand je condamne un homme à mort — devant Jésus, Au lieu de me jeter gloutonnement dessus Comme un chien affamé que le hasard convie, Je le soigne, je lui fais espérer la vie. N'a-t-il pas le pourvoi d'abord, puis le recours

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