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LES OBSTACLES AUX APPELS DIVINS

En efl'et, dans le premier cas, celui d'une paroisse chrétienne dont la fécondité a cessé, il faut admettre qu'un prêtre, même pieux, n'est pas toujours « psychologue » ; le fût-il, il n'adjoint peut-être pas à sa iinesse de pénétration cet élan, sage maïs audacieux, qui caractérise 1' « entraîneur d'âmes ». Quelquefois ce prêtre ne parle pas à l'enfant parce qu'il n'a pas su discerner le moment de le faire ; d'autres fois, ayant eu le sentiment de cette opportunité, la timidité lui a fermé la bouche ; ou bien, paralysé par la fausse crainte d'empiéter sur un terrain réservé, il n'a su prononcer que des paroles maladroites...

Hâtons-nous de remarquer que la plupart du temps ce n'est pas le pasteur qui a été involontairement inférieur à son rôle, mais bien les familles qui ont obstinément contrecarré les desseins de Dieu. Dans certaines paroisses un sot respect humain empêche les parents de consentir aux vocations. Une guerre acharnée leur est faite. Dès que le prêtre manifeste de l'attachement pour un enfant qui donne des marques d'attrait, on le lui arrache. Les curés perdus dans certaines régions indifférentes ressentent des brisements de cœur terribles, quand ils voient les parents eux-mêmes étouffer méchamment des germes très prometteurs de vocations sacerdotales. Seules des âmes héroïques surmontent de telles embûches... mais la grâce d'héroïsme est certainement une exception.

Ailleurs, le zèle du curé, les bonnes dispositions de la famille sont annihilés par l'école. Un instituteur possède sur les âmes d'enfants une autorité sans conteste. On imagine avec quelle facilité, armé du glaive de sa « science laïque », il coupera les ailes de ceux qui cherchent à voler vers Dieu. Le prêtre,

en soutenant de toutes ses forces les aspirations pieuses du pauvre petit, n'aura souvent réussi qu'à retarder sa descente. Le seul remède à cette terrible situation serait la fondation d'une école libre, mais où en trouver les ressources ?... ou le départ de l'instituteur mauvais, mais que vaudra le remplaçant ?...

Des complices auront aidé à la catastrophe : ce sont les camarades. Le jeune appelé doit souvent se débattre dans une atmosphère morale asphyxiante : mauvais esprit, moqueries, quolibets, pratiques détestables... comment ne pas étouffer au milieu de tant de miasmes ?

Les prêtres exerçant le saint ministère peuvent attester que nombre de belles âmes, préparées soigneusement par les touches divines, sont journellement déflorées et salies par des mains humaines. C'est pourquoi aucun d'eux n'oserait dire que, si les vocations disparaissent, c'est que Dieu ne fait plus retentir de tous côtés ses appels, et n'est plus disposé à répandre ses dons ; mais tous sont obligés d'avouer que les hommes viennent bien mal seconder les efforts miséricordieux du Très-Haut.

En réfléchissant, on se trouve tout naturellement amené à se demander si, contrairement aux suggestions des apparences, les âmes marquées pour le sacerdoce, loin d'être une rareté, ne sont pas, au contraire, beaucoup plus nombreuses qu'on le croit.

La logique même des choses semble indiquer que cette dernière proposition est l'expression de la vérité.

DIVINE PROFUSION DES Gl RMES DE VACATION 20

Il tlVet, .si l'on considère les précautions que prend la Providence pour sauvegarder la survivance des races naturelles, on doit penser qu'elle recourt à des mesures encore plus minutieuses pour empêcher la irition des familles surnaturelles. Que fait Dieu, par exemple, pour assurer l'avenir du blé ? Il en multiplie les graines. Ces myriades de duvets qui flottent au vent dans les traînées des rayons de soleil, que sont-ils, sinon des germes reproducteurs ? Plutôt que de laisser telle plante courir le risque de se perdre, le Créateur lui donne à porter des semences par millions.

Pourquoi celte profusion, qui témoigne d'une inépuisable richesse, ne serait-elle pas la règle du gouvernement divin, aussi bien dans le domaine de la grâce (pie dans celui de la nature ? Pourquoi Dieu ne jetterait-il pas dans le monde des Ames plus de germes de vocations qu'il n'en lèvera certainement ? C'est un fait constaté par tous les prêtres qui se sont occupés de recrutement, que souvent des vocations, très caractérisée:, et indubitables, périssent. Ne peut-on pas dire que beaucoup d'autres, demeurées invisibles, ont disparu ? Si nous déplorons dans les bois la mort d'arbrisseaux, dont la sève a été arrêtée, constatons-nous aussi facilement l'anéantissement de graines qui n'auraient cependant pas refusé de germer ? Elles n'attirent l'attention ni les regrets de personne, parce qu'elles ont passé inaperçues. Les circonstances les ont desservies : il faut un tel ensemble de concours pour réaliser la vie ! De même Dieu, dont la sagesse n'est jamais en défaut, a fait des milliers d'âmes aptes à la vie sacerdotale. Il sait que beaucoup de leurs dispositions foncières, contra-

riées par la défaveur des occasions, seront tuées dans l'œuf. Mais le cataclysme ne sera pas total : un nombre largement suffisant de germes, dans un ordre de choses normal, doit arriver à l'épanouissement de la vie.

Quel motif de confiance pour tous ceux qui ont le désir de travailler au recrutement sacerdotal ! De même que partout, pourvu que les circonstances extérieures s'y prêtent, quelques plantes peuvent croître, de même partout dans les jardins spirituels peuvent éclore des fleurs de vocations. Il n'y a pas de pays si déshérité qui ne puisse avoir son « prêtre ->, même ses « prêtres », à la condition que les appelés de Dieu y trouvent l'ambiance favorable à leur persévérance.

Mais là est la condition : ne pas détruire imprudemment les germes... savoir les cultiver... c'est tout l'art du laboureur, qui consiste à recueillir soigneusement toutes les semences, à les confier ensuite à un sol bien préparé, où elles seront surveillées jusqu'à leur éclosion et jusqu'à leur maturité.

Certaines personnes se scandalisent que Dieu ait laissé aux hommes une telle part de responsabilités dans le succès des vocations. Elles craignent que la négligence ou la malice ne laissent totalement en friche le champ où poussent ces plantes de choix, que sont les « futurs prêtres ».

Et pourtant rien n'est plus admirable ni plus consolant que cette confiance manifestée par Dieu à ses serviteurs : il leur laisse le soin de l'œuvre à laquelle Sa Majesté tient le plus : la persévérance dans l'Eglise

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de la race sacerdotale. Le Divin Maitre prie ceux qui s'intéressent à sa cause de chercher dans la îles fidèles les privilégiés de son amour. Ceux de ses amis qui se font recruteurs du clergé peuvent être assurés qu'il y aura partout et toujours des âmes préparées à la* l'ois par la nature et par la grâce, prêtes à répondre à leur appel, pourvu que leur recherche soit assez patiente, leurs efforts assez zélés et surtout suffisamment soutenus par l'en semble de la communauté chrétienne.

Que le clergé ne se décourage donc pas ! Que les éducateurs ne déclarent pas la partie perdue ! Que les parents croyants n'affirment pas avant tout examen que leurs fils « n'ont pas la vocation ! » Ce n'est pas l'heure de « jeter, comme on dit, le manche après la cognée ». Quelle que soit la situation du recrutement sacerdotal dans certaines régions, elle peut être retournée à l'avantage de l'Eglise, puisque, partout et toujours, Dieu tient en réserve des germes de vocations prêts à se développer, pourvu qu'ils ne soient pas étouffés par l'ambiance.

On comprend dès lors le rôle qu'ont à remplir les prêtres, les parents et les éducateurs, et en général tous les catholiques sincères dans ce grand œuvre du recrutement sacerdotal. 11 s'agit pour eux tous de créer autour des vocations qui résident au fond des jeunes âmes à l'état embryonnaire, un milieu respirable, chaud et fertilisant. C'est du concours de tous les serviteurs de Dieu, à quelque catégorie sociale qu'ils appartiennent, que dépend le succès de l'entreprise. Partout où les familles et les laïques pieux se désintéressent du recrutement et considèrent qu'il faut laisser aux seuls

prêtres la charge de se trouver des successeurs, les sources de la vie sacerdotale se tarissent. Pour créer dans la jeunesse une mentalité respectueuse du sacerdoce et admiratrice de ses grandeurs, il faut que, sans exception, tous ceux auxquels les jeunes gens ont affaire travaillent à instaurer cet état d'esprit. De cet accord unanime des catholiques que l'on peut obtenir si on parvient à leur faire comprendre les nécessités profondes de cette « Propagation du Sacerdoce », résulteront les plus gnands bienfaits pour toute la société chrétienne. Le bonheur d'un pays dépend de sa moralité et de sa piété ; or les mœurs et la foi sont en raison directe du nombre et de la qualité de son clergé.

C'est pour tenter de réaliser dans la pratique les principes énoncés dans ce chapitre de ia Notion delà Vocation, que le présent livre a été écrit. Puisque les vocations au sacerdoce ne sont pas un appel « miraculeux » nominal et solennel, de tel privilégié désigné de « droit divin », mais bien plutôt la culture des germes répandus à profusion dans les âmes, il faut essayer d'abord de sauver ces graines que tant de causes concourent à perdre ; il faut s'efforcer ensuite de les faire pousser, sous la chaleur de la grâce de Dieu. Art difficile et compliqué, qui exige de la part de ceux qui s'y adonnent, non seulement une grande vertu, mais encore beaucoup de psychologie, d'habileté et de persévérance, et aussi de nombreux concours : celui de l'enfant luimême, des parents, du collège, des camarades, car

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cette culture de la vocation ne se fait que clans un air adapté aux nécessites de la plante délicate que l'on veut développer.

Ce sont les secrets de l'art de cultiver les vocations, que Ton voudrait rappeler ici aux prêtres, et révéler peut-être à certains maîtres chrétiens, aux parents et aux laïques de bonne volonté, qui gémissent souvent si fort du « manque » de sujets, sans se douter qu'ils en ont probablement sous la main dont ils itmorent l'existence.

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