CONSABILITÉS ENVERS LE SACERDOCE
sacrées : le père, la mère, l'entourage ne peuvent être que ravis, mais muets.
C'est là une grave illusion, d'autant plus regrettable que l'on voit les meilleures familles en être victimes. Cette erreur repose sur ce principe faux : « Si Dieu veut des prêtres, cela le regarde seul », et sur cet antre sophisme : « Toute attitude favorable au sacerest, de la part des parents, un attentat à la liberté ».
La vérité est tout autre : d'abord Dieu, comme le chapitre précédent vient de le démontrer, ne veut rien accomplir dans le choix des vocations sans des concours humains, parmi lesquels celui des parents est l'un des plus puissants. Ensuite ce n'est pas violer la liberté, mais la favoriser que de créer aux tendances les meilleures de l'âme un milieu propre à faciliter leur développement. Eclairer, échauffer, ■IUl'ï n'est pas violenter le libre arbitre, c'est, an contraire, essayer de le servir. Une étude impartiale de la liberté a vite fait de démontrer le bienfondé de ces vérités.
A la famille est donc confiée la première en date, et aussi la première peul-élre en importance, des onsabilités, par rapport à la naissance des vocations. Le bon sens populaire comprend bien la part qui revient aux parents dans le recrutement du clergé: en effet, si l'on parle d'un pays « désertique », où la vie sacerdotale a cessé de germer, on entend aussitôt cette réflexion courir sur toutes les lèvres : « Les familles ne sont plus ce qu'elles étaient autrefois ! »
Que les pères et les mères n'aient pas peur d'apprendre îeur devoir, et, le connaissant, de le regarder
en face. C'est pour leur ouvrir les yeux que ce chapitre est écrit. Fasse la grâce du Très-Haut, qu'ils aient le goût de le méditer et d'en tirer profit !
La première condition, pour qu'une famille puisse donner à l'Eglise des enfants, c'est d'en avoir. Or, malheureusement aujourd'hui, la plaie de la stérilité volontaire ravage un trop grand nombre de foyers. L'enfant unique est devenu de « mode » dans certaines régions, ou dans certains milieux sociaux. Quelques époux ont l'intention d'appeler deux enfants à partager leur existence, parce qu'ils comptent que la chance les favorisera en leur donnant un spécimen de chaque sexe.
Dans ces cœurs, où les principes chrétiens du mariage ont été sacrifiés au bien-être et à î'égoïsme, il ne faut guère attendre de la générosité envers Dieu. Il semble même qu'on puisse énoncer cette proposition : « L'oubli de soi et l'amour de Dieu sont en raison directe des charges de famille, I'égoïsme en raison inverse ». Il en est des enfants comme de l'argent : moins on en a, moins on a possibilité d'en donner.
L'expérience vient fournir de cette assertion une confirmation presque générale. Qu'on examine, en effet, l'attitude des parents vis-à-vis de leur unique garçon. Ils l'élèvent totalement pour eux. Cet enfant est leur orgueil actuellement, aussi, voyez comme Lis l'habillent !... Il faut qu'il soit leur gloire demain : aussi, lui procurent-ils une éducation supérieure à sa condition !... Il sera la joie île leur vieillesse, car
l'infériorité des pils uniques 37
marie, il devra vivre avec eux, ne pas les quitter, jamais, jamais... Rêve égoïste, que la réalité se chargera durement de contredire, mais qui, dans ces années de jeunesse et de promesses, inspire tous les actes de la famille.
Aussi, quelle chance de vocation présente ce petit ? Il faut avouer que, sauf un concours exceptionnel de circonstances, ses sentiments ne le prédestinent point au service des autels. Chez lui, le noble idéal du sacrifice aura mille peines à se développer. La raison de l'atrophie, dans cette âme, des conceptions élevées est très facile à saisir : elle réside en ce fait que les parents parlent peut-être beaucoup des vertus désintéressées, mais ne les pratiquent guère. Or, aux premiers âges, le seul enseignement qui porte est celui que souligne une leçon de choses. Toutefois, il peut arriver qu'aux alentours de la première communion, ou plus tard, Dieu, par la voix d'un prêtre, ou d'un camarade pieux, fasse retentir aux oreilles de cet « enfant gâté », des invitations à la vie sacerdotale. Quelle réponse sera capable de faire à de telles avances cette âme égoïste ? Il y a un trop profond abîme entre ses goûts et ceux du « futur prêtre », pour qu'il songe, même une minute, à sauter cet immense fossé.
A supposer, que, la grâce aidant, sous une direction habile, le petit vaille mieux que son milieu, et qu'il sente un élan très ferme vers le sacerdoce, alors quelles colères il va probablement susciter 1 Son père et sa mère, qui ont travaillé exclusivement pour eux-mêmes, ne laisseront pas s'écrouler leur « château en Espagne » sans d'énergiques protestations. Remontrances, prières, menaces, accès de désespoir, moyens
de persuasion de toute nature, seront mis en œuvre pour anéantir une décision qui « brise » leur vie.
On mesure aisément, à la suite de ces considérations, 1' « infériorité » du fils unique par rapport à la vocation sacerdotale. Et pourtant plus d'un lecteur, en parcourant ces lignes, en aura nommé quelques-uns, qu'il sait être parvenus à la prêtrise. Rien d'étonnant à cela. Il y a dans le clergé des fils uniques qui ont échappé aux influences de leur condition. Ce sont d'abord ces « enfants du miracle » que Dieu a donnés à des parents profondément chrétiens, parfaitement vertueux et respectueux des lois du mariage, mais auxquels sa Toute-Puissance n'a conféré qu'en une seule occurrence le pouvoir de communiquer la vie. Généralement, il arrive que la race de ces « unis » est privilégiée. L'histoire de saint Jean Baptiste, de la Très-Sainte Vierge Marie, a, dans la suite des temps, avec des nuances variées, sa reproduction. Le Très-Haut a confié à certains époux, très pieux et très saints, un trésor à Lui garder.
En d'autres circonstances, tout à fait différentes, Dieu se plaît à combler de grâces certains enfants uniques, comme pour se jouer des calculs des parents et les punir par où ils ont péché, en leur enlevant celui qu'ils tenaient si jalousement à accaparer. Un directeur d'âmes, qui exerce un certain nombre d'années le saint ministère auprès des jeunes gens, rencontre presque toujours quelque famille de ce genre, au foyer de laquelle la main de Dieu vient frapper amoureusement, d'une mort qui ne tue point, celui qui est pour les deux époux l'objet d'un amour exagéré. L'enfant, sollicité d'en-haut, tient ferme dans sa résolution ; les parents luttent, et, de guerre lasse,